Dans le Lot, une nouvelle coopérative voit le jour pour faire de la truffe un moteur économique
Agriculture. À l’occasion de la fête de la truffe de Lalbenque le 20 janvier dernier, les acteurs de la filière ont annoncé la création de la société coopérative Truffes Occitanie, dont le capital est aussi ouvert aux particuliers. Cette nouvelle structure doit permettre de booster la production pour répondre à une demande croissante et faire de ce secteur un relais de croissance pour le territoire.
C’est une tradition qui perdure depuis plus de 150 ans dans le Lot. En 1900, le département produisait entre 300 et 700 tonnes de truffe noire par an. Aujourd’hui l’Occitanie n’en produit plus que 6 à 12 tonnes annuelles ce qui représente 20 % de la truffe vendue en France. Pour rééquilibrer la balance, la Région Occitanie, le Département du Lot, la Fédération régionale des trufficulteurs d’Occitanie, la commune de Lalbenque, des techniciens et des acteurs de la filière ont fondé la SCIC Truffes d’Occitanie.
Cette nouvelle structure vient remplacer la station expérimentale du lycée agricole de Montat (46), qui pendant 45 ans formait les jeunes passionnés à l’art de la culture de la « tuber melanosporum » (appellation latine du champignon). Lancée le 20 janvier dernier, la société coopérative ouvre son capital à tous jusqu’au 19 février, espérant récolter 160 K€ pour commencer ses premiers programmes d’accompagnement des exploitants locaux.
1 300 trufficulteurs concernés
Malgré un prix moyen de 700 à 1 200 € le kilogramme en 2025, la truffe noire reste un produit très demandé dans l’Hexagone. « C’est une des rares filières dans laquelle nous sommes en sous-production par rapport à la demande », indique William Saenz, technicien trufficole. D’où le soutien appuyé accordé par les pouvoirs publics aux acteurs qui font vivre la truffe du Périgord.
« Dès le lancement, nous avons été accueillis sur la commune de Lalbenque, mondialement connue pour son marché aux truffes, et nous avons aussi été aidés par l’association Adefpat dont la mission est de contribuer au développement de l’activité en milieu rural [1] », détaille l’intéressé. Celui qui est aussi membre de la coopérative, salue également le soutien des collectivités territoriales impliquées dans le projet. Un engagement « qui permet de faire émerger un véritable partenariat public-privé ».
Un appui pour une culture traditionnelle inscrite au patrimoine immatériel à l’Unesco depuis décembre 2020 qui s’explique par des enjeux financiers et d’attractivité importants. « Les activités liées à la truffe noire ont des retombées économiques pour tout le territoire. Le marché d’Albenque permet notamment de maintenir une activité touristique hors saison dans le département », affirme William Saenz, un des deux salariés de la SCIC.
Si les collectivités ont investi dans la structure, son capital est bien sûr ouvert aux exploitants, mais aussi aux restaurateurs, et même aux particuliers. « C’est un projet cohérent pour les acteurs du territoire, car il permet aussi de créer du réseau et in fine de faire du business », explique le technicien. Ainsi, ce sont plus de 1 300 adhérents des associations de trufficulture sur les 11 départements producteurs qui pourraient rejoindre la société, selon un communiqué publié le 20 janvier.
Conseils, achats groupés et R&D
« Nous allons reprendre les mêmes missions que nous réalisions sur la station truffe de Montat, notamment la sensibilisation des conseillers des chambres d’agriculture occitanes sur les méthodes de la trufficulture », souligne William Saenz. Agents de contact auprès des exploitants, ces conseillers sont en première ligne pour présenter la truffe noire comme un moyen de diversification des cultures, en complément de la vigne, par exemple, car elle est plus résistante aux aléas climatiques et sa culture est très économe en eau. Des conseils techniques seront également proposés aux trufficulteurs de la région et aux acteurs de la filière.
La société coopérative annonce également la volonté de développer des achats groupés. Plus largement, elle entend assurer la diffusion des connaissances et des pratiques innovantes par le biais de formations payantes accessibles aux personnes non-membres de la société. Les fondateurs de la SCIC propose également de mettre en place des prestations RSE pour les entreprises.
Autre cheval de bataille : investir dans la R&D. « Nous manquons encore d’informations scientifiques sur certains aspects de la culture de la truffe, c’est pourquoi nous travaillons aussi sur des programmes expérimentaux », conclut William Saenz, annonçant le début de partenariats régionaux avec l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et le CNRS de Montpellier courant 2026.
[1] Créée en 1983, l’Adefpat est un outil partagé des territoires, des acteurs économiques, des départements et de la Région Occitanie, contribuant au développement de l’emploi et de l’activité en milieu rural.