Hausse du carburant : trésoreries des TPE-PME sous pression, la CPME Occitanie fait des propositions
Tribune. Face à la flambée des carburants, Vincent Aguilera appelle l’État à aller au-delà des aides d’urgence : dans une tribune, le président de la CPME Occitanie plaide pour des mesures concrètes et immédiates afin de protéger la trésorerie des TPE-PME, menacées par des surcoûts qu’elles ne peuvent plus absorber seules.
L’espoir aura été de courte durée. À peine entrevu, déjà envolé. Et pour les automobilistes, c’est la douche froide. L’annonce il y a quelques jours d’un cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran laissait en effet espérer une baisse à la pompe de l’ordre de 5 à 10 centimes. Mais la parenthèse s’est refermée aussi vite qu’elle s’est ouverte : les négociations ont capoté, comme l’a confirmé JD Vance, le vice-président américain le 12 avril dernier. Résultat ? A peine un centime de moins en moyenne en France sur le prix du litre.
Quid à Toulouse et son agglomération ? Ici aussi les prix à la pompe fluctuent chaque jour au gré des soubresauts du cours du baril mais restent à des niveaux élevés, très élevés. Mercredi 15 avril, le E10 flirtait avec les sommets : autour de 1,94 € à Portet-sur-Garonne et Cugnaux, plus de 1,98 € à Muret, Rouffiac-Tolosan et Tournefeuille. Pire encore, la barre des 2 € était largement franchie ailleurs : jusqu’à 2,099 € à La Salvetat-Saint-Gilles et Castelnau-d’Estrétefonds. Le gazole, lui, n’est pas en reste. Selon le comparateur Essence&CO, il dépassait allègrement les 2 €, grimpant même jusqu’à 2,54 € dans certaines stations. Quant au sans-plomb 98, il suit la même trajectoire : près de 1,99 € à Blagnac et Balma, et plus de 2,15 € à Lézat-sur-Lèze ou Tournefeuille.
Le gouvernement débloque 70 M€ pour amortir le choc
Dans ce contexte de tension persistante, la facture s’alourdit pour tous. Les ménages voient leur budget carburant exploser, tandis que les entreprises encaissent, elles aussi, le choc sur fond d’inflation durable. Premiers concernés les transporteurs qui ont vu en ce début de mois d’avril les prix du gazole à la cuve grimper de 38 à 46 % par rapport à février selon les types de véhicules (marchandises, voyageurs…).
Pour aider les professionnels à absorber le surcoût à la pompe, le gouvernement a débloqué le 27 mars une première enveloppe de 70 M€ dans le cadre d’un plan de soutien « à l’activité des secteurs économiques les plus touchés » via des dispositifs temporaires et spécifiques.
Ainsi les agriculteurs se voient totalement exonérer de droit d’accise sur le gazole non routier (GNR) sur le mois d’avril, pour un coût total estimé à 14 M€. Les pêcheurs bénéficient, eux, d’un remboursement sur leurs factures de carburant équivalent à 20 c€/L, représentant 5 M€ d’aides publiques. Les TPE/PME du transport routier absorbent l’essentiel du dispositif de soutien, soit 50 M€, sous la forme d’un aide forfaitaire exceptionnelle là aussi de l’ordre de 20 c€/L.
Des aides ciblées bien accueillies par les organisations patronales à commencer par la CPME Occitanie (3 000 entreprises adhérentes). Dans une tribune publiée le 14 avril, son président Vincent Aguilera, a ainsi salué l’approche gouvernementale « fondée sur des mesures temporaires et encadrées », qui plus est cohérente « avec la situation de nos finances publiques ». Le gérant de Vitame Production, une entreprise spécialisée dans l’industrie alimentaire pour les personnes âgées maintenues à domicile implantée à Ramonville, s’inquiète toutefois de la mise en œuvre de ce plan, appelant les pouvoirs publics à « être irréprochables sur la rapidité, la simplicité et l’efficacité » des différentes aides promises.
Le patron des petits patrons alerte surtout sur la nécessité pour l’État de prendre des mesures fortes au-delà de la seule problématique de la hausse des prix des carburants. « Une TPE ne disparaît pas parce que le litre de gazole augmente. Elle disparaît parce qu’elle doit avancer ce surcoût pendant plusieurs semaines, sans pouvoir le répercuter immédiatement », martèle en effet l’intéressé.
Protéger la trésorerie, faire appliquer les règles
Vincent Aguilera fixe ainsi deux priorités. La première : que l’État, les collectivités et plus largement l’ensemble des établissements publics paient en temps et en heure les entreprises. Objectif ? Protéger la trésorerie des PME aujourd’hui fragilisées et ainsi éviter les défaillances. Il demande à « ramener à 10 jours maximum les délais de paiement des acteurs publics pour les TPE et PME exposées ». Une mesure de bon sens, selon lui, rapidement applicable puisque ne nécessitant « pas de loi, de budget supplémentaire », mais relèvant simplement d’« une volonté politique ».
Autre priorité, faire appliquer les règles économiques existantes. Concrètement, le président de la CPME Occitanie appelle notamment au respect des clauses d’indexation carburant prévues dans de nombreux contrats. « Les délais de paiement sont encadrés. Pourtant, sur le terrain, trop d’entreprises continuent d’absorber seules la hausse. Ce n’est pas acceptable », regrette-t-il. Pour s’en assurer, il souhaite un renforcement des contrôles menés par la Direction régionale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Il plaide également pour « une saisine simplifiée du médiateur des entreprises » et pour « un traitement prioritaire des situations de non-respect ».
Alors que le blocus des ports iraniens décidé unilatéralement par le locataire du Bureau oval, Donald Trump, a déjà un impact négatif sur les cours du baril de pétrole, Vincent Aguilera appelle à plus de pragmatisme. « Nous n’avons pas besoin de mesures spectaculaires. Nous avons besoin de décisions utiles, rapides, concrètes. » C’est à cette condition, insiste-t-il, « que nous éviterons que cette crise énergétique ne devienne, demain, une crise économique locale ».