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Gouvernance renforcée, offensive commerciale, industrialisation : Eco-Tech Ceram change d’échelle

Innovation. Expert en efficacité énergétique et en valorisation de la chaleur fatale dans les industries lourdes, le Toulousain renforce sa structuration avec la nomination de Fabienne Di Santo comme directrice générale. Cette arrivée s’inscrit dans un plan d’accélération commercial et opérationnel, soutenu par six recrutements stratégiques, visant à accompagner le changement d’échelle de l’entreprise.

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Basée à Balma Gramont, la société d’ingénierie spécialisée dans la thermique industrielle compte aujourd’hui 22 salariés. (©Eco-Tech Ceram)

Un an après sa levée de fonds de 16 M€, Eco-Tech Ceram(ETC) (22 salariés) change clairement de braquet. Dans un communiqué publié le 28 avril 2026, la PME toulousaine spécialisée dans la chaleur industrielle décarbonée annonce le lancement d’un plan d’accélération commercial et opérationnel d’envergure. Objectif ? Industrialiser ses solutions et s’imposer comme un acteur de référence de la décarbonation industrielle en France.

Le virage était attendu. En 2025, son PDG Antoine Meffre avait en effet évoqué dans un entretien avec la Gazette du Midi la nécessité pour l’entreprise « d’élargir sa stratégie commerciale avec le recrutement de collaborateurs expérimentés afin de cibler de nouveaux secteurs ». C’est désormais chose faite. Depuis le début de l’année, plusieurs profils seniors ont rejoint la société pour structurer ses fonctions clés (voir encadré). Ces recrutements s’inscrivent dans une feuille de route limpide : accélérer la conquête commerciale et industrialiser les solutions développées depuis 2014.

Au cœur de son activité, ETC déploie, en complément de ses audits énergétiques, deux solutions déjà utilisées par des industriels mondiaux tels qu’ArcelorMittal, Thyssen Group, Villeroy & Boch ou Wienerberger. D’une part, la valorisation de la chaleur fatale via Eco-Stock, un système breveté de stockage thermique haute température, permettant de capter et réinjecter la chaleur perdue dans les procédés industriels. D’autre part, le Power-to-Heat, technologie d’électrification intelligente de la chaleur qui convertit l’électricité en chaleur haute température à partir des surplus disponibles sur le réseau, notamment en heures creuses.

Objectif ? 80 M€ de CA d’ici 2032

Avec déjà huit installations en service, plus de 100 000 heures de fonctionnement cumulées, 1,5 M€ d’économies générées chez ses clients et 4 000 tonnes de CO₂ évitées, ETC dispose de premiers résultats tangibles. De quoi permettre à la start-up de franchir un cap et d’accélérer son développement, avec en ligne de mire les 80 M€ de chiffre d’affaires d’ici 2032.

Fabienne Di Santo, nouvelle DG. (©Eco-Tech Ceram)

Pour orchestrer cette montée en puissance, Eco-Tech Ceram a recruté une personnalité du sérail en la personne de Fabienne Di Santo, nommée directrice générale en ce mois d’avril. Diplômée de l’EDHEC, elle affiche près de 20 ans d’expérience dans les secteurs de l’énergie et de l’industrie. Elle fait ses armes chez Air Liquide, où elle passe plus de huit ans sur des fonctions commerciales stratégiques, jusqu’à piloter des projets industriels majeurs dans le segment “Large Industry”. Elle y gère notamment des contrats de fourniture de gaz industriel représentant plus de 200 M€ annuels et supervise une stratégie d’achat d’électricité en France dépassant les 3 TWh par an.

En 2016, elle rejoint Smart Grid Energy, alors jeune pousse forte d’une dizaine de salariés. En moins de dix ans, elle accompagne sa transformation en acteur majeur de la flexibilité électrique, occupant successivement des postes de direction (business development, commercial & marketing, croissance, stratégie) jusqu’à contribuer à porter le chiffre d’affaires à plus de 200 M€ en 2024.

« Eco-Tech Ceram combine trois éléments rarement réunis : une technologie de rupture issue de la recherche, un marché industriel massif en quête de solutions de décarbonation, et une équipe animée par une conviction réelle. Dans un contexte mondial où la décarbonation de l’industrie s’impose comme un impératif à la fois climatique et économique, je suis ravie de rejoindre l’entreprise », a déclaré la principale intéressée avant de poursuivre :

Ma mission est d’ouvrir la voie entre ces fondations solides et une trajectoire de croissance à la hauteur des enjeux : structurer le commerce, industrialiser nos process internes, et nous préparer à l’accélération qui s’annonce. »

Aux côtés d’Antoine Meffre, qui se recentre sur la R&D, l’innovation et la réduction des coûts (notamment via l’IA et l’optimisation des process), Fabienne Di Santo entend former un binôme complémentaire pour piloter cette nouvelle phase.

Industrialisation et déploiement international

Dans le prolongement direct de cette nouvelle organisation, Eco-Tech Ceram enclenche désormais la seconde étape de sa transformation : le passage à l’échelle industrielle. Avec ce plan, l’entreprise ne cache plus ses ambitions. Elle veut faire de son ancrage en Occitanie une base de production capable de rayonner dans plusieurs pays.

Dans un contexte de volatilité persistante des prix de l’énergie, accentué ces derniers mois par les tensions géopolitiques autour du détroit d’Ormuz - point névralgique des flux mondiaux d’hydrocarbures -, la promesse d’ETC prend une dimension encore plus stratégique. Pour les industriels européens, de plus en plus exposés à des chocs exogènes et à des hausses brutales des coûts énergétiques, la question n’est plus seulement celle du prix, mais bien celle de la prévisibilité et de la souveraineté.

C’est précisément sur ce terrain qu’Eco-Tech Ceram entend se positionner : offrir une chaleur industrielle décarbonée, compétitive et stable dans le temps, en partie décorrélée des marchés fossiles internationaux. Mais l’enjeu a changé d’échelle. Il ne s’agit plus seulement de convaincre projet par projet, mais bien de déployer massivement des solutions standardisées, financées en partie via sa structure de tiers-financement, pour lever les freins à l’investissement industriel.

« Nous réunissons désormais des compétences scientifiques de premier plan et une expertise business indispensable à notre changement d’échelle. Le potentiel de croissance est considérable », affirme Antoine Meffre.