Entreprendre au féminin : à Toulouse, FCE 31 fait du collectif un levier de réussite
Entrepreneuriat. Forte de plus de 150 cheffes d’entreprise et cadres dirigeantes en Haute-Garonne, FCE 31, antenne locale de l’association Femmes Chefs d’Entreprises, lance un appel à de nouvelles membres. Bien plus qu’un simple réseau professionnel, FCE 31 mise sur la solidarité : ses adhérentes y échangent, se forment, partagent leurs expériences… et renforcent leur leadership au quotidien.
Fondée en 1945, l’association Femmes Chefs d’Entreprises (FCE) est un réseau interprofessionnel et apartisan, présent dans plus de 120 pays. Sa raison d’être : renforcer la place des femmes dans le monde économique et leur donner une voix dans les instances décisionnelles. En France, avec 65 délégations locales et plus de 2 500 membres, l’antenne haut-garonnaise occupe une place de choix, tant par son dynamisme que par son impact local.
Créée en 2012 sous l’impulsion d’Hélène Vié, fondatrice de la Maison de la Violette, FCE 31 rassemble une délégation de plus de 150 femmes cheffes d’entreprise et cadres dirigeantes, ce qui en fait la plus importante du réseau FCE France. Ses membres sont à la tête de sociétés de tailles variées (TPE, PME et grands groupes) implantées sur tout le territoire et issues de différents secteurs (agroalimentaire, commerce, santé, transport, etc.). Chacune, à sa façon, cassant les codes d’un entrepreneuriat et d’un leadership toujours majoritairement masculins. Au cœur de cette dynamique : Patricia Lyautey-Carcenac, élue présidente de FCE 31 en janvier 2025.
Une présidente au cœur de l’action
Animée par de fortes convictions, Patricia Lyautey-Carcenac a réussi à s’imposer en l’espace de quelques années à peine dans le monde de la finance, un milieu où les femmes demeurent minoritaires. « J’ai toujours voulu être indépendante financièrement », confie celle qui est aussi présidente de la commission fiscale du Medef 31 et membre de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d’affaires de la CCI 31. Une prise de conscience précoce, nourrie par son histoire familiale : une grand-mère, femme de militaire sans permis de conduire, et une autre tenue à l’écart de la gestion de l’exploitation agricole.
Après 15 ans passés dans le secteur bancaire, où elle a occupé des responsabilités importantes à la Banque Populaire, puis au CIC Banque Privée et enfin à la Société Générale Banque Privée, elle saute le pas de l’entrepreneuriat en 2020 en fondant son cabinet de gestion de patrimoine, Lyautey Patrimoine. Un cabinet qui, en l’espace de quelques années, a atteint un haut niveau de performance, gérant aujourd’hui, pour le compte d’une vingtaine de familles (plus de 50 clients), près de 25 M€ d’actifs. Mais pour elle, la création d’entreprise, ce n’est pas seulement une réussite personnelle, c’est aussi un combat collectif.
La force du collectif
Et FCE 31 incarne parfaitement cette vision. Loin d’être un simple club d’affaires, l’association place la solidarité au cœur de son action. « Chez nous, l’entraide n’est pas un vœu pieux : nous la vivons au quotidien ! J’ai de nombreux exemples où l’une de nos adhérentes a pu surmonter une difficulté grâce à la proximité, à la camaraderie qui nous unit », insiste Patricia Lyautey-Carcenac, fière de l’âme du réseau qu’elle préside.
Cette solidarité ne relève pas seulement d’un état d’esprit : elle prend corps à travers des rendez-vous réguliers et structurants. Les événements organisés par l’association, qu’il s’agisse de dîners mensuels, d’ateliers ou de groupes de travail, ne se contentent pas de stimuler les relations professionnelles. Ils créent une véritable émulation autour de thématiques comme l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle, la gestion du temps ou les enjeux liés aux évolutions technologiques et digitales. « Ces échanges sont essentiels pour avancer », affirme la cheffe d’entreprise. Chaque membre peut y trouver des outils concrets pour évoluer dans son parcours professionnel. « On peut se sentir isolée dans son rôle de dirigeante. Rejoindre un réseau comme FCE, c’est rompre cette spirale et s’offrir la possibilité d’élargir ses horizons. »
Cette émulation se construit aussi grâce à une sélection rigoureuse des membres. Les critères d’adhésion à FCE 31 sont précis : il faut être cheffe d’entreprise ou cadre dirigeante à la tête d’une société, et non simplement détenir le statut d’auto-entrepreneure. « Cette exigence garantit la qualité des échanges et favorise la pérennité des projets. » L’association veille également à ce que certains secteurs ne soient pas surreprésentés, afin d’éviter toute forme de concurrence interne. « Cette sélection, loin d’être restrictive, assure au contraire une diversité des profils et une richesse des échanges, contribuant pleinement à la dynamique collaborative qui caractérise FCE 31 », argumente sa présidente.
