Certificall : la start-up qui veut imposer sa solution comme la référence anti-fraude documentaire
Sécurité. La start-up toulousaine Certificall entend faire de la lutte contre la fraude documentaire un relais de croissance. Forte de plus de 400 clients et soutenue notamment par Groupama, elle développe une technologie de preuve numérique qui séduit déjà l’assurance et le bâtiment. Avec 1 M€ de CA visé cette année et de nouveaux marchés dans son viseur, elle veut désormais changer d’échelle.
65 milliards d’euros : c’est le coût de la fraude documentaire en France chaque année, soit 2,5 % du PIB. Des actes malveillants qui ne cessent de se multiplier et de se complexifier avec le perfectionnement de l’intelligence artificielle générative. Si la fraude n’est pas entièrement due à l’IA, elle a profondément évolué depuis l’avènement de cette technologie transformatrice en 2022. Aujourd’hui, elle est utilisée dans 42 % des falsifications repérées cette année dans le seul secteur de l’assurance en France.
Pour s’attaquer à cette véritable « crise de la vérité » à l’échelle nationale et internationale, la start-up Certificall, implantée à Castelnau-d’Estrétefonds, en Haute-Garonne, a développé une application permettant de vérifier l’authenticité des documents. L’objectif ? Détecter la fraude à la source en capturant des photos et des vidéos d’un document directement via son interface. Celle-ci enrichit les prises de vue avec des données de géolocalisation précises et un horodatage qualifié.
Lauréate du concours Orange Open Tech 2024, l’entreprise a été fondée en 2022 par Guillaume Laurent et Nicolas Chabauty. Elle mise principalement sur une activité B2B dans les secteurs de l’assurance et du bâtiment. Son portefeuille compte aujourd’hui plus de 400 clients, parmi lesquels de grands groupes tels que TotalEnergies, SGS, Groupama et Eiffage Énergies, ainsi que des acteurs publics. La société, qui emploie 12 salariés, table sur un chiffre d’affaires de 1 M€ d’ici à la fin de l’année.
Une IA propriétaire et souveraine
Lancée sur fonds propres, Certificall a réalisé une première levée de fonds en 2024, suivie d’une seconde d’1 M€ l’année suivante, auprès d’acteurs clés tels que Groupama, mais également du fonds d’investissement TomCat. « Nous sommes d’ailleurs la première entreprise d’AssurTech dans laquelle Groupama a investi », précise Guillaume Laurent.
Dans le détail, l’outil de Certificall permet aux entreprises d’assurance de demander directement à leurs clients de prendre des photos uniquement avec l’application mise à disposition par la start-up, afin de garantir l’authenticité des documents communiqués. « Nous avons développé une IA propriétaire et souveraine, dont les serveurs sont implantés en France métropolitaine. Celle-ci permet d’analyser le comportement du téléphone qui prend les photos. »
Concrètement, l’IA vérifie des éléments tels que le gyroscope, l’accéléromètre ou encore la batterie afin de s’assurer que la prise de vue est bien réalisée par un humain et qu’il n’y a pas de tentative de « spoofing » de la géolocalisation, c’est-à-dire de falsification de la position GPS. « Nous nous attaquons à des types de fraudes particulièrement fréquents dans le secteur du bâtiment, notamment dans le cadre de la rénovation énergétique », indique l’entrepreneur.
Un outil adapté au marché européen
Sur le volet de la sécurité des données, le dirigeant clarifie les choses : « Nous avons les autorisations pour archiver des données de type C3, correspondant à des informations sensibles, avec un double chiffrement permettant de mieux les sécuriser. » Ces dernières sont stockées sur des serveurs qui font régulièrement l’objet de « pentests », des simulations contrôlées de cyberattaques. « La preuve numérique est ainsi conservée au minimum quatre ans sur nos serveurs et jusqu’à 10 ans dans le cadre de l’assurance pour la construction. »
Autre élément permettant de garantir l’authenticité des documents communiqués via la plateforme : Certificall y appose un cachet eIDAS, l’équivalent d’un tampon numérique pour une entreprise, garantissant l’intégrité de la pièce émise. « Grâce à ce cachet, qui s’appuie sur le règlement européen relatif à l’identification électronique, notre solution est aux normes dans les 27 États membres de l’UE », affirme Guillaume Laurent.
Une solution bientôt destinée aux particuliers ?
Cette conformité permet à la pépite toulousaine de voir grand. Le cofondateur a d’ailleurs été invité à participer aux travaux d’une prénorme en cours de développement avec l’Association française de normalisation (Afnor), qui doit être opérationnelle à la fin de l’année.
« Aujourd’hui, il n’existe aucune norme qui certifie la véracité et la durabilité des preuves numériques. Cette norme permettra de garantir l’intégrité et la valeur authentique d’une donnée en validant la manière dont elle a été capturée, tracée et archivée », annonce l’intéressé.
Développé notamment en partenariat avec Orange Cyberdéfense et l’Agence de lutte contre la fraude à l’assurance, ce projet est une opportunité majeure pour le Toulousain. Celui-ci prévoit, à moyen terme, une diversification de sa solution vers le marché des particuliers. « Il y a beaucoup de fraude documentaire dans les services de location tels qu’Airbnb, les voitures, mais également dans l’e-commerce », souligne le président de Certificall.
L’application, qui fonctionne sur un système d’abonnement, est déjà téléchargeable sur l’App Store et le Google Play Store. « Il est aussi possible d’acheter des crédits permettant de prendre un nombre limité de photos afin de vérifier qu’un document personnel n’est pas trafiqué », informe Guillaume Laurent. Face à la recrudescence des fraudes, tous secteurs confondus, la start-up toulousaine espère accélérer son développement et annonce de nouveaux recrutements dans les mois à venir.