En Occitanie, les entreprises d’insertion confirment leur rôle clé pour l’emploi
Bilan. Un an après sa création, la Fédération des entreprises d’insertion Occitanie qui a pour ambition de promouvoir le modèle d’entreprise d’insertion auprès des collectivités et des entreprises, réunit déjà 33 structures sur les 200 que compte le territoire. Elles accompagnent chaque année près de 5 740 personnes éloignées de l’emploi en région.
Après plusieurs mois de débats budgétaires nourris entre le Parlement et les ministères concernés, le Gouvernement a finalement choisi de limiter la baisse des crédits consacrés à l’insertion par l’activité économique (IAE). Pour 2026, l’enveloppe dédiée atteindra 1,289 Md€, soit une diminution modérée de 1,8 % par rapport à 2025, représentant tout de même près de 25 M€ de moins. Un recul bien inférieur aux 11 % de baisse initialement envisagés dans le projet de loi de finances. Le budget du Plan d’investissement dans les compétences dédié à l’insertion par l’activité économique (PIC IAE), destiné à soutenir la formation des salariés en insertion, est quant à lui maintenu à hauteur de 70 M€ (il était de 100 M€ début 2024).
300 000 personnes accompagnées en France
Un effort budgétaire salué dans un communiqué publié fin mars par la Fédération des entreprises d’insertion (FEI) qui compte 700 adhérents sur les 2 200 entreprises d’insertion (Ei) et entreprises de travail temporaire d’insertion (ETTi) recensées dans l’Hexagone. Elle a pour vocation de représenter ces structures mais aussi de promouvoir le modèle d’entreprise d’insertion auprès des collectivités et des entreprises.
Alors que le dispositif d’insertion par l’activité économique bénéficie chaque année, toutes structures confondues, à plus de 300 000 personnes en France, cette décision gouvernementale intervient en effet dans un contexte économique tendu. De fait, les entreprises d’insertion doivent faire face à une hausse continue des coûts salariaux et à un environnement concurrentiel de plus en plus exigeant qui fragilisent leur modèle économique.
C’est dans ce contexte que la Fédération des entreprises d’insertion Occitanie (FEI Occitanie) vient de dresser son premier bilan d’activité. Créée en décembre 2024, la structure régionale rassemble les entreprises d’insertion et les entreprises de travail temporaire d’insertion du territoire autour d’une ambition commune : concilier efficacité économique et utilité sociale.
Déjà 33 adhérents à la FEI Occitanie
Présidée par Céline Hassani et rejointe en avril 2025 par la déléguée régionale Louise Marti, la fédération compte aujourd’hui 33 entreprises adhérentes, sur les 144 EI et 43 ETTi recensées en Occitanie. Parmi lesquelles : le Centre de tri du Plantaurel, Digitanie, Eureka Interim, Oxygène Inclusion, Envie Occitanie, Nouvelle Attitude ou encore Sobra BTP.
Et Céline Hassani, qui est également directrice de l’appui opérationnel du réseau Eureka Interim de rappeler :
Notre mission repose sur trois piliers : fédérer les EI et ETTi de notre territoire, accompagner nos adhérentes mais aussi les entreprises qui souhaitent s’engager dans cette voie, et enfin promouvoir un modèle économique qui a fait ses preuves ».
Les chiffres régionaux témoignent de l’importance du secteur. En 2025, les 187 EI et ETTi conventionnées en Occitanie ont accompagné près de 5 740 personnes (dont 88 % d’hommes) pour un chiffre d’affaires global de 36 M€. Pour rappel, toutes structures d’insertion confondues, ce sont plus de 19 000 personnes qui suivent chaque année un parcours d’IAE selon les chiffres de la DREETS Occitanie.
Entre 56 et 70 % de sorties positives
Les publics concernés sont souvent parmi les plus fragiles : 65 % des personnes accompagnées ont un niveau de formation inférieur ou égal au CAP/BEP, 28 % sont allocataires des minima sociaux et une sur cinq est demandeur d’emploi de longue durée. Un quart a moins de 26 ans, 12 % ont plus de 50 ans et 6 % sont reconnues travailleurs handicapés.
