Déserts dermatologiques : Pixience mise sur l’IA pour fluidifier le parcours de soins
Santé. Face à la chute du nombre de dermatologues et à l’explosion des cancers cutanés, la PME toulousaine Pixience entend rebattre les cartes du dépistage. En s’alliant à une solution d’intelligence artificielle, elle ambitionne de déplacer le premier niveau d’examen vers les soignants de proximité, pour détecter plus tôt et orienter plus vite.
Pour des milliers de patients, consulter un dermatologue relève désormais du parcours du combattant. En pleine crise démographique, la spécialité voit en effet ses effectifs se réduire comme peau de chagrin. En l’espace d’une décennie, le nombre de praticiens – soit moins de 3 000 en 2023 – a chuté de 10 % en 10 ans. Une érosion silencieuse, mais aux conséquences bien visibles sur le terrain.
Dans l’Hexagone, certains territoires sont désormais totalement dépourvus de dermatologues. L’Occitanie n’échappe pas à cette réalité préoccupante : l’Ariège et la Lozère figurent parmi les départements laissés sans spécialiste. Une situation qui accentue les inégalités d’accès aux soins et contraint les patients à parcourir parfois des dizaines de kilomètres pour obtenir un rendez-vous.
Et encore, lorsqu’un créneau se libère. Car les délais s’allongent inexorablement : plusieurs mois d’attente, voire plus d’un an dans certains cas. Un temps médical perdu qui peut s’avérer lourd de conséquences, notamment pour les lésions suspectes. Le diagnostic tardif demeure en effet l’un des principaux facteurs aggravants des cancers de la peau.
Or, ces derniers progressent à un rythme alarmant. En un peu plus de trente ans, le nombre de nouveaux cas a plus que triplé. En 2023, près de 18 000 nouveaux cas de mélanomes cutanés ont été recensés, représentant désormais 1,2 % des décès liés au cancer. Face à cette montée en puissance, l’urgence d’adapter le parcours de soins ne fait plus débat.
Des solutions technologiques pour désengorger le système
Pour répondre à cette tension croissante, de nouvelles approches émergent. L’une d’elles consiste à déplacer le premier niveau de dépistage vers les professionnels de proximité : médecins généralistes, pharmaciens ou encore infirmiers. Une stratégie rendue possible par l’essor des technologies d’imagerie et de l’intelligence artificielle.
C’est dans cette optique que le fabricant toulousain Pixience, fondée en 2012 par Sébastien Mangeruca (10 collaborateurs), et la start-up Huvy, créée en 2021 par Léonie Schröder et basée à Royan en Charente-Maritime, ont décidé d’unir leurs forces. D’un côté, une PME spécialisée depuis plus d’une décennie dans les dispositifs d’imagerie cutanée ; de l’autre, une jeune pousse experte en IA médicale appliquée à la dermatologie.
Pixience s’est notamment fait connaître avec son vidéodermoscope C-Cube, un outil permettant d’observer la peau de manière non invasive grâce à des images 2D et 3D de haute précision. À cela s’ajoute le BodyMapper, une solution capable de réaliser une cartographie corporelle complète, facilitant à la fois la détection et le suivi des lésions.
Filtrer pour mieux soigner
L’apport de Huvy vient compléter cet arsenal technologique. Sa solution repose sur un algorithme capable d’évaluer, à partir d’une simple image, le niveau de risque d’une lésion cutanée. Objectif ? Orienter rapidement les patients nécessitant une consultation spécialisée, tout en rassurant ceux pour lesquels le risque est faible.
En combinant leurs outils, les deux entreprises ambitionnent de transformer l’organisation des soins dermatologiques. Concrètement, les professionnels de santé de première ligne pourraient identifier précocement les cas à risque, documenter les observations et orienter efficacement vers les spécialistes.
Une logique de tri intelligent, en somme. Filtrer pour prioriser. Permettre aux dermatologues de concentrer leur expertise sur les cas les plus complexes, tout en augmentant le nombre de patients suivis. Pour les deux partenaires, il s’agit d’une réponse pragmatique aux enjeux de santé publique. Le défi est double : améliorer l’accès aux soins et réduire les délais de prise en charge, sans compromettre la qualité du diagnostic.
« Ce partenariat avec Huvy s’inscrit pleinement dans notre mission, confirme Sébastien Mangeruca dans un communiqué daté du 17 mars dernier. A savoir, mettre l’innovation technologique au service d’une dermatologie plus accessible, fluide et efficiente. En associant nos dispositifs médicaux à une IA certifiée et pensée pour le terrain, nous répondons concrètement aux défis actuels des parcours de soins dermatologiques. »
Un déploiement attendu dès 2026
Le partenariat, officialisé à la mi-mars, pourrait entrer dans une phase opérationnelle dès 2026. À terme, les deux acteurs espèrent déployer leur solution à l’échelle nationale, avec l’ambition de couvrir progressivement les zones les plus fragilisées.
Dans un contexte de désertification médicale, l’innovation apparaît plus que jamais comme un levier incontournable. Reste à savoir si ces outils sauront convaincre les professionnels et s’intégrer durablement dans les pratiques.