Chasselas de Moissac : Julien Custody prend la tête du syndicat et veut préparer l’avenir de la filière
Élection. Producteur à Cazes-Mondenard et fort d’un parcours dans l’agroéquipement, le nouveau président du syndicat de défense du Chasselas de Moissac AOP veut impulser une dynamique de modernisation de la filière. Il prend les commandes dans un contexte de fortes mutations agricoles, de concurrence accrue et d’enjeux majeurs pour la pérennité de la production.
Un vent de jeunesse souffle sur le Chasselas de Moissac AOP. À 39 ans, Julien Custody prend les rênes du syndicat de défense de l’appellation. Producteur à Cazes-Mondenard (82), il vient d’être élu président et succède à Claude Gauthier, figure emblématique du raisin de table quercynois, resté 14 ans à la tête de l’organisation.
L’annonce a été officialisée via un communiqué publié le 28 mai 2026. Cette nomination intervient dans un contexte difficile pour les producteurs de la filière, confrontés depuis plusieurs années aux aléas climatiques, à des tensions économiques persistantes et à une concurrence étrangère de plus en plus forte.
Un produit d’exception… mais une filière fragilisée
Le Chasselas de Moissac n’est pas un raisin comme les autres. Premier fruit frais à avoir obtenu une AOC en 1971, devenu AOP en 1996, il est aussi inscrit depuis 2017 à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel. Une reconnaissance qui dit tout du poids culturel et historique de cette production emblématique du Tarn-et-Garonne et du Lot.
Sur les coteaux du Quercy, plus de 150 producteurs cultivent ce raisin réputé pour sa robe dorée, son goût miellé et ses notes florales, pour une production annuelle qui oscille entre 1 500 et 2 500 tonnes. Chaque grappe est cueillie à la main, dans le respect d’un savoir-faire séculaire qui exige entre 900 et 1 200 heures de travail par hectare et par an. Une agriculture de précision, de patience et d’exigence. Mais derrière l’image carte postale du “raisin d’or”, la réalité économique est de plus en plus rude.
Les campagnes 2023 et 2024 ont laissé des traces. Volumes en baisse, météo capricieuse, coûts de production en hausse : les producteurs ont traversé deux saisons en demi-teinte qui ont fragilisé de nombreuses exploitations. Et si la récolte 2025 s’est révélée abondante, elle a aussi été particulièrement précoce, obligeant la filière à réagir dans l’urgence pour écouler rapidement la production et ainsi éviter une crise.
Car le Chasselas reste un produit fragile, dépendant d’une fenêtre commerciale très courte. Aujourd’hui, 80 % de la production est écoulée via la grande distribution, les 20 % restants par la vente directe ou les petits détaillants. Une dépendance forte aux centrales d’achat, dans un contexte où les importations italiennes et espagnoles pèsent lourdement sur les prix.
Dans la filière, beaucoup dénoncent une concurrence jugée « déloyale », avec des raisins importés produits dans des conditions économiques et réglementaires différentes. Une pression permanente qui menace directement la rentabilité des exploitations locales.
Un enfant du pays au profil atypique
Face à ces défis, le syndicat a choisi un profil à la fois enraciné dans le territoire et tourné vers l’innovation. Né à Montauban dans une famille de producteurs de raisin et de prune de table, Julien Custody connaît parfaitement les réalités du terrain.
Diplômé d’un BTS agroéquipement au lycée Jean-Jaurès de Carmaux en 2006, il débute chez Kverneland Group France comme inspecteur technique Grand Sud. Il y développe une expertise pointue dans l’entretien et l’optimisation des matériels agricoles. Rapidement, il gravit les échelons et devient responsable produit pour les épandeurs d’engrais et pulvérisateurs.
