Entreprises

Depuis Toulouse, Kepplair Evolution lève 5 M€ pour accélérer le développement de son avion anti-incendies

Incendies. Relocalisée dans la Ville rose, la start-up projette de transformer un ATR 72 en bombardier d’eau. Un projet industriel plus rapide, moins coûteux et déjà suivi de près par la Sécurité civile, qui illustre le rôle croissant de la Ville rose dans la modernisation des moyens de lutte contre les feux de forêts.

Lecture 6 min
La start-up toulousaine Kepplair Evolution vient de lever 5 M€. Son objectif ? Transformer un ATR 72 en bombardier d’eau. (©Kepplair Evolution)

Alors que, sous l’effet du changement climatique, les feux de forêts sont partout dans le monde chaque année un peu plus dévastateurs, le futur de la lutte aérienne contre les incendies s’écrit résolument à Toulouse. Dans la Ville rose, plusieurs start-up travaillent en effet concomitamment sur le développement de nouveaux appareils anti-incendies.

Parmi ces dernières, figure Kepplair Evolution. La start-up parisienne récemment relocalisée à Toulouse vient de lever 5 M€ pour poursuivre le développement d’un nouvel appareil de lutte contre les incendies. Avec l’appui de l’Institut de mécaniques des fluides de Toulouse (IMFT), la jeune pousse planche en effet sur le successeur du Canadair, ce bombardier d’eau dont beaucoup d’exemplaires en Europe sont aujourd’hui vieillissants alors que l’appareil n’est plus fabriqué.

Dans un communiqué daté du 16 décembre, l’entreprise a annoncé le succès de son second tour de table. Après une première levée de fonds de 1,5 M€ en capital amorçage réalisée en 2024, la pépite toulousaine vient d’émettre pour près de 3 M€ d’obligations remboursables en actions (ORA). Auxquels s’ajoute la prise de participation en capital développement d’Avico, à hauteur de 2 M€. Le groupe est le premier courtier aérien français et leader mondial de l’affrètement entre compagnies aériennes.

Le fondateur de Kepplair Evolution, David Joubert, ancien pilote de ligne, et son associé Dominique Legendre, enseignant chercheur à l’IMFT, ont développé depuis 2012 avec le soutien de la société d’accélération du transfert de technologies Toulouse Tech Transfer un dispositif à pression assistée de largage qui permet de répandre le produit (eau ou retardant) au sol de manière plus uniforme et plus efficace. Dénommé Kios, ce dispositif breveté en 2019 est destiné à équiper des avions bombardiers d’eau de grande capacité.

Mais depuis 2024, pour répondre à la demande croissante d’appareils de plus petite capacité, le binôme planche également sur la conversion en engin de lutte contre les incendies d’un avion de transport régional, l’ATR 72, un turbopropulseur maniable, robuste, déjà largement éprouvé avec 1 700 exemplaires livrés dans le monde et dont les frais d’exploitation et de maintenance sont réduits (-30%).

Un avion multi-fonction qui suscite beaucoup d’intérêt

Pour effectuer cette transformation, la société collabore avec Aerotec & Concept, une entreprise blagnacaise, leader de la modification d’avion en Europe. L’appareil une fois modifié permettra de larguer 7,5 tonnes d’eau, mais il pourra également effectuer d’autres missions telles que le transport cargo et les évacuations sanitaires.

Un projet modulable qui a retenu l’attention de la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises du ministère de l’Intérieur, laquelle a adressé à la start-up une lettre d’intérêt. Et pour cause : plus rapide à mettre en œuvre, le projet de Kepplair Evolution semble aussi plus rassurant sur le papier. « Nous partons d’un appareil éprouvé, opérationnel qui a donné tous les gages de performance pour ce type de mission : à savoir une moindre consommation de carburant et une importante maniabilité », précisait en juillet dernier Dominique Legendre

Une durée et des coûts de développement réduits

En utilisant une plateforme existante, Kepplair Evolution entend ainsi ramener à trois ans le délai de développement de l’appareil (contre huit à 10 ans habituellement). La mise en service des deux premiers appareils est ainsi prévue dans un an et demi. La jeune pousse espère aussi limiter drastiquement les investissements initiaux. De fait, ces derniers sont estimés à moins de 50 M€, soit un montant bien inférieur aux coûts de développement d’un nouvel avion évalué à plus d’1 Md€.

Première mise en service avant l’été 2027

Grâce à cette nouvelle levée de fonds, Kepplair Evolution franchit un nouveau cap. « Alors que le Kepplair 72 est désormais entré dans sa phase finale de conception et de certification des modifications de l’appareil, en étroite collaboration avec l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA), c’est une avancée majeure pour tenir notre objectif de livraison des deux premiers appareils avant la saison des feux de l’été 2027 », confirme David Joubert.

À l’occasion du 131e Congrès national des sapeurs-pompiers qui s’est tenue en octobre au Mans, le dirigeant a également reçu le soutien de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers (FNSP) ainsi que la Fédération française des métiers de l’incendie (FFMI). Un appui qui témoigne selon lui d’un engagement des différents acteurs en faveur du « renforcement de la filière française de lutte contre les incendies ». De quoi accélérer encore la modernisation de la flotte française et européenne de bombardiers d’eau.