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Fibre, 5G privée, data centers : comment Zefil fait de Toulouse une métropole connectée et autonome

Numérique. Entreprises, hôpitaux, métro, écoles… Derrière une grande partie des infrastructures numériques de Toulouse se cache Zefil, l’opérateur public chargé du réseau de fibre optique métropolitain. À sa tête, Bertrand Serp entend accélérer les grands projets numériques de Toulouse, de la 5G privée aux data centers de demain.

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Présidée par Bertrand Serp, la société ZeFil gère le transport de communication sur fibre optique pour les professionnels de la métropole toulousaine. (©Gazette du Midi)

Peu connu du grand public, Zefil est pourtant l’un des maillons essentiels de la compétitivité économique de Toulouse Métropole. À la tête de 1 700 kilomètres de fibre optique, cet opérateur public fournit l’infrastructure numérique sur laquelle s’appuient entreprises, hôpitaux, écoles, collectivités… et bientôt le futur réseau 5G privé métropolitain.

Le 19 mai dernier, Bertrand Serp a été élu président du conseil d’administration de la Société publique locale (SPL) Zefil pour un mandat de sept ans. Une élection qui intervient à un moment charnière, alors que la souveraineté numérique devient un enjeu stratégique pour les territoires et que la Ville rose accélère ses investissements dans les infrastructures numériques.

Créée en 2013, la SPL Réseaux d’Infrastructures Numériques (RIN), plus connue sous le nom de Zefil, est née d’une décision politique prise bien avant que le sujet ne devienne tendance. Dès le début des années 2000, à la fin du monopole de France Télécom, Toulouse Métropole choisit de construire son propre réseau de fibre optique afin d’aménager numériquement son territoire et de ne pas dépendre exclusivement des opérateurs privés. Une approche volontariste et... précurseur.

Un opérateur… d’opérateurs

Le modèle de Zefil est singulier. L’entreprise ne vend pas directement de connexions aux entreprises mais fournit son infrastructure aux opérateurs télécoms, qui commercialisent ensuite leurs offres auprès des utilisateurs finaux. Plus de 40 opérateurs s’appuient désormais sur son réseau, qui dessert plus de 2 000 entreprises et établissements publics répartis sur la quasi-totalité des 37 communes de Toulouse Métropole.

Avec un taux de disponibilité de 99,85 %, des interventions de réparation en quatre heures et des débits garantis pouvant atteindre 10 Gbit/s, Zefil se positionne comme un acteur de référence des infrastructures professionnelles.

L’entreprise fonctionne par ailleurs selon un modèle économique autonome. Sans subventions de fonctionnement, elle génère près de 5 M€ de chiffre d’affaires annuel, dégage entre 900 K€ et 1 M€ de marge et réinvestit chaque année entre 600 K€ et 1 M€ dans le développement de son réseau et l’innovation.

Dix ans de projets structurants

En une décennie, Zefil est devenu un partenaire technique incontournable des grands projets numériques du territoire. En 2015, l’opérateur a réalisé une boucle fibre reliant 20 sites du CHU de Toulouse, facilitant les échanges massifs de données médicales entre les établissements. Deux ans plus tard, il participe à l’équipement des lignes A et B du métro en fibre optique, permettant le déploiement de la 4G dans les tunnels. Toulouse devient alors la première ville française à offrir une couverture 4G complète dans son métro.

La société accompagne également la transformation numérique de l’éducation avec le raccordement des 211 écoles de la Ville de Toulouse, dont 166 en 2023 grâce au soutien du fonds européen FEDER. En 2025, elle poursuit cette dynamique avec le raccordement de 88 sites du Conseil départemental de la Haute-Garonne, parmi lesquels 53 collèges métropolitains.

Plus récemment, Zefil a participé à l’expérimentation européenne Hi5 autour de la 5G privée souveraine, un projet qui préfigure la prochaine étape de son développement.

La souveraineté numérique comme cap stratégique

Pour Bertrand Serp, le véritable enjeu dépasse largement la fibre optique. « Une collectivité ne peut plus se contenter d’être utilisatrice, elle doit aussi être maîtresse de ses réseaux. » Cette philosophie guide désormais la stratégie métropolitaine.

Toulouse prépare ainsi la création d’un réseau 5G privé souverain, destiné à sécuriser les communications des services publics, des forces de sécurité et de certains acteurs économiques, même en cas de saturation des réseaux traditionnels lors de grands événements ou de situations de crise. La Métropole financera la construction de cette nouvelle infrastructure, dont le coût est estimé à plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Le déploiement prévoit de raccorder quelques dizaines de sites, avec une mise en service progressive à l’horizon 2027-2028. Zefil aura la responsabilité d’exploiter et de commercialiser ce nouveau réseau, qui s’appuiera directement sur son infrastructure fibre existante.

En parallèle, un réseau LoRaWAN dédié aux objets connectés doit être déployé afin d’accompagner les communes dans la gestion intelligente de leurs équipements, de l’éclairage public aux réseaux d’eau, en passant par les déchets ou les capteurs environnementaux.

Un levier d’attractivité économique

Pour son nouveau président, ces investissements répondent d’abord à un objectif économique. « C’est un atout pour les entreprises d’avoir la possibilité de s’installer sur un territoire solidement connecté avec une dynamique numérique réelle », souligne Bertrand Serp.

Au-delà de la connectivité, la maîtrise des infrastructures devient un argument d’attractivité pour accueillir les entreprises technologiques et industrielles. Cette logique se retrouve également dans la réflexion actuellement engagée autour des futurs data centers dédiés à l’intelligence artificielle. Toulouse reçoit déjà des sollicitations d’entreprises souhaitant implanter ces infrastructures particulièrement gourmandes en foncier, en énergie et en fibre optique.

La Métropole privilégie un modèle de data centers « de taille intermédiaire, mutualisés et écologiques », destinés à héberger localement les données des entreprises du territoire. Zefil participe activement à cette stratégie en apportant son expertise sur les besoins en infrastructures numériques.

Un acteur discret devenu stratégique

Longtemps resté dans l’ombre, Zefil apparaît aujourd’hui comme l’un des outils les plus stratégiques de Toulouse Métropole. Son capital, initialement détenu à 90 % par Toulouse Métropole et à 10 % par la Ville de Toulouse, s’est largement ouvert en 2023 avec l’entrée de 31 communes métropolitaines [1] à son actionnariat, renforçant encore sa dimension territoriale.

De la fibre optique à la 5G privée, des établissements scolaires aux hôpitaux, des transports aux futurs data centers, l’entreprise publique est devenue l’une des pièces maîtresses de la transformation numérique locale. « L’avenir de Zefil passe par la participation à de grands projets de la Ville de demain pour faire de Toulouse une métropole d’avenir et d’innovations », résume Bertrand Serp.

[1Aigrefeuille, Aucamville, Aussonne, Balma, Beaupuy, Beauzelle, Blagnac, Brax, Bruguières, Castelginest, Colomiers, Cornebarrieu, Cugnaux, Drémil-Lafage, Fenouillet, Flourens, Fonbeauzard, Gagnac sur Garonne, Launaguet, Mondonville, Mondouzil, Mons, Montrabé, Pibrac, Saint Alban, Saint Jean, Saint Orens de Gameville, Seilh, Tournefeuille, l’Union et Villeneuve Tolosane.