IA et automatisation, fil rouge de la nouvelle promotion de Nubbo à Toulouse
Innovation. Six projets, 12 mois d’accompagnement et jusqu’à 50 K€ d’avance remboursable. À la Cité, l’incubateur régional Nubbo accueille Compio Education, Connect Santé, Due Dil Yourself, Eridia, Itileo et Striax dans son programme d’incubation, avec un accompagnement allant de la création au démarrage commercial, en passant par la structuration financière.
Installé à la Cité, dans le quartier de Montaudran à Toulouse, l’incubateur régional Nubbo accueille six nouveaux projets pour cette rentrée 2026. À la croisée de plusieurs secteurs, ces pépites partagent pourtant un même objectif, à savoir : simplifier des tâches complexes, gagner du temps et accélérer leur accès au marché.
« Cette nouvelle promotion illustre une évolution que nous observons de plus en plus dans l’écosystème : l’innovation technologique se rapproche très directement des usages et des problématiques métiers », souligne Anne-Laure Charbonnier, directrice de Nubbo, dans un communiqué daté du 5 octobre. « Qu’il s’agisse de santé, de formation, de publicité ou encore de services juridiques, ces start-up utilisent notamment l’intelligence artificielle et l’automatisation pour apporter des réponses concrètes à des enjeux de temps, d’efficacité et de simplification. »
45 projets accompagnés en 2026
Ce nouveau cru porte à 45 le nombre de projets que Nubbo accompagnera cette année à travers ses différents programmes de préincubation, préincubation deeptech, incubation et accélération. Créé il y a plus de 25 ans, l’incubateur revendique près de 400 projets innovants soutenus depuis ses débuts. Les start-up issues de cet accompagnement ont levé au total 1,57 Md€. Leur taux de pérennité à cinq ans atteint 85 %, contre moins de 50 % à l’échelle nationale.
Un accompagnement d’autant plus stratégique que l’environnement se tend pour les jeunes pousses. Inflation, hausse des taux d’intérêt et instabilité géopolitique fragilisent la pérennité des entreprises. À cela s’ajoutent les incertitudes liées au projet de loi de finances 2027, dont les débats doivent débuter le 13 octobre à l’Assemblée nationale. Le gouvernement entend ramener le déficit à 5 % du PIB en 2027, avec un effort de redressement annoncé de 54 Md€, dont 43 Md€ de mesures nouvelles.
Or, l’écosystème start-up reste fortement dépendant des financements publics. Les subventions représentent près de 33 % des ressources des structures françaises d’accompagnement, tandis que les fonds publics comptent pour près de 20 % des actifs sous gestion des fonds de capital-risque. Les acheteurs publics (État, collectivités…) pèsent également pour 11 % de leur chiffre d’affaires (source baromètre France Digital/EY 2025). À cela s’ajoute la perspective de l’élection présidentielle, généralement synonyme d’attentisme pour les acteurs économiques et financiers.
Dans ce contexte, le programme d’incubation de Nubbo, d’une durée de 12 mois, vise notamment à aider les projets à identifier leurs premiers clients payants, trouver leurs premiers financements et générer leurs premiers revenus. Les start-up bénéficient également d’une avance remboursable pouvant atteindre 50 K€ pour financer des prestations externes nécessaires à leur maturation et à leur développement commercial.
Six projets, six applications très concrètes
Fondé à Toulouse en 2026 par Guillaume Davasse, Compio Education s’attaque à la construction des emplois du temps dans les établissements d’enseignement. Son logiciel éponyme de pilotage pédagogique et de conformité Qualiopi automatise la planification à partir d’une saisie unique des contraintes et peut générer en quelques secondes plusieurs dizaines d’emplois du temps annuels. La solution vise à réduire le temps consacré à cette tâche, limiter les besoins en recrutement administratif et diminuer certains risques de non-conformité.
Créé en 2025 par le Dr Olivier Brunel, urgentiste au CHU de Toulouse, Gauthier Brunel, entrepreneur et PDG, et Nicolas Esteban, ingénieur et directeur technique, Connect Santé automatise la gestion des plannings des équipes de soins. Aux urgences, en anesthésie, en réanimation ou en imagerie, leur élaboration peut mobiliser plusieurs jours chaque mois. La plateforme toulousaine intègre les contraintes réglementaires, les compétences, les repos, les gardes et les souhaits des soignants pour produire des plannings en quelques minutes, avec la possibilité de simuler différents scénarios ou de proposer des remplaçants.
