Delair s’allie à Cerbair pour se positionner sur le marché stratégique de la lutte anti-drones
Défense. Le toulousain Delair et le parisien Cerbair unissent leurs forces à travers un partenariat stratégique de long terme. Dans un contexte de conflits où les drones se multiplient et se diversifient, les deux entreprises entendent développer des solutions efficaces, tout en maintenant un équilibre économique soutenable.
La lutte anti-drones s’impose désormais comme l’un des enjeux majeurs des conflits modernes et de la protection des infrastructures sensibles. Dans ce contexte, le toulousain Delair vient de franchir une nouvelle étape dans son développement. Experte dans la conception et la fabrication de drones pour le civil et la défense, la société a annoncé, le 16 juin 2026, la signature d’un partenariat stratégique de long terme avec Cerbair, société parisienne spécialisée dans la détection et la neutralisation de drones.
Un marché en pleine accélération
L’accord dépasse le simple cadre d’une coopération technologique et commerciale. Elle est aussi industrielle. Les deux entreprises entendent bâtir « une offre souveraine intégrée » associant détection, identification, guerre électronique et interception de drones, avec l’ambition affichée de se positionner sur les marchés internationaux dans un contexte où les besoins explosent.
Du front ukrainien aux conflits du Proche et du Moyen-Orient, les armées doivent désormais faire face à une grande diversité de menaces aériennes à faible coût : drones commerciaux détournés de leur usage initial, drones FPV pilotés à l’aide de lunettes immersives et capables de frapper avec une grande précision, munitions téléopérées, essaims coordonnés de plusieurs appareils ou encore drones de type Shahed, des engins explosifs conçus pour s’écraser sur leur cible, simples de conception et de fabrication.
Une évolution qui bouleverse les équilibres traditionnels de la défense aérienne et pousse les industriels à imaginer des réponses « plus agiles » et surtout « économiquement soutenables » comme le confirme Lucas Le Bell, président de Cerbair :
Les drones ont profondément transformé le champ de bataille moderne. Aujourd’hui, ils sont à l’origine de près de 80 % des pertes observées dans les conflits de haute intensité. Face à cette révolution opérationnelle, la maîtrise des drones et des technologies permettant de s’en protéger constitue une priorité absolue pour nos armées. »
Une ambition industrielle et stratégique
Pour Delair, ce rapprochement s’inscrit dans une dynamique de croissance soutenue. Basée dans la Ville rose et présente également à Marseille, Grenoble et Paris, la PME compte désormais 250 salariés et a réalisé un chiffre d’affaires de 50 M€ en 2025, contre 30 M€ un an plus tôt.
Ces derniers mois, la société dirigée par Bastien Mancini a multiplié les avancées dans le secteur de la défense. En 2024, elle a notamment remporté d’importants contrats liés à la fourniture de drones d’observation, de reconnaissance et de munitions téléopérées destinés à l’Ukraine. Début 2025, elle a noué un partenariat avec le toulousain Ascendance afin de développer, pour le compte de la Direction générale de l’armement (DGA) Essais de missiles, un démonstrateur de drone d’observation hybride-électrique.
Avec Cerbair, Delair élargit désormais son champ d’action vers la protection contre les drones hostiles. Le partenariat repose sur la complémentarité des expertises. Cerbair apportera « ses technologies de détection, d’identification et de localisation des menaces aériennes » grâce à ses solutions de guerre électronique et de traitement du signal radiofréquence. Delair mettra de son côté à contribution ses capacités dans les drones de défense et notamment son drone intercepteur de nouvelle génération baptisé Aspik.
Objectif affiché ? Proposer une chaîne complète allant de la détection jusqu’à la neutralisation des menaces aériennes. Une approche dite « multicouche », devenue incontournable face à la multiplication et à la diversité des drones utilisés sur les théâtres d’opérations comme autour des sites stratégiques.
Cette problématique dépasse en effet largement le cadre militaire. En France, la protection des sites sensibles et industriels ou encore des établissements pénitentiaires mobilise de plus en plus les technologies anti-drones. Cerbair s’est notamment imposé comme l’un des acteurs de référence sur ce marché en développant « des solutions de détection radiofréquence et de brouillage électromagnétique » capables de neutraliser les appareils indésirables.
Nouveaux relais de développement
Mais l’ambition commune ne s’arrête pas là. Les deux partenaires prévoient également de travailler sur l’intégration de capacités de guerre électronique directement embarquées à bord des plateformes aériennes de Delair. « Face à la montée des menaces internationales, la capacité des industriels de défense français à imaginer collectivement des solutions globales innovantes et souveraines nous paraît être une nécessité absolue. Je me réjouis de cette collaboration qui s’annonce fructueuse tant sur le plan technologique, industriel et humain », s’est ainsi félicité Bastien Mancini, président de Delair.
Les deux entreprises annoncent déjà le lancement de travaux conjoints de recherche et développement autour « des architectures de défense multicouches », de l’intelligence artificielle, des systèmes d’interception avancés et des nouvelles applications de guerre électronique embarquée.