Fibre Excellence : le site de Saint-Gaudens décroche une semaine de sursis. Et après ?
Industrie. Nouveau rebondissement dans le dossier de reprise de l’usine Fibre Excellence à Saint-Gaudens, dernier producteur français de pâte à papier. À la demande de futurs repreneurs, soutenus par la Région Occitanie, qui réclament trois mois supplémentaires pour finaliser leur projet, le tribunal de commerce de Toulouse a reporté au 15 septembre sa décision sur l’avenir du site.
Les 270 salariés de l’usine Fibre Excellence à Saint-Gaudens gagnent une semaine… et peut-être trois mois. Hier, mardi 8 septembre 2026, le Tribunal de commerce de Toulouse a mis en délibéré au 15 septembre sa décision sur l’avenir du dernier producteur français de pâte à papier. À cette date, la juridiction consulaire accordera ou non le délai supplémentaire de trois mois réclamé par les différentes parties prenantes pour permettre aux industriels intéressés de finaliser un projet de reprise.
S’il est accordé, l’État et la Région s’engagent à verser 5,5 M€ pour financer la poursuite d’activité, à savoir assurer les charges courantes, préserver l’outil industriel et surtout maintenir les emplois. Dans le détail, le gouvernement s’engage à mobiliser 2 M€ pour le seul mois de septembre. La Région prévoit de son côté de débloquer 3,5 M€ entre octobre et début décembre, sur une enveloppe de 13 M€ qui vient d’être votée.
Le bras de fer avec l’État
Ce montage de dernière minute intervient quelques jours seulement après la requête de Carole Delga, d’une nationalisation temporaire du site. Une option immédiatement rejetée par le ministre de l’Industrie Sébastien Martin qui s’est exprimé sur cette nouvelle demande de sursis de 90 jours. L’intéressé en profite pour mettre la pression sur la collectivité pour accélérer les discussions avec les éventuels repreneurs.
« La demande de délai semble pour le moins excessive. De même qu’une nationalisation n’est absolument pas une réponse pertinente à la situation que chacun connaît », a ainsi estimé le ministre dans un communiqué. Pour justifier sa prise de position, Sébastien Martin affirme la nécessité de pas de donner « de faux espoirs » aux salariés du site qui sont dans l’incertitude depuis des mois.
Car derrière ce nouveau délai se joue une course contre la montre. La Région estime que des solutions existent, notamment avec un investisseur portugais, spécialisé dans la production de pâte à papier. Ce dernier a d’ailleurs confirmé, dans un courrier officiel transmis au tribunal, son intérêt pour le savoir faire de Fibre Excellence et la qualité de sa production. Problème, monter un dossier de reprise ne peut pas être bouclé en quelques jours rappelle l’élue PS :
Ce n’est pas nous mais les industriels qui demandent ces mois pour finaliser leur offre. C’est à mes yeux un gage de sérieux quand on connait le monde de l’industrie et les procédures de reprise d’activité. Aujourd’hui nous mettons les moyens sur la table pour obtenir ce sursis. »
Chez les salariés, qui ont pris possession de l’usine depuis le 21 juillet en contrôlant les entrées et sorties du site et en n’autorisant l’accès qu’au personnel indispensable à la sécurité des installations et à la continuité de l’activité, la décision du tribunal a été accueillie avec soulagement. « On garde espoir. Cette décision donne une chance au projet industriel d’aboutir », se réjouit Cédric Byé, secrétaire du CSE de Fibre Excellence Saint-Gaudens et élu CGT.
Deux scénarios sur la table
Et après le 15 septembre que se passera-t-il ? Deux cas de figure. Le premier : le tribunal rejette la demande de délai et l’avenir du site semble définitivement compromis et ce malgré le projet industriel de 90 M€ construit ces derniers mois avec l’Agence régionale des investissements stratégiques (ARIS) et plusieurs partenaires privés.
Présenté le 24 août dernier, celui-ci ambitionne de relancer l’usine grâce à une enveloppe de 31 M€, avec une participation de 15 M€ demandée à l’État (dont 5 M€ en capital et 10 M€ sous la forme d’un prêt). Une contribution qui s’ajouterait aux 13 M€ de la Région Occitanie (8 M€ en capital et 5 M€ en trésorerie).
De leur côté, Alliance Forêt-Bois (premier groupe coopératif forestier de France) et le spécialiste de l’étanchéité pour le bâtiment Soprema, pourraient apporter 2 M€ de capital, tandis qu’1 M€ supplémentaires proviendraient d’avances sur commandes versées par des clients.
Le second volet de ce projet industriel concerne la diversification des activités de l’usine pour un montant global de 60 M€. La Banque européenne d’investissement apporterait 30 M€, Factofrance 25 M€ et le Département de la Haute-Garonne 5 M€ pour permettre l’acquisition de la station d’épuration du site, essentielle pour quelque 15 000 habitants.
Un sursis, pas (encore) un sauvetage
Autre scénario cette fois plus favorable : le tribunal accorde une prolongation qui attention ! n’est pas synonyme pour autant de sauvetage du site. Cette décision représenterait cependant un véritable espoir pour les salariés et leurs familles, l’emploi dans la région et plus largement pour la souveraineté industrielle de la France. Elle permettrait surtout pour l’ensemble des acteurs impliqués dans ce dossier de travailler plus sereinement.
De quoi formuler une offre de reprise plus solide et pérenne avec dans la boucle le fameux papetier portugais. Reste une inconnue et pas des moindres : combien est-il prêt à mettre sur la table pour relancer la production du site de Saint-Gaudens ? Une usine qui produit 280 000 tonnes de pâte à papier par an et qui, selon la Région, a dégagé en moyenne, ces dix dernières années, 7 M€ de résultats.