Selon ses fondateurs, cette tâche « absorbe 30 à 40 % du temps des cadres et figure parmi les premières causes de turnover ». Son calculateur garantit la conformité au droit du travail, tandis qu’une IA spécialisée traduit les décisions en langage naturel. À noter que les données restent hébergées en France, « sur des serveurs compatibles HDS », et chaque décision peut être « rejouée et auditée ».
Lancée dans la Ville rose en 2024 par l’avocat Arthur Gerges, Due Dil Yourself cible les professionnels du droit et de la fiscalité. Sa solution automatise le traitement des documents et les vérifications récurrentes réalisées dans le cadre des « due diligences fiscales ». Les avocats peuvent ainsi concentrer leur intervention sur l’analyse des risques et les sujets à forte valeur ajoutée. La plateforme associe traitement accéléré des données confidentielles et méthodologie d’analyse exhaustive et auditable. Pour les cabinets, l’objectif est d’améliorer la rentabilité des missions tout en réduisant les délais et les coûts pour leurs clients.
L’IA s’invite dans les métiers
Fondée à Toulouse en 2024 et co-dirigée par Hugo Dorus, Eridia développe une plateforme d’IA souveraine destinée aux entreprises françaises et européennes soumises à de fortes contraintes réglementaires. Elle centralise l’accès aux grands modèles de langage, l’analyse documentaire par RAG [1], la transcription et la synthèse de réunions ainsi que la gestion de projets IA.
Hébergée dans l’Hexagone, la solution permet notamment aux PME et ETI de retrouver un document, générer un rapport, préparer une réponse ou automatiser une tâche répétitive sans exposer leurs données à des acteurs extraeuropéens. Elle cible en priorité la finance, le juridique, la santé, l’expertise comptable et l’industrie. Ses agents peuvent exécuter des tâches de bout en bout, tout en laissant la validation finale à l’utilisateur.
Créé en 2026 par Olivier Magnan-Saurin, Itileoprend position sur la publicité diffusée sur les écrans physiques. Sa plateforme réunit les espaces disponibles dans les commerces, salles de sport, campus et autres lieux publics afin de permettre aux annonceurs de sélectionner les emplacements correspondant à leurs audiences et de mesurer l’impact de leurs campagnes sur les visites, téléchargements ou achats.
La solution doit aussi permettre aux réseaux d’écrans de mieux monétiser leurs espaces et offrir aux annonceurs digitaux, notamment les applications mobiles, un nouveau canal d’acquisition mesurable. « Itileo aide les marques à activer des campagnes simples et mesurables sur écrans physiques », explique son fondateur. Serial entrepreneur, ce dernier a notamment créé en 2011 Fidzup, une société spécialisée dans le ciblage publicitaire mobile et la géolocalisation commerciale.
Striax complète cette promotion avec un assistant linguistique fondé sur l’intelligence artificielle. Lancé depuis la métropole toulousaine en 2024 par Marine Pezet, celui-ci est disponible sur smartphone. Il adapte les traductions au métier et au contexte de chaque utilisateur et propose actuellement plus de 32 langues.
Lauréate 2026 des Trophées de l’économie numérique organisés par la Mêlée, la pépite cible notamment les entreprises qui se développent à l’international et les organismes de formation. Son coach linguistique simule des situations réelles en fonction du métier, du niveau et des échéances de chaque collaborateur. L’objectif est de renforcer la pratique orale des professionnels avant une réunion, une négociation ou un échange avec un client étranger. La solution mise sur la contextualisation métier et la personnalisation continue pour rendre les équipes plus autonomes dans leurs échanges internationaux.
[1] La génération à enrichissement contextuel (RAG) est le processus consistant à optimiser le résultat d’un grand modèle de langage. Elle fait donc appel à une base de connaissances fiable externe aux sources de données utilisées pour l’entraîner avant de générer une réponse.