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En redressement judiciaire, la SCIC coordonnatrice des Halles de la Cartoucherie mise sur l’événementiel pour rebondir

Annonce. Malgré plus de deux millions de personnes accueillies en 2025, le tiers lieu connaît des difficultés financières. Pour passer le cap, Cosmopolis, la société en charge de la coordination du lieu, s’est mise en redressement judiciaire. Objectif ? Profiter de cette période pour renégocier sa dette bancaire et alléger ses loyers tout en misant sur un fort développement de l’offre de privatisation. En parallèle, une levée de fonds de près de 6 M€ est en cours.

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En 2025, 2,2 millions de personnes ont été accueillies au sein des Halles de la Cartoucherie dans l’éco-quartier de Purpan. Près de 3 000 repas y sont servis chaque jour. (©Lydie Lecarpentier)

Après l’ouverture, le mardi 24 février, d’une procédure de redressement judiciaire concernant Cosmopolis, la société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) en charge de coordonner les activités au sein des Halles de la Cartoucherie, Muriel Le Vaillant, sa directrice générale, tient à rassurer : « Les Halles de la Cartoucherie restent ouvertes et continueront leurs activités quoi qu’il arrive. Il est essentiel de distinguer Cosmopolis de l’ensemble des Halles. »

En poste depuis janvier, la jeune femme a pris la décision de placer la structure sous « la protection du tribunal de commerce de Toulouse ». Objectif ? « Gagner du temps et restructurer Cosmopolis afin d’atteindre un équilibre économique plus stable, dans le cadre d’une levée de fonds globale en cours », poursuit-elle.

Un projet initié en 2017

Situées au cœur de l’écoquartier de Purpan, place de la Charte des libertés communales à Toulouse, les Halles de la Cartoucherie ont ouvert leurs portes au public le 8 septembre 2023. Installé sur 13 500 m², ce tiers-lieu hybride a été conçu comme un espace de vie et de rencontre. Il s’organise autour d’une vaste halle gourmande de 3 000 m², pensée comme un food court, qui réunit une trentaine de restaurateurs et commerçants. Le site accueille également une salle d’escalade, un site de coworking, des salles de réunion, une épicerie solidaire et, depuis septembre 2024, une salle de concerts et de spectacles, La Cabane, d’une capacité de 500 à 800 places.

En deux ans, les Halles ont trouvé leur public. L’année dernière, le site a accueilli 2,2 millions de personnes, devenant le deuxième lieu le plus visité de Toulouse après le Capitole. Plus de 3 000 repas y sont servis chaque jour tandis que 250 personnes y travaillent au quotidien.

La SCIC Cosmopolis en est la structure centrale. Elle coordonne les différents espaces, le marketing et la communication. Elle assure également la gestion des espaces de coworking et des salles de réunion (de quatre à 150 places) ainsi que la programmation culturelle et la privatisation de La Cabane. Enfin, elle a en charge la régie technique et la sécurité quotidienne.

Les autres acteurs présents sur le site sont Festa qui coordonne les 25 restaurateurs présents, Allo Bernard, une conciergerie solidaire avec une mission d’inclusion, en charge de la plonge, ainsi que l’UCPA et The Roof pour la partie sports. Des activités qui, de leur côté, « fonctionnent très bien », confirme Muriel Le Vaillant. Conformément à l’ADN des Halles axé sur l’économie sociale et solidaire, une cinquantaine d’associations sont également accueillies au quotidien.

Retard de livraison et montée en puissance

Comment dès lors expliquer les difficultés rencontrées par Cosmopolis ? Sa DG invoque deux facteurs majeurs. Le premier étant lié à la livraison de La Cabane : « la salle de spectacle a été livrée avec un an de retard, ce qui a forcément eu un impact important sur le business plan initial, sachant que sa construction a tout de même coûté 9 M€. »

Autre problématique soulevée : la difficile montée en puissance de la privatisation. « L’équipe a dû apprendre à maîtriser l’espace unique et modulable des Halles, qui je le rappelle sont habitées au quotidien, pour développer une offre de privatisation et d’accueil des entreprises. Ce processus a été plus lent que prévu. Aujourd’hui, nous avons un catalogue d’offres qui fonctionne. Ce sont ces deux phénomènes qui ont creusé les comptes de la SCIC. »

Pour déployer cette offre, Cosmopolis a d’ailleurs depuis fin janvier un partenaire solide, le toulousain Miharu. Fondée par Jean-François et Natalie Renac, l’entreprise qui vient de fêter ses 10 ans, gère un large éventail de lieux événementiels à Toulouse et Agen, soit neuf au total [1]. « Cet apporteur d’affaires B2B est très impliqué à nos côtés et joue un rôle clé dans la réassurance des clients pendant cette période », souligne Muriel Le Vaillant.

