De la mesure du méthane aux éoliennes offshore, Tidav change d’échelle et lève des fonds
Industrie. Fondée il y a cinq ans, la pépite toulousaine développe des drones capables de voler sur de longues distances et dans des conditions de vent difficiles. Après avoir validé une première application dans la mesure des émissions industrielles de méthane, l’entreprise entend désormais conquérir le marché de l’inspection des éoliennes offshore. Elle cherche 1 M€ pour accélérer son développement.
À rebours des fabricants asiatiques qui inondent le marché, le toulousain Tidav, installé à Francazal, a fait le choix de ne pas vendre ses drones, mais les données qu’ils collectent. Une stratégie qui lui permet de cibler plusieurs marchés industriels à fort potentiel, de la surveillance des rejets de méthane à l’inspection des éoliennes en mer. Avec près de 700 missions automatisées déjà réalisées et plusieurs industriels intéressés par sa technologie, la jeune pousse toulousaine veut désormais passer à l’échelle. Elle prépare une levée de fonds d’amorçage de 1 M€.
Fondée par Cédric Lefort, Vivien Jourdon et Philippe Valero il y a cinq ans, l’entreprise conçoit, fabrique et opère des drones pour la collecte de données. Dotés de capacités de décollage et d’atterrissage verticaux (VTOL), ces engins sont capables de voler rapidement, sur de longues distances et dans des environnements contraints.
La jeune pousse s’est développée en effet autour d’une innovation technologique brevetée : une nouvelle mécanique de vol qui permet à ses drones de résister à des vents forts (jusqu’à 60 km/h). Comment ? En se déplaçant longitudinalement, sans inclinaison, ce qui les rend particulièrement adaptés aux environnements marqués par des vents forts.
Des rejets de méthanes
L’entreprise, qui emploie aujourd’hui cinq salariés à plein temps, déploie ses solutions dans différents secteurs industriels. Son premier marché concerne la collecte de données environnementales atmosphériques pour les industries ayant un impact sur le réchauffement climatique. Concrètement, le drone est positionné sous le vent de l’installation industrielle, sur le côté du site sans le survoler ; il analyse la nature des gaz émis ainsi que leurs débits. À l’issue d’un processus de triangulation, la solution établit un bilan environnemental complet du site industriel.
Pour mener ce projet dénommé Falkor, Tidav s’est rapproché de partenaires de recherche comme l’IFP Energies nouvelles (pour le capteur) et l’Onera (pour la planification de trajectoire), avec le soutien de NaTran, Teréga et TotalEnergies OneTech. Objectif ? Caractériser la nature et le débit des rejets de méthane sur les sites industriels pour aider les entreprises à respecter la réglementation européenne et à réduire leur impact climatique, sachant que le méthane est un puissant gaz à effet de serre.
Une solution éprouvée puisque près de 700 missions automatisées ont été menées sur le site de l’Onera ainsi que sur la plateforme de TotalEnergies à Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques. Aujourd’hui l’entreprise a reçu plusieurs intentions d’achat émanant d’importants industriels du secteur de l’énergie.
À la maintenance prédictive des éoliennes
En parallèle, Tidav se lance sur un second marché qui concerne la levée de doute et l’inspection des éoliennes offshore. Pour bâtir cette offre dénommée Skyrell, l’entreprise toulousaine s’est cette fois encore entourée de partenaires de premier plan : Cornis, expert dans le traitement d’images d’éoliennes, Valemo, un spécialiste de l’exploitation et de la maintenance de parcs éoliens ainsi que le CNRS.
D’un coût total de 4,5 M€ sur 36 mois, le projet est lauréat d’un appel à projet France 2030 (Robotique et Machines Intelligentes d’Excellence). Neuf mois après le démarrage du projet, « nous sommes en phase de tests de charges utiles, de tests de moyens de communication et de tests de modèles », détaille Cédric Lefort, PDG de Tidav. Les tests offshore, eux, sont prévus à 30 mois du projet.
Alors que les inspections sont aujourd’hui menées par drone depuis des navires situés au pied des éoliennes et mobilisent plusieurs opérateurs, les drones toulousains décolleront des côtes, parcourront des dizaines de kilomètres jusqu’au parc éolien, réaliseront une inspection automatisée (environ une heure par éolienne) en collectant des images, puis reviendront à terre. Une alternative « plus rapide, sûre, économique et écologique » aux méthodes actuelles, assure le dirigeant.
Un business modèle original
Pour adresser ces marchés, l’entreprise s’appuie sur un business modèle original : « Contrairement à d’autres acteurs, nous ne vendons pas de drones. Nous vendons la donnée acquise grâce à nos drones. Cela permet de verticaliser l’activité, d’optimiser l’utilisation des appareils et d’assurer une rentabilité accrue », explique Cédric Lefort.
Un moyen de différenciation vis-à-vis de la concurrence asiatique mais aussi de répondre aux préoccupations croissantes de souveraineté et de cybersécurité des données, un enjeu majeur pour les industries européennes.
Une levée de fonds toujours en cours
De fait, depuis sa création, Tidav a bénéficié de nombreux soutiens, tant de l’État que de la Région : Bourse French Tech Emergence et du concours i-Lab de Bpifrance, statut de jeune entreprise innovante (JEI), Réseau Entreprendre, Nubbo, Créalia, Airbus Développement, etc. « Cela a été génial, parce que ça nous a donné les moyens pour pouvoir avancer. » Reste aujourd’hui à transformer l’essai.
Pour accélérer le développement commercial sur son premier marché qui, comme le second, se compte en milliers de sites à l’échelle européenne, la jeune pousse est en phase de levée de fonds d’amorçage. Déjà soutenue par Aerospace Angels et Occitanie Angels notamment, elle espère collecter 1 M€. Un montant que la conjoncture rend difficile à réunir : « Malgré nos POC réussies, malgré nos très beaux projets, on a un petit peu de difficultés, je l’avoue, mais on s’en sort », reconnaît le dirigeant.
Portée par les marques d’intérêt de plusieurs gros acteurs du secteur Oil & Gas, l’entreprise table sur un chiffre d’affaires de plusieurs dizaines de millions d’euros dans les prochaines années sur le marché européen et à l’international. À plus long terme, Cédric Lefort envisage déjà d’autres marchés pour ses drones, comme la sécurité civile avec des applications telles que le secours en mer de migrants ou la protection des navires.