Fibre Excellence : 90 jours pour boucler la reprise et sauver l’usine de Saint-Gaudens
Industrie. Le tribunal de commerce de Toulouse a décidé le 15 septembre 2026 d’accorder un délai supplémentaire pour permettre aux repreneurs intéressés de déposer leurs offres pour le site de Fibre Excellence à Saint-Gaudens. Cela doit permettre au consortium piloté par l’Agence régionale des investissements stratégiques d’Occitanie, de consolider son dossier de reprise avec à sa tête un investisseur portugais.
Soulagement pour les 270 salariés de l’usine Fibre Excellence à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne. Après une semaine d’attente, le 15 septembre, le juge a suivi les réquisitions de la vice-procureure et décidé d’accorder un nouveau sursis de trois mois à l’entreprise. Le dernier producteur français de pâte à papier avait été placé en redressement judiciaire le 27 avril dernier, procédure convertie le 30 juillet dernier en liquidation judiciaire avec poursuite d’activité jusqu’à mi-septembre.
Une décision saluée par la présidente de Région Carole Delga : « L’octroi de ce délai supplémentaire est une nouvelle bataille gagnée et un immense soulagement pour les salariés, leurs familles, et les syndicats qui se battent depuis plus de neuf mois pour l’avenir de leur usine. Nous nous battons à leurs côtés depuis le début et nous avons eu raison de ne jamais renoncer ! »
Sur place, l’heure n’est pas encore à l’euphorie. Il faut dire que l’annonce n’a surpris personne. « Maintenant, on croise les doigts pour que le processus aille au bout », précise Cédric Byé, secrétaire du CSE de Fibre Excellence Saint-Gaudens et élu CGT. Et d’ajouter : « Tant que ce n’est pas signé, tant que l’on n’est pas allé chercher la balle au fond du but, nous resterons mobilisés ! »
Dans son jugement, le tribunal de commerce de Toulouse prend acte de l’engagement de l’État de financer aux côtés de la Région Occitanie cette poursuite d’activité jusqu’au 15 décembre. La semaine dernière, le gouvernement, par le biais du ministre de l’Industrie Sébastien Martin, s’est en effet dit prêt à mobiliser 2 M€ pour le seul mois de septembre. La Région a, de son côté, prévu de débloquer 3,5 M€ entre octobre et début décembre, sur une enveloppe de 13 M€ récemment votée par les élus régionaux. Ces 5,5 M€ doivent permettre d’assurer les charges courantes, de préserver l’outil industriel et surtout de maintenir les emplois sur la période.
Le 22 octobre, date butoir pour le dépôt des offres
Ce délai doit permettre aux éventuels repreneurs de finaliser leurs offres, le tribunal ayant fixé comme date butoir le 22 octobre prochain avant l’audience prévue le 3 novembre. De fait, une offre de reprise globale de Fibre Excellence Saint-Gaudens, ainsi que de trois autres sociétés (Fibre Excellence SAS, le GIE Enviforesterie et la SASu Ste d’exploitation des bois du Sud-Ouest) a été déposée par l’Agence régionale des investissements stratégiques (Aris Occitanie) pour le compte d’un consortium regroupant plusieurs investisseurs publics et privés.
Un dossier cependant insuffisamment finalisé de l’aveu même de la présidente de Région Carole Delga, rappelant récemment la difficulté d’un tel montage financier qui ne peut pas être bouclé en quelques jours : « Ce n’est pas nous mais les industriels qui demandent ces mois pour finaliser leur offre. C’est à mes yeux un gage de sérieux quand on connait le monde de l’industrie et les procédures de reprise d’activité. Aujourd’hui nous mettons les moyens sur la table pour obtenir ce sursis. » Le tribunal de commerce de Toulouse a d’ailleurs déclaré irrecevable l’offre de reprise de l’Aris Occitanie dans son état actuel.
Et maintenant ? Les tractations devraient se poursuivre avec le repreneur identifié par la collectivité, à savoir un papetier portugais. L’industriel a déjà visité l’usine de Saint-Gaudens fin août. Un site qui produit 280 000 tonnes de pâte à papier par an destinée à la fabrication de nombreux produits du quotidien, du papier aux produits sanitaires en passant par les emballages et dégageait en moyenne, ces dix dernières années, 7 M€ de résultats.
Un mystérieux investisseur portugais
Si la reprise par un acteur français du secteur n’a jamais été envisagée, faute d’exister, et que les repreneurs ne se bousculent pas au portillon, les salariés voient d’un bon œil l’arrivée potentielle d’un investisseur lusitanien plutôt que non-européen.
Aux côtés de ce candidat à la reprise, d’autres acteurs se mobilisent pour sauver ce fleuron alors que la France a fait de la sauvegarde de sa souveraineté industrielle une priorité absolue. Parmi les nombreuses parties prenantes figurent Alliance Forêt-Bois (premier groupe coopératif forestier de France) et l’alsacien Soprema, spécialiste de l’étanchéité pour le bâtiment qui fabrique notamment des isolants thermiques à base de papiers recyclés. Ces derniers pourraient apporter 2 M€ de capital, tandis qu’1 M€ supplémentaires proviendraient d’avances sur commandes versées par des clients.
Côté argent public, est attendue de l’État une participation de 15 M€ (dont 5 M€ en capital et 10 M€ sous la forme d’un prêt). Une contribution qui s’ajouterait aux 13 M€ de la Région Occitanie (8 M€ en capital et 5 M€ en trésorerie). La Banque européenne d’investissement apporterait, elle, 30 M€, Factofrance 25 M€ et le Département de la Haute-Garonne 5 M€ pour permettre l’acquisition de la station d’épuration du site, essentielle pour quelque 15 000 habitants.
Vers des produits à plus forte valeur ajoutée
Ces fonds doivent servir dans un premier temps à relancer l’usine, avant surtout d’engager la diversification de ses activités. Condition sine qua non pour pérenniser le site et les emplois. À ce titre, les salariés prônent une intégration verticale, c’est-à-dire « orienter une partie de la production vers des produits finis à plus forte valeur ajoutée. Plus on va loin, plus on maîtrise les coûts et plus on est rentable », détaille Cédric Byé.
Désormais, la balle est dans le camp du consortium d’investisseurs, avec la Région en chef de file. « Nous avons un projet solide, pérenne et rentable et les conditions sont aujourd’hui réunies pour avancer. Ils doivent se réunir dès maintenant pour poursuivre le travail engagé », a déclaré Carole Delga dans un communiqué daté du 15 septembre.
Et de préciser que « la Région continuera de prendre toutes ses responsabilités dans les semaines à venir pour permettre à cette reprise de réussir. Nous resterons aux côtés des industriels et des salariés jusqu’au bout pour assurer l’avenir du dernier producteur français de pâte à papier. »