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En Occitanie, les chefs d’entreprise subissent déjà les conséquences du conflit au Moyen-Orient

Économie. La conjoncture se déteriore en Occitanie. Selon la CCI régionale, près d’un dirigeant sur deux a vu son chiffre d’affaires reculer au premier trimestre. Une dégradation généralisée qui touche tous les secteurs et pourrait s’accentuer avec les tensions internationales.

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Face à une situation économique qui se dégrade, "Notre responsabilité collective est de rester au plus près des chefs d’entreprise, de les accompagner et de défendre leurs intérêts auprès des décideurs publics", assure Jean-François Rezeau, président de la CCI Occitanie. (©CCI Occitanie)

La situation économique régionale se dégrade. Il n’est plus possible d’en douter. Alors qu’Allianz Trade, l’un des leaders mondiaux de l’assurance-crédit, vient d’annoncer une nouvelle hausse des défaillances d’entreprises en Occitanie, avec 1 797 cas dénombrés au premier trimestre (+8 % par rapport au T1 2025 contre +6 % au niveau national), la chambre de commerce et d’industrie régionale enfonce le clou.

La CCI Occitanie vient en effet de publier une enquête de conjecture réalisée via Obseco, son observatoire économique régional. Menée en mars auprès de 2 159 chefs d’entreprise de la région, elle confirme ce que l’on pressentait : un recul global de l’activité, des marges sous forte pression et des trésoreries fragilisées. Une dégradation de la situation économique que le conflit au Moyen-Orient risque d’accentuer encore.

Baisse des chiffres d’affaires dans la moitié des entreprises

Globalement, près d’un dirigeant sur deux (48 %) témoigne d’une dégradation de son chiffre d’affaires au cours du premier trimestre par rapport aux trois premiers mois de 2025. Plus inquiétant encore : tous les secteurs sont concernés par ce recul d’activité.

Aussi bien l’industrie qui tourne au ralenti, que la construction, les services, le commerce ou les cafés-hôtels-restauration (CHR), sachant que dans ces deux derniers secteurs, les inquiétudes sont encore plus fortes. 56 % des dirigeants annoncent des baisses de chiffre d’affaires.

Conséquence d’une activité peu porteuse, de très nombreuses entreprises voient leur trésorerie se dégrader. C’est le cas notamment dans la construction où les entreprises invoquent des tensions de paiements plus fréquentes. Même chose dans les services où les retards de paiement et les impayés pèsent sur la situation financière des entreprises.

33 % des patrons pessimistes pour l’avenir

Alors que les carnets de commande restent fragiles (industrie), voire se replient (construction, commerce, CHR et services), les entreprises peinent à préserver leur marge. Un contexte peu favorable à l’emploi, sachant que, selon la dernière enquête Besoin de main-d’œuvre publiée le 21 avril dernier par France Travail, les prévisions d’embauche pour 2026 sont en retrait de 8 % en Occitanie. Sur le terrain, les dirigeants se montrent très prudents : pour l’heure les effectifs au sein des entreprises restent stables, confirmant le ralentissement des recrutements.

De fait, ce climat d’incertitude liée à la hausse des coûts et au contexte géopolitique peu lisible a un fort impact sur le moral des patrons. Un tiers d’entre eux se montre en effet pessimiste quant à l’avenir de son entreprise. C’est le cas d’un dirigeant sur cinq dans l’industrie (20 %), mais cette proportion grimpe à 32 % dans les services, 36 % dans la construction, 38 % dans les CHR et même 39 % dans le commerce.

Le conflit au Moyen-Orient, nouveau choc économique

Dans ce contexte, la troisième guerre du Golfe qui a débuté le 28 février dernier est un facteur d’inquiétude majeure pour les acteurs économiques locaux. Lesquels redoutent particulièrement une hausse des coûts de l’énergie, des transports et des assurances. D’aucuns craignent également des effets indirects tels que des difficultés d’accès aux marchandises, des délais d’approvisionnement rallongés, voire des ruptures pour certains intrants. Avec pour corollaire des besoins de trésorerie accrus et des retards en matière d’investissements. Plus de 17 % des dirigeants envisagent de différer l’ensemble de leurs projets d’investissement.

84 % des chefs d’entreprise sont ainsi convaincus que le conflit aura des conséquences sur leur activité, plus de la moitié (55,4 %) estimant que c’est déjà le cas. Près de 80 % pensent qu’il se traduira par une baisse de la demande ou une dégradation de leur carnet de commande. Et preuve que les effets de cette crise internationale risquent d’être durables, seuls 56 % des chefs d’entreprise interrogés pensent maintenir leur prévision d’activité pour 2026.

Pour Jean-François Rezeau, président de la CCI Occitanie, les résultats de cette enquête sont « un signal d’alarme que nous ne pouvons pas ignorer ». Alors que le gouvernement tarde à prendre des mesures pour soulager la trésorerie des entreprises en distillant ses aides au compte-gouttes selon les secteurs d’activité, ces atermoiements n’ont plus cours. Il s’agit désormais d’agir rapidement pour éviter un effet domino sur l’emploi, l’investissement et la pérennité des entreprises.

Et de conclure : « Quand 84 % des entreprises anticipent un impact sur leur activité, ce n’est plus une inquiétude, c’est une urgence économique ». À défaut de réponses fortes et coordonnées, le risque est clair : voir s’installer durablement un climat d’attentisme et de repli, au détriment de la reprise économique régionale.