En pratique, les salariés en insertion signent un contrat spécifique - CDDI ou contrat de mission d’insertion - d’une durée pouvant aller de quatre à 24 mois. Ils bénéficient d’un salaire au moins équivalent au Smic ainsi que des mêmes droits sociaux que les autres salariés. Durant cette période, un accompagnement individualisé est mis en place afin de lever les freins à l’emploi : mobilité, santé, logement, formation ou encore confiance en soi.
Grâce à cet accompagnement, en Occitanie près d’une personne sur deux sort durablement de l’exclusion. Dans les ETTi, près de 70 % des salariés décrochent un emploi ou une formation à l’issue de leur parcours, contre 56 % dans les entreprises d’insertion classiques.
C’est le cas de Bineta Mbaye Ba, salariée en parcours d’insertion chez Digitanie, une entreprise basée à Saverdun en Ariège. Dans cette structure à taille humaine, elle a pu développé des compétences dans le domaine du web et de la data et souhaite désormais intégrer l’école Simplon pour suivre une formation d’administrateur système DevOps financée par la Région Occitanie.
Des aides publiques en baisse depuis 2023
Pleinement intégrées au cœur d’un marché de plus en plus concurrentiel, les structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) interviennent dans des secteurs très variés : bâtiment, économie circulaire, nettoyage, paysage, numérique, tri des déchets ou mise à disposition de personnel. Et contrairement aux idées reçues, leur modèle économique repose principalement sur leurs activités marchandes : entre 85 % et 95 % de leurs ressources proviennent de leur chiffre d’affaires. Les aides publiques ne représentent qu’une part minoritaire de leur financement (15 % maximum).
En baisse depuis 2023, ces aides au poste ont été légèrement revalorisées afin d’intégrer la hausse du Smic (+1,18 %) intervenue en début d’année 2026. Elles atteignent désormais : 13 461 € pour les entreprises d’insertion ; 4 837 € pour les ETTi ; 24 203 € pour les ateliers et chantiers d’insertion ; 1 638 € pour les associations intermédiaires ; et 5 460 € pour les entreprises d’insertion par le travail indépendant. Des aides qui selon la FEI ne couvrent que « très partiellement les coûts de la mission d’insertion ».
Un modèle fragilisé malgré la croissance
Le paradoxe est là : jamais le secteur n’a accompagné autant de personnes, mais jamais ses équilibres économiques n’ont semblé aussi fragiles. Entre 2019 et 2024, les entreprises d’insertion ont connu en effet un fort développement, porté notamment par le Pacte Ambition pour l’IAE lancé par l’État en 2021. Pour leur part, les EI et ETTi ont accompagné plus de 95 000 personnes en 2024, contre 71 000 cinq ans plus tôt.
Dans le même temps, leur chiffre d’affaires moyen a progressé de plus de 50 %. Pourtant, leur rentabilité s’est fortement dégradée. Le taux de marge nette des EI est passé de 2,6 % à 0,9 %, tandis que celui des ETTi est tombé dans le rouge, passant de 4,4 % à -0,4 %. En cause, selon la fédération, un décalage croissant entre l’évolution des aides publiques et celle de la masse salariale, qui fragilise les structures.
Autre sujet d’inquiétude : la disparition du Fonds de développement de l’inclusion (FDI) en 2025. Depuis 2019, ce fonds avait permis aux structures d’investir plus de 500 M€ dans leurs outils de production afin de rester compétitives. Or, sans ce soutien, beaucoup craignent un ralentissement des investissements, voire des difficultés durables pour certaines structures.
Malgré ses résultats, l’insertion par l’activité économique reste encore insuffisamment connue du grand public et des donneurs d’ordre. D’où les campagnes de communication actuellement menées en Occitanie et au niveau national afin de changer le regard porté sur l’insertion et mieux faire connaître ces entreprises auprès des PME, ETI, grands groupes et collectivités.
Disposant d’un ancrage territorial fort et non délocalisable, « les EI et ETTi sont des actrices clés de l’emploi et du développement économique local, en soutenant des secteurs en tension et en créant des emplois qui dynamisent les territoires », rappelle Céline Hassani, bien décidée à poursuivre le développement et la professionnalisation du réseau régional.