Obstacles structurels, défis et leviers pour réussir
Mais attention, alerte la présidente de FCE31. Malgré cet élan, les obstacles demeurent nombreux, et les données le confirment. D’après l’Observatoire 2026 consacré à l’impact économique des sociétés pilotées par des femmes publié par la CPME en janvier dernier [1], celles-ci constituent 26 % du tissu micro-PME-ETI, soit plus de 1,3 million de structures en France. Elles totalisent 403 Md€ de revenus et 1,62 million d’emplois. Pourtant, leurs recettes moyennes restent 2,4 fois inférieures à celles des sociétés dirigées par des hommes. « Un différentiel qui ne traduit pas un manque d’efficacité - leur rentabilité est même souvent supérieure - mais l’existence de verrous structurels durables », souligne la Confédération des petites et moyennes entreprises.
« C’est un fait, les mentalités tardent à évoluer. Les défis pour les cheffes d’entreprise, et l’absence d’égalité avec leurs homologues masculins restent bien réels, que ce soit en matière d’accès au financement ou à la levée de fonds, de reconnaissance de leur leadership, de conciliation vie professionnelle et personnelle, etc. », soutient Patricia Lyautey-Carcenac avant de poursuivre :
Le principal obstacle, c’est de tout mener de front : entreprise, enfants, engagements. Une charge mentale qui pèse encore majoritairement sur les femmes et limite leur capacité à se projeter dans des stratégies ambitieuses. »
Le financement constitue un autre frein. Les TPE dirigées par des femmes lèvent en moyenne 25 % de crédits en moins. Dans l’univers des start-up, les équipes 100 % féminines obtiennent des tickets nettement inférieurs à ceux des équipes masculines. « Les femmes demandent moins de financements et mobilisent davantage leur épargne personnelle. Et il subsiste encore des stéréotypes », observe-t-elle. Son conseil est clair : préparer un business plan solide sur trois ans, solliciter plusieurs banques, activer les dispositifs de Bpifrance, et ne pas « s’autolimiter ».
« Rejoignez-nous ! »
À ces obstacles s’ajoute l’auto-censure. Beaucoup de femmes hésitent en effet encore aujourd’hui à candidater à des postes de gouvernance ou à intégrer des instances économiques. « Il faut oser se mettre en avant et occuper des fonctions dans les CCI, au Medef, dans les organisations professionnelles. La représentation est essentielle : on ne peut pas transformer un système si l’on n’est pas autour de la table », martèle Patricia Lyautey-Carcenac. Se former aux fondamentaux de la gestion (lecture de bilan, trésorerie, stratégie de rémunération) constitue également, selon elle, un levier d’émancipation économique durable. Quant au statut d’auto-entrepreneur, « il doit rester une étape, non un plafond ».
Et alors que la France traverse une conjoncture économique incertaine, FCE 31 encourage ses membres, ainsi que toutes les femmes, à choisir l’engagement plutôt que l’attentisme. « Il faut se lancer, s’entourer, rejoindre un ou deux réseaux dans lesquels on se sent bien. Ne pas rester seule », insiste Patricia Lyautey-Carcenac. Et de conclure : « Rejoignez-nous et engageons-nous ensemble pour que la réussite des femmes entrepreneures ne soit plus l’exception, mais la norme. »
[1] Cet Observatoire, construit à partir des données publiques de 200 000 entrepreneures, a été élaboré par Les Alfas de l’économie, une initiative de la CPME visant à rappeler la place essentielle des femmes dans l’économie, et à lever les verrous qui entravent leur développement.