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140e année

Crambes, chapeau l’entreprise !

Mode. Benoît Besnault et Catherine Vampouille ont racheté à Caussade la chapellerie historique Crambes en 2019. Un conte de fée pour ce couple qui a effectué une partie de sa carrière dans l’industrie automobile. Poussés par l’envie de perpétuer un savoir-faire made in France, ils développent un écosystème autour du chapeau.

« En visitant l’entreprise pour la première fois, on était loin d’imaginer ce qui se cachait derrière un chapeau », sourit Benoît Besnault. Ingénieur automobile, il a travaillé jusqu’en 2019 pour un important équipementier et parcourait la planète. Catherine Vampouille, Franc-Comtoise d’adoption a commencé sa carrière chez PSA puis a racheté une TPE fabriquant des ressorts. Tous deux souhaitaient travailler ensemble, sans tenir compte du domaine d’activité et de l’implantation. Ils ont entendu parler d’une chapellerie dans le Sud-Ouest, Thierry Fresquet, le petit-fils du fondateur souhaitait vendre.

Fondée en 1946 à Caussade, Crambes a été rachetée en 2019 par Benoît Besnault et Catherine Vampouille. DR

« Ça nous a fait rêver parce que c’est un univers qu’on ne connaissait pas, nous sommes tombés sous le charme en entrant dans l’entreprise. On s’est dit : pourquoi pas le chapeau ? »

Une véritable volonté de perpétuer l’épopée du chapeau

Catherine Vampouille et Benoît Besnault ont donc repris l’entreprise et ses
40 salariés. « Nous sommes arrivés en prenant soin de bien écouter les collaborateurs, c’est notre richesse, on s’appuie sur leur savoir-faire. De notre côté, on apporte les compétences en management et en organisation. On ose le dire, nous sommes des artisans avec une fibre industrielle. »
Le métier de chapelier est très technique : on part d’un tissu, de la paille, du feutre pour arriver à un chapeau. Il faut 45 minutes en moyenne pour faire un chapeau qui passe entre 20 paires de main avant d’être fini. Début 2021, l’entreprise a embauché cinq personnes. « Il n’y a pas de diplôme spécifique au métier, nous recrutons des couturiers et des couturières que nous formons. »
L’entreprise Crambes est riche de son histoire, fondée en 1946 dans ce berceau de l’industrie chapelière. Plus de 3 000 personnes travaillaient à l’époque pour le chapeau. Les professionnels rendent hommage à cet artisanat local en organisant chaque année au mois de juillet les Estivales du chapeau, Caussade possède même son propre musée : l’Épopée chapelière.
Catherine Vampouille et Benoît Besnault ont investi 250 K€ en matériel : « on a mis en place un ERP pour piloter l’entreprise, un outil indispensable. On a acheté des machines à coudre plus performantes et gardé les vieilles ma-chines pour le formage. Là où ça se justifie, on amènera de la modernité », ajoute Catherine Vampouille.

RSE, export pour aller plus loin...

L’entreprise commercialise sa propre marque et coud pour de grandes marques françaises. « Nous fabriquons pour le Vieux Campeur, le Printemps, Lacoste, Céline, Balmain, Jean-Paul Gautier… », précisent les dirigeants. Crambes, qui travaille également pour la Pantoufle à Pépère dans le Nord, a ouvert son site de vente en ligne, une boutique éphémère à Saint-Antonin-Noble-Val et a lancé sur les routes trois représentants exclusifs.
Catherine Vampouille et Benoît Besnault regardent vers l’international. Ils sont très optimistes : après un premier salon digital au Japon, les commandes arrivent. « L’export représente en moyenne 10 % des 2,7 M€ de CA. On voit bien que les grandes marques reviennent au chapeau : le bob se vend très bien et la casquette fait un retour en force. » La casquette de base-ball est le best-seller de Crambes avec 10 000 pièces par an.
Labellisé entreprise du patrimoine vivant (EPV) depuis 2007, l’atelier de 7 000 m2 se visite ce qui permet de découvrir toutes les étapes de la fabrication, de la dé­coupe du chapeau au repassage en passant par le thermocollage et le formage.

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Catherine Vampouille et Benoît Besnault vous expliqueront comment ils comptent redonner des couleurs à la filière textile française en soutenant les encore en activité et en travaillant sur les matières recyclables : « nous récupérons nos propres chutes de tissus en les broyant pour en faire des visières. » L’innovation dans le textile est sans limites…

Dorisse Pradal