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Du champ à l’assiette, à Toulouse Minjat ! a réussi son pari de réconcilier prix justes et pouvoir d’achat

Alimentation. Depuis 2018, Minjat ! a fait de la vente en circuit-court de produits issus de l’agriculture occitane son credo. Forte aujourd’hui de plus de 40 salariés et de 4,8 M€ de chiffre d’affaires, l’entreprise s’appuie sur un magasin d’alimentation générale, un restaurant et projette d’ouvrir un magasin de proximité en libre-service.

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(De gauche à droite) David Pagès, Anton Dmitriev et Cyril Picot sont les trois fondateurs de Minjat !. (©Jérôme Froissard)

« Qui a dit que manger local n’était qu’une affaire de bobo ? », s’amusent David Pagès et Cyril Picot, lorsqu’on les interroge sur leurs clients. C’est un défi de taille que se sont lancé les deux entrepreneurs, en collaboration avec le chef Anton Dmitriev : proposer des produits issus de l’agriculture occitane, en circuit-court et en rémunérant les exploitants à la juste valeur de leur travail.

Le trio a lancé en septembre 2018 son magasin d’alimentation générale Minjat !, installé à Colomiers qui propose aux Hauts-Garonnais plus de 3 000 produits, allant de la viande aux produits frais, issus des exploitations de quelque 400 producteurs de la région. Après sept ans d’existence, le pari est réussi avec un chiffre d’affaires de 4,8 M€ et 8 % de croissance annuelle. Avec une ambition inchangée : inciter les clients à acheter des produits de saison, locaux et respectueux de l’environnement, tout ça en maximisant le goût.

Bien manger, l’affaire de tous

« Minjat signifie manger en occitan », rappelle David Pagès qui dirige désormais l’ensemble de l’activité. Au cœur du modèle, développé avec ses deux associés, réside l’idée de démocratiser l’alimentation locale et surtout d’accroître sa part dans la consommation des ménages. « Nous avons remarqué que de plus en plus de consommateurs souhaitent soutenir les filières de la région, mais rencontrent des difficultés à s’approvisionner en grandes surfaces », détaille l’entrepreneur. « En face, nous avons des producteurs qui se battent pour vivre de leur métier et qui recherchent des débouchés pérennes avec des prix justes ».

À Colomiers, Minjat !, qui fait travailler 40 salariés, commercialise des produits à 95 % issus d’Occitanie. Sur place, la boutique propose aussi La cantine du midi, un service de restauration tenu par le chef Anton Dmitriev. Le lieu, qui travaille en zéro déchet, accueille 150 à 200 personnes par service pour faire découvrir les produits vendus en boutique.

Minjat ! prône une stratégie gagnant-gagnant. « Pour 10 € dépenser, 6,20 € sont reversés au producteur », explique la société sur son site. De même, les clients profitent d’offres spécifiques en fonction des saisons, et le magasin met à disposition des étudiants une offre avec des produits au rabais, élargissant ainsi sa clientèle.

Un système qui veut attirer les plus petits budgets et faire concurrence aux grandes surfaces. « Une fois par mois depuis quatre ans, nous comparons le prix de notre panier pour un ménage, avec celui de trois grandes surfaces dans la zone de Colomiers », révèle Cyril Picot. « Il en ressort que globalement, notre panier est 15 % moins cher à qualité égale ». À contre-courant des géants de la grande distribution, Minjat ! entend plus que jamais favoriser une meilleure rémunération des producteurs plutôt que ses marges.

Mettre en valeur l’agriculture d’Occitanie

Sur un panier de 10 €, 6,20€ sont destinés à payer les producteurs, 1,40 € les salariés et 1,35 € les cotisations, impôts et taxes. Pour le reste Minjat ! injecte 90 centimes dans les frais fixes (loyer, fournitures, etc.) et 15 centimes dans ses nouveaux projets. (© Minjat !)

L’aventure n’aurait donc pu se faire sans les 400 producteurs qui gravitent autour de l’entreprise haute-garonnaise. « Lorsque nous avons lancé Minjat !, nous connaissions déjà pas mal de monde, en plus de nos parents qui sont tous agriculteurs. Pour élargir notre carnet d’adresses, nous avons démarché un grand nombre d’exploitants, en vérifiant au cas par cas si leur modèle de production était adapté à ce que nous recherchions », indique David Pagès dont la structure valorise plus de 400 tonnes de produits locaux. Et d’ajouter :

Nous travaillons avec 10 % de producteurs en bio. Pour le reste, nous n’avons pas de cahier des charges strict, mais tous les produits référencés sont issus de l’agriculture raisonnée, avec le minimum d’intrants et de traitements. Nous recherchons des produits bien travaillés, sans OGM, notamment pour la production animale, et des produits transformés sans conservateurs ni polluants. »

Forte d’une belle croissance, l’entreprise annonce déjà de nouvelles initiatives. Minjat ! fournit en particulier les cantines des écoles de Colomiers en produits frais, en plus d’organiser des visites guidées de la boutique afin de sensibiliser le grand public et les jeunes générations au métier d’agriculteur. Objectif : assurer la transmission des savoir-faire. Dans le cadre d’un contrat d’innovation, la structure bénéficie également du soutien de la Région pour développer son propre logiciel d’entreprise et d’approvisionnement (ERP).

Loin d’être rassasiée, la start-up affiche de fortes ambitions. Anton Dmitriev travaille sur un projet de production centralisée et de restauration rapide, tandis que Cyril Picot développe TerraBon, un magasin de proximité spécialisé dans les fruits, les légumes et les produits frais, en libre-service. Cette nouvelle entité, qui a bénéficié d’un investissement de 250 K€ de Minjat !, doit aider les producteurs partenaires à trouver de nouveaux débouchés. Si le projet immobilier de ce projet reste encore à boucler, seule certitude, ce nouveau lieu ouvrira en proche banlieue de Toulouse. Enfin, côté chiffres, Minjat ! vise les 5 M€ de CA dès cette année.