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Emploi, formation, mixité : l’UIMM Occitanie unifiée se met en ordre de bataille

Métallurgie. Dans un contexte d’incertitude élevée en matière économique, politique et international, la nouvelle organisation patronale, issue de la fusion des UIMM MP-Occitanie et UIMM Méditerranée-Ouest, entend porter une voix « forte, unie et audible ». Avec 713 entreprises adhérentes et plus de 86 000 salariés, elle devient la deuxième chambre syndicale territoriale de l’Hexagone, derrière l’Île-de-France.

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Entouré de Robert Gaiani, président de l’antenne du Lot, de Xavier Aumont, président de l’antenne du Tarn-et-Garonne, et de Gilles de Raffin, président de l’antenne de la Haute-Garonne, Didier Katzenmayer (au centre), président de l’UIMM Occitanie, a présenté la nouvelle feuille de route de l’organisation professionnelle. (©UIMM Occitanie)

La métallurgie est un des poids lourds de l’économie occitane. Première branche professionnelle de la région, avec plus de 60 % des effectifs industriels, elle compte près de 3 700 établissements pour un effectif de 130 000 salariés. Pour mieux représenter les acteurs de cette filière particulièrement puissante dans le Sud-Ouest, l’organisation patronale Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) vient de se restructurer avec la création de l’UIMM Occitanie.

Issue de la fusion de deux chambres syndicales territoriales, l’UIMM MP-Occitanie et l’UIMM Méditerranée-Ouest, la nouvelle structure est effective depuis le 1er janvier 2026. Pour marquer le début de cette nouvelle ère, le 28 janvier dernier, son président Didier Katzenmayer a réuni la presse dans les locaux du pôle formation de l’oragnisation à Beauzelle. Il était entouré de Robert Gaiani, président de l’antenne du Lot, de Xavier Aumont, président de l’antenne du Tarn-et-Garonne, et de Gilles de Raffin, président de l’antenne de la Haute-Garonne.

L’occasion pour le dirigeant, actuel directeur aux affaires industrielles chez Airbus Opérations SAS, de présenter la feuille de route de l’organisation patronale mais aussi de passer quelques messages alors que l’industrie française évolue dans un environnement instable et contraint, marqué par des tensions géopolitiques durables, des échéances politiques majeures et une compétition internationale exacerbée.

La 2ᵉ chambre syndicale territoriale de l’Hexagone

L’UIMM Occitanie couvre aujourd’hui 10 des 13 départements de l’Occitanie et regroupe aujourd’hui 713 entreprises adhérentes, représentant plus de 86 000 salariés dont une bonne part en Haute-Garonne. Dans le 31, le syndicat patronal revendique en effet 277 adhérents qui concentrent près de 62 000 collaborateurs. Parmi lesquels les fleurons régionaux de l’aéronautique, du spatial ou encore de la défense.

Sur ce bassin d’activité désormais très étendu, l’enjeu pour l’organisation patronale est de défendre les intérêts des industriels occitans avec la même force sur l’ensemble du territoire tout en leur garantissant une équité de représentation. Son ambition étant désormais de porter à l’échelon régional et surtout national « une voix industrielle forte, unie et audible ». De fait, ainsi réunie, la nouvelle structure constitue la 2ᵉ chambre syndicale territoriale de la métallurgie dans l’Hexagone, après celle d’Ile de France.

Emploi, formation, mixité principaux axes forts

Au premier rang des priorités du nouveau conseil d’administration, figurent l’emploi et la formation. L’industrie peine en effet toujours à recruter les talents. Dans la métallurgie, 71 % des recrutements pour le métier de soudeur sont jugés difficiles, et cela grimpe à 80 % pour les postes de chaudronnier. Pourtant dans la branche, les besoins sont importants : à l’échelon national 200 000 recrutements par an sont projetés jusqu’en 2035 dont près de 10 % en Occitanie. Pour faire bouger les choses, l’UIMM Occitanie vient de se doter d’une vice-présidence dédiée. Sa vocation ? Promouvoir les métiers de la métallurgie et développer les outils de formation.

