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141e année

Doc2u fait avancer la télémédecine

Santé. Lauréate des récents Trophées de la Silver économie en Occitanie, la start-up toulousaine s’apprête à mettre sur le marché un dispositif médical connecté qui vise à faciliter les téléconsultations.

Sébastien Risler, Aymeric Malle, Charles Risler, cofondateurs de Doc2u. DR

Avec 11 millions de téléconsultations dispensées en 2021, après 19millions en 2020, au plus fort de la crise sanitaire, la consultation à distance paraît définitivement sortie de la phase expérimentale. D’autant que, suite à une décision de l’Union nationale des caisses d’assurance maladie, l’obligation pour le médecin généraliste téléconsultant de connaître déjà le patient a été supprimé en janvier dernier, facilitant ainsi le recours à ce mode de consultation, notamment dans les déserts médicaux. Pour autant des freins persistent, tels que la crainte d’une déshumanisation de la relation patient/ médecin et le manque d’outils adaptés.

C’est pour pallier cet écueil que Sébastien Risler, ingénieur spécialiste des systèmes embarqués, a créé à Toulouse Doc2u, une start-up qui développe une solution tout-en-un connectée et ergonomique qui permet de collecter et de transmettre au médecin généraliste les paramètres physiologiques essentiels du patient. Alternative aux bornes et aux cabines de téléconsultation qui représentent des investissements très conséquents, le nouveau dispositif médical portatif imaginé par Doc2u combine en effet un tensiomètre, un cardiofréquencemètre, un oxymètre et un thermomètre. Il transmet également l’image et le son de deux appareils d’auscultation également inclus dans le dispositif : un stéthoscope et un otoscope.

Lutte contre les déserts médicaux

Le projet Doc2u est né en 2018 d’un besoin personnel. À l’époque l’ingénieur, marié, père de jeunes enfants, a comme beaucoup de couples des difficultés pour concilier travail, vie de famille et visite chez le médecin généraliste. « On parlait aussi déjà beaucoup des déserts médicaux et de la difficulté d’accès aux soins. En y réfléchissant, on s’est aperçu que cette problématique concerne de nombreux pays dans le monde », résume-t-il. Fort d’une expérience poussée dans le domaine de l’internet des objets (IoT) et d’une bonne connaissance du secteur médical, de par son entourage familial, Sébastien Risler décide de se lancer dans ce projet ambitieux profitant d’un contexte favorable.

Depuis septembre 2018, la téléconsultation est en effet remboursée par l’Assurance maladie, permettant à cette pratique encore balbutiante à l’époque, de prendre un nouvel essor. Le projet mûrit, mené par l’ingénieur, rejoint par son frère Charles Risler, directeur de l’innovation, et Aymeric Malle, directeur technique. La start-up est créée en septembre 2020. L’enjeu pour Doc2u est de répondre au principal frein au développement de la téléconsultation, à savoir l’absence d’examen du patient. En permettant au médecin généraliste de consulter les informations physiologiques relatives au patient et de pratiquer une auscultation à distance, « notre solution permet d’élargir le nombre de motifs de téléconsultation », détaille Sébastien Risler, au-delà du renouvellement d’ordonnance et du suivi d’un patient. De fait, la pratique représente aujourd’hui 5% du total des consultations chez les généralistes, un chiffre en progression.

Utilisation partagée

Doc2u développe son offre à l’intention des professions paramédicales, pharmaciens et infirmiers notamment, lesquels sont aujourd’hui rémunérés par l’Assurance maladie lorsqu’ils assistent patients et médecins généralistes à l’occasion d’une téléconsultation. Ils peuvent également percevoir une participation financière lorsqu’ils s’équipent de ce type de matériel connecté. « Nous sommes également en discussion avec des mutuelles pour proposer l’utilisation du dispositif dans les entreprises qui ont par exemple du personnel en mobilité ou à l’étranger. »

La solution développée par la start-up toulousaine, à ce jour compatible avec huit plateformes de téléconsultation, devrait obtenir le marquage CE « avant l’été », précise son dirigeant, permettant ainsi sa commercialisation. Un directeur des ventes a rejoint l’équipe il y a un mois pour anticiper cette nouvelle phase de développement. Une levée de fonds de 3 M€ au global est en cours, pour, dans les mois qui viennent, structurer l’entreprise et recruter des commerciaux notamment. Le dirigeant prévoit l’embauche d’une dizaine de salariés d’ici la fin de l’année.

La pépite toulousaine, qui table, à l’horizon 2026, sur un chiffre d’affaires de 10 M€, ne cache pas ses ambitions à l’échelle internationale avec l’ouverture d’un premier territoire européen d’ici à la fin de l’année. Le dispositif médical, pour le développement duquel la start-up a reçu des aides de Bpifrance et de Créalia, sera fabriqué en France, à Montpellier.

Agnès Bergon