En 2012, il rejoint John Deere France comme spécialiste en agriculture de précision, pulvérisation et semis. Pendant cinq ans, il accompagne des exploitants partout en France dans l’adoption de technologies innovantes. C’est en 2017 qu’il reprend l’exploitation familiale à Cazes-Mondenard au moment du départ à la retraite de son père. La propriété compte alors six hectares. En moins de dix ans, il la développe jusqu’à atteindre 17 hectares répartis entre Chasselas de Moissac AOP et prune de table, avec le soutien de sa mère jusqu’en 2023.
« Préparer l’avenir sans renier le patrimoine »
Tout juste élu, le nouveau président a affiché clairement sa ligne, entre modernité et respect de la tradition :
« J’aime l’innovation tout en étant attaché au patrimoine que représente le Chasselas de Moissac AOP. C’est un équilibre difficile à trouver, mais indispensable pour préparer l’avenir. »
Sa feuille de route s’articule autour de plusieurs priorités stratégiques. D’abord, renforcer l’attractivité de la filière grâce à AIRSO [1], la nouvelle association interprofessionnelle qui rassemble producteurs et metteurs en marché du raisin de table. Un outil jugé essentiel pour « mieux structurer la filière et parler d’une seule voix ».
Autre priorité : recréer du collectif. Julien Custody veut fédérer davantage les producteurs, encourager les échanges d’expériences et mutualiser les bonnes pratiques dans un secteur où beaucoup d’exploitants travaillent encore de manière isolée. Le nouveau président entend également défendre « la juste place » du Chasselas de Moissac face aux variétés sous licence qui gagnent du terrain sur les marchés internationaux. Car le Chasselas reste « une variété libre de plantation », avec tout ce que cela implique en matière de concurrence et de valorisation.
Enfin, la question des coûts est devenue centrale. Emballages, matières premières, transport : les tensions internationales ont fait exploser les charges. Une réflexion globale sur les conditionnements et les achats collectifs pourrait être engagée.
Pénurie de bras et impasse phytosanitaire
Mais au-delà des enjeux commerciaux, la filière fait face à des défis structurels majeurs. Le premier est humain. Comme l’ensemble du monde agricole, le Chasselas de Moissac souffre d’un manque chronique de main-d’œuvre. Trouver des saisonniers qualifiés capables de maîtriser les gestes spécifiques à cette culture devient chaque année plus compliqué. Car ici, tout repose sur une véritable “culture du produit”. Taille, effeuillage, cueillette : chaque étape demande précision et expérience pour préserver la qualité irréprochable des grappes.
Autre sujet brûlant : les restrictions phytosanitaires. Les producteurs ont très mal accueilli la dernière décision prise l’an dernier par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) de ne pas renouveler l’autorisation de mise sur le marché de vingt fongicides à base de cuivre. Une mesure vécue comme un nouveau coup dur, notamment pour la viticulture biologique.
Dans la filière, beaucoup dénoncent des contraintes techniques de plus en plus difficiles à gérer. « Les décisions de non-renouvellement d’agréments mettent la filière face à des impasses techniques, pour le bio comme pour le conventionnel. Il faut des alternatives efficaces avant de supprimer tel ou tel produit », expliquait en octobre dernier à la Gazette du Midi, Stéphane Lucas, responsable technique au sein du Syndicat de défense du chasselas de Moissac AOP.
Conscient de ces difficultés, Julien Custody lance déjà un appel à la mobilisation générale. « J’en appelle aux producteurs à s’impliquer davantage au Syndicat de Défense du Chasselas de Moissac AOP, ainsi que dans les autres instances professionnelles. Nous devons défendre nos intérêts, affirmer notre identité et préparer collectivement l’avenir de la filière raisin de table. »
[1] L’association interprofessionnelle des raisins du Sud-Ouest (AIRSO) a été fondée le 30 juillet 2025. La structure regroupe l’ensemble des producteurs et des metteurs en marché locaux (intermédiaires) de raisins de table. Son but est de travailler de concert sur le court terme (gestion des stocks, réaction aux ralentissements du marché, etc.) et le long terme (programmes de plantation, expérimentation de nouvelles variétés adaptées aux attentes du marché, etc.).