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141e année

Epi C Tou dans les Hautes-Pyrénées : l’épicerie roulante de Maud

Commerce. Maud Questel connaît le moindre virage des routes des Hautes-Pyrénées, entre Argelès-Gazost et Luz-Saint-Sauveur. Au volant de son camion-épicerie de couleur rouge, elle va à la rencontre de ses clients et propose des produits bio en vrac. Une idée qui fait son chemin…

L’épicière dépense 200 € de carburant par semaine. DR

La force de Maud Questel est d’avoir choisi le bio et de sélectionner rigoureusement ses produits. « J’ai voulu apporter un service différent aux clients éloignés de Tarbes ou de Lourdes. Il n’y a pas de raison que le bio soit réservé aux urbains », sourit la jeune femme. Originaire de Bretagne, Maud Questel habite Argelès-Gazost depuis quatre ans. Elle a toujours eu la bougeotte, alternant les saisons en restauration, à la montagne ou à la mer.

Maman d’un petit garçon de neuf ans, elle cherchait un endroit où poser ses valises. Le confinement lié à la Covid-19 lui a permis de réfléchir. Elle a décidé de monter son projet : « j’ai travaillé quelques mois pour la Poste dans des hameaux de montagne. J’ai vite compris toute la symbolique liée au passage du boulanger. Il redonnait vie au village. »

De l’idée à la réalisation

« Tout est devenu clair pour moi, explique Maud Questel. Il me fallait un projet qui soit en adéquation avec mes convictions environnementales ». Avec une épicerie en vrac, il faut faire preuve de pédagogie. Lors des premières tournées, les clients n’osaient pas venir, de peur de payer trop cher. « Je les ai rassurés, les prix ne sont pas ceux pratiqués par une épicerie fine », ajoute la commerçante ambulante. Le message est passé, chaque semaine, de nouveaux clients viennent avec leurs bocaux. « Avoir une clientèle fidèle au bout de six mois, c’est rassurant pour la suite. »

Un vrai sens de l’organisation

Maud Questel a déniché un camion adapté aux routes de montagne, elle a ensuite travaillé sur l’aménagement. « Il me fallait montrer un maximum de produits mais ne pas donner l’impression d’un grand bazar ». Elle a parcouru les ventes aux enchères pour acheter des silos pour les pâtes, le riz… Le sourcing des produits a constitué une grosse partie du travail : « je voulais du bio, du vrac, du local et travailler avec des gens qui ont la même éthique que moi ».

Ses principaux fournisseurs s’appellent Terra Libra en Bretagne ou Actibio. Pour la farine, l’huile de colza, le tournesol, les lentilles, les savons, les confitures, Maud se fournit auprès de producteurs des Hautes-Pyrénées. Pour les oeufs, le pain et les légumes elle fait travailler les éleveurs locaux. Elle ne prend pas de commission, « c’est un produit d’appel, un service offert aux clients. » Maud Questel tient la barre, elle surveille ses stocks au plus près et affiche déjà une centaine de références.

Une aide à l’installation

Le réseau Initiative Pyrénées et France Active se sont portés garant auprès des banques. Elle a obtenu un prêt de 35 000 € pour le camion et le stock, un sérieux coup de pouce et un gage de confiance. L’épicière se laisse un an pour développer son activité, évaluer le montant des dépenses en carburant, son plus gros poste : 200 € par semaine. Les maires de petits villages lui ont déjà proposé un emplacement pour garer son camion. Elle est présente sur trois marchés et effectue cinq tournées hebdomadaires. Maud Questel travaille en zone rurale.

À ce titre, elle bénéficie d’une exonération d’impôt (ZRR). Le commerce de proximité a de l’avenir, la créatrice en est convaincue : « j’ai de plus en plus de familles ou de jeunes actifs qui viennent acheter leurs produits, ils fuient les supermarchés. » Heureuse d’apporter autre chose que des produits alimentaires, elle aimerait créer une dynamique autour de son camion, elle imagine très bien une petite guinguette. Maud Questel y pense sérieusement en sillonnant les routes des Hautes-Pyrénées !

Dorisse Pradal