Depuis l’espace, Sensing veut révolutionner la surveillance des gaz à effets de serre
Spatial. Un an et demi après avoir placé un premier satellite en orbite, la société toulousaine, soutenue par ses actionnaires historiques, investit 12 M€ dans le développement de GEN2. Ce nouveau satellite doit lui permettre de franchir un cap technologique dans la mesure des émissions de méthane et d’accélérer son expansion sur le marché de l’intelligence atmosphérique.
Face à l’urgence climatique, les gouvernements et les institutions ont besoin d’outils fiables pour suivre les émissions de gaz à effet de serre. Or, les données disponibles aujourd’hui sont souvent coûteuses ou insuffisamment précises, ce qui limite la capacité à mesurer et à réduire efficacement ces émissions, notamment celles de méthane. Selon le GIEC, ce gaz à effet de serre contribuerait à près de 30 % du réchauffement climatique observé aujourd’hui. Sur un horizon de vingt ans, son pouvoir de réchauffement est environ 80 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO₂).
C’est sur ce créneau que se positionne le toulousain Sensing Atmospheric Intelligence, anciennement Absolut Sensing, opérateur satellitaire pionnier dans la surveillance atmosphérique. Fondée en octobre 2021 par Tristan Laurent, l’entreprise s’est donné pour mission de développer des outils capables, à terme, d’améliorer l’anticipation des catastrophes naturelles et industrielles liées au dérèglement climatique.
Un premier satellite lancé en janvier 2025
Concrètement, la société conçoit, développe et exploite des systèmes avancés de télédétection spatiale destinés à déceler et quantifier des phénomènes invisibles à l’œil nu, des fuites de méthane aux départs de feux de forêt. Son expertise couvre les capteurs hyperspectraux, les systèmes optiques actifs et l’intelligence artificielle appliquée à la détection des changements atmosphériques.
Ces compétences lui ont permis de figurer parmi la quinzaine d’entreprises européennes sélectionnées dans le cadre de la Mission Contributive Copernicus (CCM), programme associé à Copernicus, le système d’observation de la Terre de l’Union européenne. En 2024, l’entreprise a ainsi obtenu près de 15 M€ sous forme de subventions et d’investissement en capital de la part du Conseil européen de l’innovation.
Grâce à ce soutien, complété par celui de Bpifrance dans le cadre de France 2030, Sensing a réussi, en janvier 2025, le lancement de son premier satellite, GESat GEN1, à bord d’une fusée SpaceX. Une performance remarquable réalisée seulement trois ans après la création de l’entreprise et pour un coût inférieur à 10 M€. Avec cette mise en orbite, la green tech spatiale, qui compte une vingtaine de collaborateurs, a rejoint le cercle très restreint des opérateurs satellitaires commerciaux français.
260 sites surveillés dans le monde
Aujourd’hui pleinement opérationnelle, la solution GEN1 permet de surveiller chaque mois plus de 260 sites industriels dans le monde, notamment des infrastructures énergétiques liées à la production de pétrole, de gaz et de charbon ainsi que des sites de traitement des déchets. Parmi ses clients figurent la Commission européenne ainsi que de grands groupes industriels tels que TotalEnergies. Cette activité génère déjà près d’1 M€ de chiffre d’affaires annuel.
Fort de ce premier succès, Sensing prépare désormais le lancement d’un deuxième satellite, baptisé GEN2. Celui-ci permettra de quantifier des émissions de méthane inférieures à 50 kilogrammes par heure avec une précision supérieure à 90 %, aussi bien sur terre qu’en mer. Une avancée majeure lorsque l’on sait que les plateformes offshore émettent de très importantes quantités de méthane.
Une constellation de 12 satellites à terme
Or, à ce jour, indique la start-up, aucun système satellitaire commercial ne permet de quantifier avec précision ces flux au-dessus des surfaces marines. Grâce à un nouveau système de balayage optique actif développé en interne et associé à des modèles d’intelligence artificielle propriétaires, Sensing ambitionne donc de devenir le premier opérateur satellitaire à répondre à ce défi technologique.
Prévu au plus tard début 2028, le lancement de GEN2 augmentera significativement la couverture géographique et la fréquence de revisite des observations liées au méthane. Il permettra également à l’entreprise d’étendre son offre à d’autres applications, telles que la surveillance des incendies de forêt, de la pollution atmosphérique ou encore des phénomènes météorologiques extrêmes. À plus long terme, Sensing prévoit le déploiement d’une constellation de 12 satellites de cette génération.
Un plan d’investissement de 12 M€
Le développement et le lancement du premier satellite GEN2 représentent un investissement de 12 M€. Cet effort de recherche et développement est financé par une augmentation de capital à laquelle ont participé les partenaires historiques de l’entreprise, notamment Volt-V, société de capital-investissement basée à Montpellier et spécialisée dans les transitions énergétique et écologique.
Dès 2022, Volt-V avait soutenu à hauteur de 12 M€ le groupe grenoblois Absolut, qui a incubé Sensing avant que celle-ci ne prenne son indépendance. Autre actionnaire de référence, la plateforme de micro-investissement Pi Invest, basée au Caire, a également renouvelé son soutien dans le cadre de cette levée de fonds.
Au-delà du renforcement de ses ressources financières, Sensing a également consolidé son équipe dirigeante avec la nomination de Nicolas Fabre, 45 ans, comme associé et directeur général. Ingénieur de formation, il s’appuie sur plus de 20 ans d’expérience managériale acquise au sein du groupe Capgemini. Son expertise technologique et industrielle doit accompagner la montée en puissance de l’entreprise dans les prochaines années.
Ainsi structurée, la scale-up toulousaine entend poursuivre son développement et concrétiser les ambitions qu’elle affiche sur le marché de l’intelligence atmosphérique.