En 2025, ce sont ainsi 14 500 personnes (scolaires, demandeurs d’emploi, etc.) qui ont été accueillies et informées à l’occasion de différents événements. En parallèle, ses quatre sites de formation accueillent chaque année près de 1 800 alternants et 2 600 salariés. Cependant, la diminution des aides à l’apprentissage, avec à l’échelle nationale 65 000 contrats supprimés, est une source d’inquiétude pour l’organisation professionnelle. Voir un non-sens pour Didier Katzenmayer qui insiste : « placer la jeunesse au cœur des politiques publiques doit devenir la priorité nationale en 2026. Elle constitue le principal levier de l’avenir économique et social du pays. »

L’autre enjeu majeur pour le syndicat est d’accroître la mixité au sein des entreprises. De fait, les femmes représentent moins de 30 % des salariés de l’industrie, et malgré toutes les actions mises en œuvre, le chiffre stagne depuis dix ans. La situation est pire encore dans la métallurgie où elles constituent moins de 23 % des effectifs. Pour inverser la tendance, au national un plan d’action stratégique a été mis en place avec pour ambition d’augmenter de 10 points leur part dans la branche d’ici 2033, soit l’embauche de quelque 88 000 femmes.

Une impasse économique et sociale

En attendant les effets de cette politique, en région aussi, l’organisation patronale s’est saisie du sujet en créant l’an dernier le collectif Passeuses d’Avenir, une communauté de femmes engagées dont l’ambition est de valoriser celles qui évoluent dans les différents métiers de la métallurgie. L’idée étant, à travers des afterworks, webinaires et autres rencontres sectorielles, de faire naître des vocations parmi les jeunes générations et d’encourager davantage de filles à s’engager dans des carrières techniques et d’ingénierie.

Plus globalement, Didier Katzenmayer a profité de cette prise de parole pour faire un point sur l’actualité et passer quelques messages. Alors qu’en ce début d’année, prise en étau entre les droits de douane américains et l’offensive chinoise, l’industrie européenne peine à redémarrer, « nous restons en France englués dans des débats hors sol qui vont encore dégrader notre compétitivité », déplore-t-il. Et d’ajouter :

Il faut qu’il y ait une prise de conscience collective des politiques pour appréhender cette situation économique qui se dégrade. »

Évoquant la loi de finances 2026 qui vient d’être adoptée, l’industriel déplore un manque de réalisme et une vision court-termiste. « On a oublié la rudesse extrême du combat économique dans l’arène internationale. Or, notre pays a plus que jamais besoin d’industrie pour défendre sa souveraineté, pour construire son avenir », affirme-t-il.

Faire avancer la démocratie sociale

Pointant plus précisément certains des choix opérés à l’occasion des débats budgétaires, tels que « le renoncement à la baisse de la CVAE », la reconduction de « la surtaxe sur les grandes entreprises » ou encore « le renchérissement du coût du travail »…, le président de l’IUMM s’inquiète de leurs effets sur le tissu industriel, estimant qu’ils contribueront inexorablement « à la persistance du déficit de notre balance commerciale, des défaillances d’entreprise et des licenciements en cascade. » Un risque d’autant plus grand que 2025 a déjà été marqué par un nombre record de procédures collectives, soit plus de 68 000.

Si la démocratie politique s’enlise, le président de l’UIMM Occitanie veut croire à la force de la démocratie sociale. Et ça tombe bien, d’importantes négociations entre partenaires sociaux viennent de s’ouvrir : celles relatives à l’assurance chômage et aux contrats courts notamment. Mais d’autres sujets seront abordés cette année comme l’emploi des jeunes ou le financement de la protection sociale.

Or, pour le dirigeant, malgré des échecs, le dialogue social interprofessionnel a permis d’ « avancer de façon convergente » sur de plusieurs thèmes tels que le partage de la valeur ou encore les reconversions professionnelles. Dans le contexte économique actuel, le dialogue social « a plus que jamais sa place », assure-t-il, encore faut-il qu’il soit « préservé des interférences politiques ». À bon entendeur.