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141e année

Ém’ane de Cécile Boudon : « mes ânes, ma petite entreprise »

Artisanat. ll était une fois une jeune femme qui aimait beaucoup les savons au lait d’ânesse... L’histoire de Ém’ane pourrait commencer ainsi. C’est aussi l’histoire d’une reconversion réussie, celle d’une femme d’entreprise engagée qui a trouvé son équilibre. Autour de ses 10 ânes, elle développe en Tarn-et-Garonne sa gamme de cosmétiques et se lance dans la médiation animale.

Cécile Boudon, éleveuse d’ânes et gérante d’Em’ane. DR

« Je suis hors cadre, sourit Cécile Boudon. Je suis devenue éleveuse d’ânes mais rien ne me prédestinait à le devenir. Je ne suis pas issue d’une famille d’agriculteurs. » Jusqu’en 2008, Cécile Boudon travaillait dans le secteur des ressources humaines. Souhaitant donner une nouvelle orientation à sa vie, elle s’octroie une pause d’un an et démarre une formation pour devenir éleveuse à la Chambre d’agriculture du Tarn-et-Garonne.

« Mon idée première était d’élever des chèvres. Seule aux commandes de ma future exploitation, je me suis aperçue que je ne pourrais pas tout gérer : être à l’élevage, à la traite, à la vente et faire du fromage de chèvre. » L’idée de travailler avec des ânes a donc fait son chemin. « Je connaissais bien les équidés, j’avais déjà un cheval, j’utilisais le lait d’ânesse, j’étais donc certaine d’avoir trouvé le bon créneau. » Cécile Boudon n’hésite pas et part se former dans le Gers à l’asinerie d’Ambazac chez Bénédicte et Jean-François Wambeke.

Phase 2, le lancement...

L’entrepreneuse en herbe a ensuite démarré une étude de marché, « avec mes petits moyens », s’amuse-t-elle. « J’ai fait du porte-à-porte dans les rues de Montauban pour rencontrer les responsables de boutiques susceptibles de commercialiser mes futurs produits. » La formation a duré un an, un laps de temps mis à profit pour commencer à installer son troupeau. « Il me fallait cinq ânesses pour démarrer et investir 10 000 € par animal, sans certitude qu’elles produisent du lait. La somme était trop élevée. » Cécile Boudon a donc eu l’idée de recueillir des animaux abandonnés ou maltraités.

Un millier de ventes de savon par an. DR

« Un vrai travail de patience, il m’a fallu plusieurs mois pour les mettre en confiance. » Avec 20 K€, elle a réussi à lancer son activité. Une nouvelle fois, Cécile Boudon n’a pas reculé devant les difficultés. « De nombreuses portes se sont refermées lorsque j’ai voulu emprunter pour acheter ou louer des terrains. » La chance lui a souri, des propriétaires lui ont prêté des terrains. Seul bémol, elle était contrainte de déplacer régulièrement ses animaux et les clôtures modulables.

Les premiers savons...

En 2010, la chef d’entreprise rencontre son futur compagnon, ostéopathe à Valence d’Agen mais aussi propriétaire de 2 ha de terrain. Il lui propose d’y installer ses ânes. Cécile Boudon peut vraiment souffler et développer son activité. « J’ai commencé avec une gamme de six savons, à 4,50 € le savon, ce n’était pas assez pour dégager de vrais revenus ». Elle se rapproche ainsi du laboratoire Serp à Castelsarrasin pour la fabrication de ses cosmétiques et créer une gamme complète à base de lait d’ânesse. Dans son atelier à Saint-Vincent-Lespinasse, elle continue toutefois à fabriquer ses savons. Elle en vend un millier par an.

La petite entreprise est devenue une SCEA (société civile d’exploitation agricole), laquelle développe des activités autour des animaux et propose, avec ses ânes, de la médiation animale auprès d’enfants, de personnes âgées ou en situation de handicap. Pour ses 10 ans, Cécile Boudon entend bien booster sa communication et ses ventes en ligne. Elle a déjà quelques clients à l’international. L’entreprise s’est agrandie, le couple a acheté 20 ha de terrain supplémentaires auprès du voisin. On dirait bien que les planètes se sont alignées pour Cécile Boudon, Vétiver, Altaya, Duchesse...

Dorisse Pradal