Fibre Excellence : un nouveau projet à 90 M€ pour relancer l’usine de Saint-Gaudens
Industrie. Après des mois d’incertitude, une nouvelle perspective se dessine pour les 270 salariés du papetier Fibre Excellence à Saint-Gaudens. Une offre de reprise, soutenue par la Région Occitanie et plusieurs industriels, vient d’être déposée auprès du tribunal de commerce de Toulouse. Elle prévoit 90 M€ d’investissements pour relancer l’usine et diversifier ses activités.
Si l’avenir du papetier Fibre Excellence à Saint-Gaudens reste toujours incertain, le dossier connaît un nouveau développement majeur. Le 24 août, une nouvelle offre de reprise a en effet été déposée auprès du tribunal de commerce de Toulouse. Portée par la Région Occitanie à travers l’Agence régionale des investissements stratégiques (ARIS), elle repose sur un groupement d’entreprises. À la clé : 90 M€ d’investissements et le maintien des 270 emplois du site.
Cette nouvelle étape intervient après plusieurs semaines de rebondissements. Le 27 juillet dernier, le tribunal de commerce de Toulouse avait rejeté l’offre de reprise présentée par Combat Holding, la société de l’homme d’affaires Matthieu Pigasse, qui portait sur les deux sites de Fibre Excellence, à Saint-Gaudens et Tarascon. Le site des Bouches-du-Rhône a finalement été liquidé le 29 juillet. Pour l’usine haut-garonnaise, en revanche, les juges avaient décidé de laisser une dernière porte ouverte.
Une offre qui change (enfin) la donne ?
Dans la foulée, Soprema, groupe industriel alsacien affichant 5,2 Md€ de chiffre d’affaires en 2025, avait adressé une lettre d’intention pour reprendre le seul site de Saint-Gaudens. Le tribunal lui avait accordé quatre semaines supplémentaires pour préciser son projet, avec une condition : consigner 2 M€ à titre de garantie.
Le scénario s’est depuis étoffé. La Région expliquant avoir multiplié les contacts avec des industriels et des investisseurs « dans le monde entier ». Ce travail a finalement débouché sur une offre collective, autour de plusieurs entreprises, avec Soprema toujours présente dans le montage. « Le travail accompli ces dernières semaines est considérable », souligne ainsi Carole Delga dans un récent communiqué.
L’élue PS estime désormais le projet suffisamment solide pour franchir une étape décisive. « L’offre déposée auprès du Tribunal de Commerce tient la route, avec un business plan réaliste, un plan d’investissement bouclé et un projet industriel de qualité », affirme-t-elle. Avant de résumer l’état d’esprit de l’ensemble des acteurs impliqués :
Nous avons fait la moitié du chemin et démontré qu’il existe des industriels prêts à croire dans l’avenir de Fibre Excellence. »
Soprema, un allié de poids
L’objectif affiché est de remettre l’usine en fonctionnement tout en engageant sa transformation. Le projet prévoit de préserver son activité historique, tout en développement de nouvelles activités sur le site. « Notre ambition est claire : faire fonctionner cette usine et conforter la production de pâte à papier en France en nous appuyant sur les compétences et les savoir-faire présents à Saint-Gaudens, tout en préparant l’avenir du site avec la diversification des activités », détaille Carole Delga. Plusieurs industriels souhaitent désormais prendre part à cette nouvelle aventure, dont Soprema.
Le groupe alsacien dispose de solides épaules. Spécialiste de l’étanchéité pour le bâtiment, il s’est également diversifié dans la couverture, l’isolation et la fonctionnalisation des toitures. Créé en 1908, ce groupe familial indépendant emploie près de 13 000 collaborateurs dans le monde, dont 5 700 en France, et dispose de 145 usines de production et de 24 centres de R&D. Il est déjà implanté en Occitanie via sa filiale Sotextho, à Saint-Amans-Valtoret dans le Tarn.
Mais l’offre déposée lundi n’est pas encore figée. Et c’est précisément l’un des enjeux des prochains jours. En passant par l’ARIS, la Région prend temporairement le relais pour permettre au projet d’avancer et laisser aux industriels le temps de finaliser leurs engagements avec leurs partenaires et au sein de leurs propres instances.
« Ce temps témoigne aussi du sérieux de leur démarche : ils veulent s’engager sur des bases solides et construire un projet industriel durable », estime la présidente de région. Les derniers ajustements du projet et de sa gouvernance doivent être finalisés d’ici au 3 septembre.
Alors que l’avenir de l’usine est suspendu depuis son placement en redressement judiciaire en avril, cette nouvelle offre constitue surtout un espoir pour les salariés, dont les emplois seraient ainsi préservés. Une partie d’entre eux, soutenue par les syndicats, occupe toujours le site et n’en autorise l’accès qu’au personnel indispensable à la sécurité des installations et à la continuité de l’activité.
Un enjeu industriel majeur
L’enjeu dépasse d’ailleurs largement les seuls emplois directs. La production de pâte à papier à Saint-Gaudens est présentée par les élus locaux et les organisations syndicales comme un enjeu de souveraineté industrielle pour la France. Implantée dans le 31 depuis 1959, l’usine produit environ 280 000 tonnes de pâte à papier par an, destinées à la fabrication de nombreux produits du quotidien, du papier aux produits sanitaires en passant par les emballages. Dès la fin juillet, Carole Delga estimait que le maintien du site était indispensable pour préserver un « savoir-faire industriel clef pour la souveraineté de notre pays ».
La présidente de Région ne cache pas non plus son agacement face à la mobilisation nécessaire pour faire émerger cette nouvelle solution. « Ce dossier est malheureusement emblématique d’un paradoxe français : on parle beaucoup de réindustrialisation pour notre pays, mais lorsqu’il faut agir concrètement pour sauver une usine et aller chercher des industriels, c’est la Région qui fait le sourcing et frappe aux portes des entreprises », dénonce-t-elle.
Désormais, les cartes sont sur la table. Les porteurs du projet ont quelques jours pour consolider les engagements. Puis viendra le rendez-vous décisif devant le tribunal de commerce de Toulouse le 8 septembre prochain. « Jusqu’au bout, nous resterons mobilisés avec la même détermination », promet d’ores et déjà Carole Delga.