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À Montauban, Blue Whale poursuit sa croissance entre export et renouvellement des vergers

Agriculture. Blue Whale, groupement de coopératives fruitières basé en Tarn-et-Garonne, vient de boucler un exercice 2025-2026 exceptionnel avec 384 M€ de chiffre d’affaires. Un résultat porté par la production de pommes, mais qui ne doit pour autant pas masquer les fragilités de la filière entre le coûteux mais indispensable renouvellement des vergers et l’urgence climatique qui affecte les rendements.

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S’appuyant sur 120 salariés, Blue Whale compte également 16 stations de conditionnement utilisées par ses 260 adhérents sur tout le territoire métropolitain. (©Blue Whale)

Fruit le plus consommé par les Français après la banane, mais devant l’orange, selon l’interprofession Interfel, la pomme continue de porter les activités de Blue Whale. Fondé en 1950 et dirigé depuis 2021 par Bruno Bertheloz, le groupement de coopératives fruitières, basé à Montauban en Tarn-et-Garonne, compte près de 120 collaborateurs et s’appuie sur un maillage territorial fort avec 16 stations de conditionnement réparties le long de la Vallée de la Garonne, en Val de Loire, en Provence, dans le Centre et les Alpes.

L’entreprise a commercialisé sur sa campagne 2025-2026 plus de 310 000 tonnes de pomme issues de 7 150 hectares de vergers. Cela représente 20 % de la production hexagonale, estimée à 1,5 million de tonnes. Celui qui se revendique également comme le premier exportateur français de la filière a réalisé, sur cette période, un chiffre d’affaires de 384,1 M€. C’est près de 8 % de plus sur un an.

Si les résultats sont objectivement bons, Blue Whale souligne dans un communiqué de presse publié cet été que ces chiffres sont essentiellement dus à une augmentation des surfaces cultivées. Le groupement n’en constate pas moins des difficultés à augmenter la rémunération de ses 260 adhérents, dans un contexte d’inflation (énergie, matières premières,…), de réchauffement climatique, de concurrence étrangère ou encore d’évolution des habitudes de consommation.

« Cette campagne est une performance, mais elle n’efface pas les fragilités de la filière. Nos volumes progressent, notre chiffre d’affaires atteint un niveau record, mais la vraie question reste la même : comment transformer cette dynamique en valeur durable pour les producteurs ? », insiste Bruno Bertheloz.

45 % de volumes vendus à l’export

Aujourd’hui, la vente sur le territoire national représente un tiers du chiffre d’affaires, contre un deuxième tiers en Europe et au Royaume-Uni et un troisième tiers au grand export, par voie maritime. Véritable locomotive de son activité, ce dernier segment de commercialisation a d’ailleurs bondi cette dernière année, atteignant un volume de 45 % de son chiffre d’affaires global.

Les principales zones importatrices sont le Moyen-Orient, l’Inde et les pays du Golfe. « Pour maintenir la continuité de nos expéditions et faire face au contexte géopolitique, nous avons misé sur notre réactivité et sur nos piliers fondamentaux. À savoir la cohésion de nos équipes, la fiabilité de notre réseau et la pérennité de nos partenariats », détaille Bruno Bertheloz.

L’objectif de cette stratégie commerciale à l’international ? Diversifier ses marchés pour limiter sa dépendance et ainsi accroître sa résistance au choc dans un environnement de permacrise qui fragilise la filière dans son ensemble, de la production à la distribution.

30 M€ à investir par an pour rester compétitif

Depuis de nombreuses années, Blue Whale fonde sa croissance sur la multiplication des variétés, dont la Pink Lady en tête. 62 000 tonnes de cette pomme d’origine australienne reconnaissable à sa robe rose à rouge, son goût sucré et sa chair ferme, ont été vendues sur cette dernière année, contre 55 000 sur l’exercice précédent.

Début 2026, Blue Whale a signé un accord commercial majeur pour intégrer à son catalogue de commercialisation la Juliet, première pomme 100 % bio 100 % française. Pour sa part, le montalbanais a écoulé 6 000 tonnes de cette nouvelle variété sur les plus de 20 000 tonnes récoltées chaque année dans l’Hexagone. Par ailleurs, l’entreprise poursuit l’installation progressive des variétés Candine et Cœur de Reine, tout en préparant la montée en puissance de la Sambóa, dont le groupe de pomiculteurs a obtenu l’exclusivité de commercialisation en 2025, et vise les 500 hectares plantés d’ici 2030.

La pérennisation de la filière passe également par le renouvellement des vergers. Blue Whale en a fait sa priorité absolue pour faire face à des rendements devenus plus irréguliers. Le groupement annonce pour cela des investissements importants pour remplacer les arbres malades ou trop vieux par des plants plus productifs. Objectif : atteindre un taux de renouvellement annuel des vergers de 7 % contre 2 à 3 % depuis 2022. Une ambition qui a un coût. Le montalbanais estime en effet à 30 M€ par an l’investissement nécessaire pour en replanter 6 %, soit un coût moyen de 70 000 €/ha. En sept ans, 950 ha de pommiers ont été renouvelés.

Dans cette même optique de gagner en compétitivité et de maintenir une production de qualité, Blue Whale déploie un programme opérationnel pour accompagner les producteurs dans la modernisation de leur exploitation. Soutenu à hauteur de 50 % par les fonds européens et FranceAgriMer, établissement national des produits de l’agriculture et de la mer, et d’un montant de plus de 25 M€ en 2026, il soutient notamment l’achat de plans, de filets de protection, du biocontrôle et des projets d’irrigation.

Vers une baisse des rendements en 2026-2027 ?

Quid de la campagne en cours ? Alors que les épisodes de sécheresse au printemps et cet été ont fragilisé de nombreuses filières agricoles et viticoles, les rendements s’annoncent plus faibles. « Sur les variétés précoces, dont la récolte a commencé à la mi-juillet 2026, nous accusons une baisse de 30 % du rendement avec une incertitude autour de notre capacité à conserver les fruits récoltés », détaille Bruno Bertheloz. Et de poursuivre : « Sur les variétés les plus tardives dont la récolte devrait se faire fin novembre, il est encore trop tôt pour estimer l’impact sur les rendements ».

Ces aléas climatiques ont remis au centre de la table la question de l’irrigation. « Les systèmes de goutte-à-goutte seuls se sont avérés insuffisants face à la météo de cet été, tandis que ceux assortis d’un arrosage par aspersion ont permis aux vergers équipés de résister à la chaleur », ajoute-t-il. « Nous observons de fortes disparités de rendement entre les exploitants, en fonction de leurs équipements d’irrigation et de leur accès à l’eau. Les vergers situés dans les zones sous restriction ont sérieusement souffert. »

Comme d’autres groupements coopératifs, Blue Whale mise sur la diversification. Objectif ? Répartir les risques pour les producteurs et proposer à leurs partenaires et autres distributeurs une offre élargie. L’entreprise parie notamment sur le développement de la commercialisation des kiwis et des prunes, mais également des poires et du raisin de table. Avec 25 % des vergers français sous sa bannière, elle souhaite aussi accélérer à l’export. Elle compte aujourd’hui plus de 70 pays partenaires.