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141e année

Colibri Peinture, sur la voie du sur-mesure

Start-up. La start-up, qui développe des produits sains et écologiques, propose de la peinture au m2 pour éviter le gaspillage.

La start-up prévoit de tripler ses ventes cette année. DR

La start-up toulousaine Colibri Peinture, qui développe et commercialise des peintures écologiques, inaugurera le 12 avril à L’Union un nouveau concept store, situé 15 rue de Bessière. Très engagée et innovante, la jeune pousse entend ainsi réinventer la manière de consommer la peinture en luttant contre le gaspillage dès l’acte d’achat. À la tête d’une entreprise générale du bâtiment tous corps d’état spécialisée dans la rénovation de l’habitat, Cédric Laurent a fondé Colibri Peinture en 2018 sur la base d’un constat. « À la naissance de mon troisième enfant, s’est posée la question de repeindre sa chambre. Connaissant très bien les produits que j’utilisais chez mes clients polluant l’air intérieur et pas très sains non plus pour l’environnement, j’ai cherché une solution alternative que je n’ai pas trouvée dans le commerce. J’ai alors décidé de créer un produit à partir d’une feuille blanche. Je souhaitais créer une solution pour le consommateur préservant la qualité de l’air intérieur », se remémore le dirigeant.

S’en suivent quelques mois de recherche et de tâtonnement. Avec son cahier des charges très précis, Cédric Laurent fait en effet le tour de ses anciens fournisseurs en présentant son projet et essuie « des fins de non-recevoir systématiques » avant de se tourner vers des laboratoires spécialisés dans la formulation hélas trop axés sur les produits pétrosourcés. C’est finalement une rencontre avec une agrochimiste qui permet au professionnel du bâtiment de sortir de l’impasse. « Nous voulions élaborer un produit répondant aux normes professionnelles en termes de temps de séchage, d’opacité et de rendement, des critères qu’il fallait absolument atteindre, parce que Colibri n’est pas un concept marketing mais une vraie innovation industrielle », détaille-t-il.

Un projet en plusieurs étapes

Non content de trouver une formulation respectueuse de l’environnement, Cédric Laurent entend également que les supports peints aient une valeur ajoutée : « nos produits sont de fait à la fois biosourcés et assainissants, c’est-à-dire qu’ils captent le formaldéhyde présent dans le logement », résume-t-il. Présent dans l’air ambiant, le formaldéhyde est un polluant chimique qui provient des rejets gazeux de nombreux objets du quotidien. En 2019, l’innovation vaut à la start-up un prix décerné par la Région. Elle lance dans la foulée ses premières gammes.

« Nous cherchons des distributeurs qui ont un engagement fort sur le plan des enjeux environnementaux, qui partagent nos valeurs. »

« L’idée était de lancer le projet en plusieurs étapes, la première étant de proposer au marché un produit écologique et sain, avec cette valeur ajoutée de pouvoir dépolluer l’air intérieur, le tout au travers de deux lignes différentes ». Accompagnée par l’accélérateur WeSprint, la pépite toulousaine a bouclé cette première étape il y a un peu moins d’un an. Avec un beau succès puisque l’entreprise a doublé son chiffre d’affaires et ses volumes de vente entre 2020 et 2021.

Rupture d’usage

Pas question pour autant pour le dirigeant de se reposer sur ses lauriers. Depuis longtemps en quête d’une solution pour éviter le gaspillage de peinture – « on a tous des pots de peinture qui traînent au fond du garage » –, Cédric Laurent réfléchit déjà à la deuxième étape, une innovation d’usage. L’équipe de Colibri Peinture imagine alors une offre de service qui permet aux consommateurs de ne plus acheter la peinture au litre mais au mètre carré, manière d’éviter d’avoir à jeter le surplus. La start-up a lancé en septembre dernier sur son site internet l’offre Click & Paint, avec, à nouveau, un beau succès : 150 00 nouveaux visiteurs par mois et une centaine de commandes en quatre mois. En fonction des quantités calculées, la peinture est conditionnée pour l’instant en pot, mais une troisième rupture industrielle se prépare.

Elle devrait aboutir « d’ici deux à trois ans », ajoute Cédric Laurent qui tient à garder le secret. « Là non plus, ce n’est pas un simple concept marketing. Nous avons embauché un docteur en chimie du végétal pour réaliser cette rupture industrielle. Cela signifie en effet formuler autrement le produit, produire autrement, quitter la production de masse pour des choses beaucoup plus sur mesure ». L’ambition du fondateur est d’aboutir à « un produit 100% naturel ». Colibri Peinture, qui prévoit quatre recrutements cette année, après trois nouvelles embauches l’an dernier, soit un effectif de neuf personnes aujourd’hui, table sur un triplement de son chiffre d’affaires cette année par rapport à 2021. Un chiffre d’affaires généré à 80 % via son site internet, auprès de particuliers pour l’essentiel (80 % des ventes) et de professionnels (20%).

Diversification des canaux de distribution

Un ratio qui devrait changer, « car nous ouvrons une dizaine de comptes professionnels chaque semaine », précise Cédric Laurent. « L’intérêt de la clientèle professionnelle, c’est la récurrence des marchés », ajoute-t-il. La start-up espère porter leur part dans le chiffre d’affaires à 30 ou 40% d’ici quelques mois. Pour diversifier ses canaux de distribution, l’enseigne a ouvert un premier showroom à L’Union qui offre « une nouvelle expérience client », explique le dirigeant. Elle a aussi recruté un directeur commercial, qui s’emploie à développer la marque au travers d’un réseau de distribution physique via des partenaires. Trois magasins de bricolage (enseigne BBJ) du groupe Leclerc distribuent aujourd’hui les produits Colibri Peinture, et une douzaine d’autres partenaires devraient prochainement étoffer le réseau.

« Nous cherchons des distributeurs qui ont un engagement fort sur le plan des enjeux environnementaux, qui partagent nos valeurs. » D’autres showrooms pourraient également voir le jour dans les prochains mois. D’autres produits devraient arriver prochainement sur le marché. « En plus de la peinture décorative, l’idée est d’avoir une largeur de gamme qui permette de faire tout le chantier du sol au plafond avec des matériaux de qualité et biosourcés », précise Cédric Laurent. L’entreprise, qui sous-traite aujourd’hui la fabrication de ses formules, a réinvesti 500 K€ en R & D depuis septembre pour préparer cette rupture industrielle.

Agnès Bergon