Un redressement fondé sur trois piliers

De fait, pour la dirigeante, le redressement de Cosmopolis passe par un fort développement de l’événementiel. Mais pas que : trois axes de travail ont été identifiés pour rétablir la structure. « Tout d’abord une hausse du chiffre d’affaires, à la fois des activités privatisation et location des espaces y compris de La Cabane, mais aussi de la partie restauration », détaille l’intéressée. Alors que le CA consolidé des acteurs des Halles s’élève aujourd’hui à 18 M€, Muriel Le Vaillant vise les 22 M€ « pour atteindre l’équilibre ».

La quadra mise par ailleurs sur un allègement des loyers ainsi que sur une refonte de la dette bancaire pour redorer les comptes. L’administrateur qui sera désigné par le tribunal de commerce aura cette mission. Il s’agira d’une part de « renégocier les loyers payés à Lotjas, la foncière immobilière propriétaire des lieux, pour nous laisser plus de marge de manœuvre et améliorer notre rentabilité », souligne Muriel Le Vaillant. Et d’autre part de « rallonger la période de remboursement de la dette bancaire, actuellement fixée à 12 ans, ce qui est très court pour ce type de projet. C’est habituellement 20 ans. »

Avancer sereinement

La DG de Cosmopolis, qui souhaite travailler étroitement avec la juridiction consulaire, se donne six à 12 mois pour repasser dans le vert. Et pour tenir dans la durée, elle espère pouvoir compter sur les investisseurs historiques des Halles.

Pour rappel, au total, plus de 42 M€ ont été investis dans cette opération, dont 32 M€ pour la partie immobilière (dont près de 20 M€ consacrés aux travaux) et environ 10 M€ pour l’exploitation. Le projet a bénéficié du soutien des collectivités, notamment Toulouse Métropole et la Région Occitanie. Des financements ont également été mobilisés auprès de la Banque des Territoires (groupe Caisse des Dépôts), et d’un pool bancaire réunissant le Crédit Coopératif, les Caisses d’Épargne Midi-Pyrénées, la Caisse d’Épargne Nouvelle-Aquitaine, la Banque Postale et le Crédit Mutuel Arkéa. Ces financements ont permis le rachat de la friche industrielle auprès d’Oppidea et le lancement du vaste chantier de réhabilitation.

« Nos investisseurs historiques vont nous soutenir y compris financièrement pendant cette période de redressement judiciaire », assure ainsi Muriel Le Vaillant qui dit avoir reçu l’appui de la Banque des Territoires et de la Région. Elle souhaite également travailler plus étroitement avec Toulouse Métropole sur différents leviers.

Une levée de fonds de 5 à 6 M€

Quid du tour de table en cours ? Portée par la foncière Lotjas [2], « cette levée de fonds supplémentaire était prévue. La période qui s’ouvre va permettre de la mener sereinement à bien », précise la DG. D’un montant de 5 et 6 M€, elle vise à soutenir le développement des différentes structures et notamment Cosmopolis « à la fois pour se donner du temps et pour réaliser certains investissements structurants nécessaires pour dégager de nouveaux espaces et développer des activités. » C’est notamment le cas de l’UCPA qui a besoin de plus de surfaces.

En attendant, les Halles sont bel et bien ouvertes. « Toutes les animations culturelles et événementielles sont maintenues, avec de nombreux événements à venir », confirme la dirigeante. Fort d’un modèle très innovant qui mêle activité économique, culturelle, sportive ainsi qu’une forte dimension sociale, Cosmopolis veut en effet désormais « capitaliser sur l’expérience acquise et poursuivre l’aventure », conclut Muriel Le Vaillant.

[1Miharu gère Le Village, allées Jules Guesde à Toulouse, le Manoir du Prince à Cugnaux, le Mas des Canelles à Castanet-Tolosan, mais aussi le Grand Marché, au MIN de Toulouse ou encore le Hall M, au cœur de la gare Matabiau.

[2Lotjas est détenue à hauteur de 40 % par la Caisse des dépôts et de 60 % par la SAS Tiers Lieu qui regroupe plusieurs entités : l’opérateur immobilier De Watou ; Bellevilles, une foncière dédiée à l’inclusion sociale ; l’association sportive à but non lucratif UCPA ; The Roof Toulouse, réseau solidaire de maisons d’escalade ; Pour la route, structure créée par Gilles Jumaire, fondateur de Bleu Citron, qui accompagne des projets culturels et musicaux ; Allo Bernard, conciergerie solidaire, et TMCO, une structure fondée par Thierry Monassier d’accompagnement des professionnels de la restauration.