Fibre Excellence : le sursis accordé par le tribunal relance la piste d’une reprise avec Matthieu Pigasse
Industrie. Le tribunal de commerce de Toulouse a repoussé au 6 juillet 2026 sa décision sur l’avenir de Fibre Excellence. Ce délai supplémentaire permet l’émergence d’une nouvelle solution de reprise autour de l’investisseur Matthieu Pigasse, alors que les 670 emplois des sites de Saint-Gaudens et Tarascon restent suspendus à la construction d’un projet industriel crédible.
Le tribunal de commerce de Toulouse a repoussé au 6 juillet prochain sa décision sur l’avenir de Fibre Excellence, le fabricant de pâte à papier, qui emploie 670 salariés à Saint-Gaudens dans le sud de la Haute-Garonne et Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône. La juridiction consulaire, qui devait se prononcer le 17 juin sur la survie de l’entreprise, a décidé de donner un peu plus de temps aux différentes parties prenantes pour favoriser l’émergence d’un dossier de reprise solide.
Depuis le début de l’année, l’entreprise connaît de graves difficultés financières. De fait, les deux usines ne se limitent pas à la production de pâte à papier : elles génèrent aussi de l’électricité à partir de bois et de copeaux. Mais l’envolée du coût de ces ressources ces dernières années a fait basculer l’activité dans le rouge, affectant significativement les comptes du groupe.
Jusqu’à 150 M€ d’aides, sous conditions
Face à cette situation très dégradée, les élus locaux, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie et Sébastien Vincini, président du Conseil départemental de la Haute-Garonne, en tête, avaient alerté le gouvernement pour dénoncer la situation jugée critique de l’usine saint-gaudinoise.
En réponse, fin février, le ministre de l’Industrie Sébastien Martin avait alors proposé, en plus d’une augmentation de 20 % du tarif de rachat de l’électricité, le soutien de l’État à hauteur de 150 M€, notamment via un étalement des dettes sociales et publiques. Un plan de sauvetage toutefois conditionné à un effort financier de l’actionnaire. Affirmant avoir déjà investi près de 300 M€ dans le groupe, l’homme d’affaires indonésien Jackson Wijaya, lié au géant Asia Pulp and Paper, avait alors fermé la porte à la négociation et jeté l’éponge.
10 700 emplois indirects menacés dans la filière
Le 27 avril, le tribunal de commerce de Toulouse avait alors placé Fibre Excellence en redressement judiciaire. Faisant plané la menace d’une liquidation pure et simple de l’entreprise. Un scénario inacceptable pour les salariés, les syndicats et les élus du territoire, dont la mobilisation demeure toujours aussi forte. Ils pointent les risques que ferait peser la disparition de Fibre Excellence, l’un des derniers fabricants français de pâte à papier à la fois sur l’économie locale mais aussi sur l’ensemble de la filière forêt-bois-papier en France, avec 10 700 emplois indirects touchés.
Dans ce dossier, le tribunal de commerce de Toulouse n’a reçu qu’une seule offre de reprise. Déposée le 1er juin, elle est portée par le président du groupe, Jean‑François Guillot, accompagné d’une partie de l’équipe dirigeante. Il prévoit la reprise des deux sites, le maintien des 670 salariés, la création d’une nouvelle structure et le développement de produits à plus forte valeur ajoutée. Le 10 juin, à l’Assemblée nationale, interrogé sur le sujet, le ministre s’est cependant montré dubitatif, regrettant l’absence d’un industriel de poids dans ce projet de reprise.
Matthieu Pigasse en sauveur ?
Mais coup de théâtre le 18 juin, après que la juridiction toulousaine ait accordé un nouveau délai de trois semaines, Carole Delga a annoncé « l’émergence d’une nouvelle perspective de reprise portée par un investisseur privé de premier plan, Matthieu Pigasse ». Dans un communiqué, elle confirme avoir approché le banquier d’affaires et patron de médias qu’elle dit « convaincu comme nous du potentiel industriel de Fibre Excellence ».
Il y a une semaine, beaucoup enterraient déjà Fibre Excellence. Nous avons refusé la fatalité. Nous avons remué ciel et terre. Aujourd’hui, nous avons un investisseur et une perspective existe. Pour nos emplois, notre industrie et notre souveraineté, le combat continue. ✊ pic.twitter.com/A9McevXPUw
— Carole Delga (@CaroleDelga) June 18, 2026
Une question de souveraineté nationale
Pour la présidente socialiste du Conseil régional, l’arrivée d’un investisseur solide ouvre de nouvelles opportunités. « Les trois semaines accordées par le tribunal doivent maintenant permettre de consolider un projet industriel, financier et de gouvernance crédible. Nous sommes tous au travail pour bâtir une offre solide », assure-t-elle.
Évoquant des milliers d’emplois menacés et un enjeu de souveraineté industrielle majeur, l’élue demande au gouvernement de réunir sans délai une table ronde avec l’ensemble des parties prenantes, mais aussi de s’engager fortement sur le plan financier. « Nous avons désormais une perspective, conclut-elle. À nous collectivement de la transformer en solution durable pour l’avenir de Fibre Excellence. »
De son côté, la collectivité pourrait elle aussi mettre la main à la poche. C’est ce qu’indiquait sa présidente le 21 mai dernier à l’issue d’une rencontre avec Sébastien Martin. « La Région Occitanie est prête à intégrer la gouvernance de l’entreprise et à investir 5 M€ pour conserver le savoir-faire de la pâte à papier sur son territoire », affirmait-elle alors.