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140e année

L’aloe arborescens tente de gagner du terrain

Agriculture. Après un recul de son activité dû à la pandémie, la plantation l’Île aux plantes entend se développer et démocratiser davantage l’aloe arborescens, moins connue et moins utilisée que l’aloe vera. Tour d’horizon.

Violaine Percie du Sert et son mari Bruno Celsi, cogérants de l’Île aux plantes. DR

La plantation l’Île aux plantes, nichée à Thil aux portes de Toulouse, est la seule production bio d’aloe arborescens dans l’Hexagone, à ne pas confondre avec sa cousine l’aloe vera, aujourd’hui largement mise en avant dans la grande distribution. En dépit d’une législation qui tend à se durcir autour du taux d’aloïne (dérivé anthracénique contenu dans la sève), d’une méconnaissance des utilisateurs de la différence entre ces deux variétés, ainsi que d’un coût de revient plus élevé pour l’aloe arborescens, Violaine Percie du Sert et son mari Bruno Celsi, tentent tant bien que mal de se frayer un chemin dans la vente de produits naturels depuis la reprise de l’entreprise en 2010.

« Cette plante est notamment un excellent anti-inflammatoire, elle booste les défenses immunitaires mais n’est pas reconnue alors qu’elle est utilisée depuis très longtemps. Elle contient 20 fois plus de principes actifs que l’aloe vera. Le fait d’avoir une approche scientifique autour de cette plante nous a aidés pour redémarrer l’activité », pointe Bruno Celsi, qui a rejoint l’entreprise en 2016 après une carrière dans l’aéronautique. La reprise de la plantation, développée depuis 1993 par Pierre Marie Gélineau, s’est révélée complexe puisque la commercialisation de la feuille de l’aloe arborescens est restée longtemps confidentielle.

« Le produit s’est fait connaître de bouche-à-oreille, explique Bruno Celsi. Lorsque ma femme a repris l’activité, il y avait tout à faire. La société était en déclin depuis quatre ans du fait du manque de renouvellement. Aujourd’hui, 30% des ventes sont générées par les feuilles et 70 % par les jus et autres produits. » Violaine Percie du Sert, fille d’un ingénieur agronome passionné d’apithérapie, a ainsi décidé, après une dizaine d’années à la tête d’une agence d’intérim, de retrousser ses manches pour moderniser l’entreprise, les produits et l’image de marque. Mais le travail de démocratisation reste long.

Élargir la gamme de produits

Après la mise en place d’un site e-commerce, la chef d’entreprise a choisi d’élargir sa gamme en restant à l’écoute des « attentes des clients qui désiraient des produits prêts à consommer ». Résultat, l’Île aux plantes a connu depuis 2013 une croissance régulière jusqu’à ce que la Covid ne vienne freiner cet élan et entraîne un recul de 15% du CA. « Depuis cinq ans, nous générons entre 300 et 500 K€. Mais nous finirons l’année dans la fourchette basse. Nous stagnons notamment à cause de la Covid mais aussi parce que les actions commerciales que nous avons entamées auprès de magasins bio n’ont pas généré les ventes attendues », reconnaît le gérant.

« Aujourd’hui, 30% des ventes sont générées par les feuilles et 70 % par les jus et autres produits. »

Autre conséquence des effets de la crise sanitaire : le recrutement retardé. « Nous souhaitons investir dans des ressources humaines mais la Covid a interrompu ce projet. Nous faisons appel à une aide temporaire à certaines périodes de l’année ainsi qu’à des intérimaires pour la production mais nous aimerions élargir notre équipe à court terme. »

Modernisation et diversification

Malgré une activité au ralenti, l’entreprise haut-garonnaise a inscrit sur sa feuille de route la modernisation et la diversification de son laboratoire. « Nous fabriquons les jus, mais nous ne faisons pas pour l’instant la mise en bouteille. Nous envisageons ainsi de créer un laboratoire à côté de la serre en vue notamment d’intégrer cette activité à moyen terme pour avoir la mainmise sur l’ensemble de la chaîne de production et diversifier nos produits. Pour ce faire, nous avons obtenu un Pass Agroviti accordé par la région Occitanie de près de 40 K€. »

Autre projet en vue : une gamme de produit dédiée, cette fois, aux animaux de compagnie, car « la demande est forte. Si certains de nos clients achètent déjà les produits pour leurs animaux, le dosage est toutefois différent. » En parallèle, l’entreprise, qui réalise des visites de la serre, mise également sur des conférences et de nouveaux services autour du bien-être, notamment un spa et des conseils. « Nous sommes en discussion avec une naturopathe. C’est un projet qui se mettra en place progressivement l’année prochaine », souligne-t-il.

Pour l’heure, l’entreprise qui envisage aussi l’ouverture d’un point de vente d’ici deux ans, propose sur son site e-commerce une quinzaine de produits issus de sa plantation, dont des jus particulièrement plébiscités, ainsi que des gélules et cosmétiques fabriqués, eux, en Occitanie. À côté, elle revend également une quinzaine d’autres produits issus de fabricants de compléments alimentaires basés dans le Sud-Ouest. Si la commercialisation a été l’un des gros chantiers, la production relève aussi d’un travail de longue haleine.

Une production multipliée par quatre

Depuis que Violaine Percie du Sert a repris la main, la production a été multipliée par quatre même si elle est loin d’être industrielle. « À l’époque 500 pieds environ étaient utilisés. Aujourd’hui, nous en cultivons approximativement 2000 ». Les entrepreneurs ont ainsi racheté une serre de 3000 m2 « mais seule la moitié est pour l’heure exploitée ». Car l’aloe arborescens, qui devient mature au bout de cinq ans, est bien plus sensible que sa cousine, qui, elle, donne un fort rendement rapidement.

« Jusqu’en 2017, Violaine faisait d’ailleurs venir la plante de Tenerife, aux Canaries, là où la plantation de l’ancien propriétaire était basée. Par conscience écologique, nous avons décidé de rapatrier la plante en Occitanie, ce qui a nécessité une longue étape d’adaptation et d’acclimatation. Il aura fallu trois ans pour arriver à un résultat optimal, relève-t-il. Auparavant, les plantes disposaient d’une terre volcanique riche et d’un climat favorable. Il a fallu recréer cet écosystème. De plus, nous avons beaucoup expérimenté pour obtenir une composition idéale. Aujourd’hui nous récoltons tous les 15 jours ».

Il aura fallu ensuite un an de R & D confiée à un laboratoire occitan pour trouver la bonne formule de jus afin de conserver toutes les propriétés. Si les clients viennent surtout de toute la France, les ventes dépassent doucement les frontières hexagonales.

Jennifer Legeron