Inspection des avions : Donecle lève 10 M€ et mise sur les drones autonomes et l’IA
Innovation. Fondée à Toulouse, la start-up a conçu une solution d’inspection automatisée des aéronefs basée sur des drones autonomes et l’intelligence artificielle. Avec ce tour de table de 10 M€, elle entend accélérer son déploiement en Europe et aux États-Unis, et changer d’échelle pour industrialiser sa technologie.
Le marché mondial de la maintenance aéronautique est en plein essor. Estimé à 119 Md$ en 2025, il est, selon les experts, amené à continuer de croître, stimulé par la reprise du trafic aérien, la pression sur les coûts et une pénurie structurelle de main-d’œuvre qualifiée.
Longtemps restée manuelle, l’inspection extérieure des aéronefs connaît aujourd’hui une transformation rapide, portée par la digitalisation et l’intelligence artificielle. Dans ce contexte de recomposition, Donecle, expert toulousain de l’inspection par drone d’avions de toutes tailles - des jets d’affaires aux gros-porteurs, civils comme militaires - entend bien s’imposer comme un acteur de référence et prendre sa part du gâteau.
La digitalisation de l’inspection des avions
Pour cela, la start-up se donne les moyens de ses ambitions. Elle vient en effet de boucler une levée de fonds de 10 M€. L’opération est menée par Irdi Capital Investissement et Swen Capital Partners, avec le soutien de GSO Innovation et de l’Agence régionale des investissements stratégiques (Aris). Un tour de table qui doit permettre à l’entreprise d’accélérer son expansion internationale tout en consolidant sa position de pionnier sur un segment encore émergent.
Fondée en 2015 et implantée dans le quartier Montaudran, Donecle a développé une technologie disruptive, autrement dit de rupture avec les standards actuels du secteur. Celle-ci repose sur des drones entièrement autonomes (sans pilote ni GPS), associés à « des algorithmes avancés de traitement d’image » capables de détecter des anomalies en quasi temps réel.
Là où une inspection manuelle peut mobiliser des techniciens pendant plusieurs heures, cette solution permet de ramener la durée d’intervention à moins d’une heure, « avec une vitesse d’exécution jusqu’à dix fois supérieure », affirme la société dans un communiqué daté du 15 avril dernier. Au-delà du gain de productivité, c’est toute la chaîne de valeur qui évolue : les données collectées étant « automatiquement analysées, documentées et intégrées dans les systèmes de maintenance ».
Cette approche ne se limite pas à l’automatisation d’une tâche existante. Donecle a construit au fil des ans une véritable « plateforme logicielle », capable de transformer des images en données exploitables et, à terme, d’automatiser certaines décisions de maintenance. Une évolution stratégique qui positionne l’entreprise sur le terrain, beaucoup plus « scalable », du logiciel de gestion prédictive. En clair, un modèle qui peut s’étendre rapidement à grande échelle sans nécessiter une hausse proportionnelle des moyens. Sa crédibilité repose aussi sur son adoption par de grands donneurs d’ordre, notamment industriels.
Le virage vers le logiciel prédictif
Donecle revendique ainsi avoir développé à ce jour la seule solution de drone d’inspection qualifiée par Airbus et Boeing sur les principaux types d’aéronefs, avec des certifications couvrant l’essentiel de la flotte commerciale mondiale. Déjà déployée chez des compagnies comme Lufthansa, United Airlines ou encore DHL, ainsi qu’auprès des armées françaises et britanniques, la technologie affiche une traction solide, avec plus de 50 drones en opération et un objectif de déploiement à grande échelle dans les prochaines années.
Dans ce contexte, la levée de fonds prend tout son sens. « Nous sommes ravis de ce nouveau tour de table qui va nous donner les moyens de passer à l’échelle, en développant de nouveau services digitaux et en accélérant notre déploiement à l’international », a ainsi déclaré son co-fondateur et PDG Matthieu Claybrough dans un communiqué daté du 15 avril dernier.
Déjà présente dans plus de quinze pays, la société - qui compte aujourd’hui 35 collaborateurs - vise désormais une accélération en Europe et aux États-Unis, notamment via des partenariats stratégiques et des acquisitions ciblées. Pour accompagner sa montée en puissance, Donecle annonce d’ailleurs son intention de renforcer ses équipes dans les prochaines semaines.
Des investisseurs aux profils complémentaires
Cette dynamique de croissance s’appuie aussi sur le profil des investisseurs entrés au capital, qui reflète une volonté de concilier ancrage régional et ambition de développement. Irdi Capital Investissement, acteur historique du capital-investissement dans le grand sud-ouest avec près de 550 M€ sous gestion, accompagne des entreprises innovantes à fort potentiel. À l’image de Donecle qui « apporte une réponse concrète en combinant digitalisation des inspections et structuration de la donnée », souligne Benjamin Lillo, directeur d’investissement, qui y voit l’illustration d’un modèle en transition vers le logiciel, « plus scalable et créateur de valeur ».
À ses côtés, Swen Capital Partners apporte une dimension complémentaire, centrée sur l’investissement responsable. Forte de 16 Md€ d’actifs sous gestion, la société de gestion européenne spécialisée dans l’investissement responsable en non coté inscrit Donecle « dans une trajectoire alignée avec les enjeux environnementaux ». Et pour cause. Exit les nacelles élévatrices de plusieurs tonnes, le plus souvent alimentées au diesel, au profit de drones de 4 kg pour une empreinte carbone moindre.
Cette évolution s’accompagne d’un autre levier d’efficacité : la réduction des temps d’immobilisation des avions, qui passent de 8 à 16 heures à environ 2 heures. De quoi permettre aux compagnies d’optimiser leurs opérations, en limitant notamment « le besoin en espace de hangar et le recours à des avions de réserve ».
Autres investisseurs engagés dans cette opération, le fonds de capital-risque GSO Innovation. Adossé au Crédit Agricole, ce dernier accompagne des start-up à fort potentiel dans une logique de partenariat de long terme, tandis que l’Aris Occitanie joue un rôle clé dans le financement de l’innovation régionale, avec une mission centrée « sur la souveraineté industrielle et la décarbonation ».