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141e année

L’atelier Tuffery pousse les murs

Commerce. La manufacture Tuffery, basée à Florac, qui célèbre ses 130 printemps, poursuit son extension en triplant la surface de ses bâtiments. Elle continue de miser sur la filière textile « made in France » et ainsi de booster sa croissance.

Julien Tuffery et son épouse Myriam ont repris la manufacture Tuffery en 2016. Tuffery

La manufacture Tuffery, basée à Florac, fabricant du jean « made in France », s’apprête à prendre une autre dimension pour ses 130 ans. En effet, la PME lozérienne investit 2,5 M€, dont plus de la moitié en fonds propres en vue notamment de tripler sa surface, passant ainsi de 600 à 2 000 m2. L’objectif de cette opération est, en partie, d’augmenter sa capacité de production et de stockage, et de booster son développement commercial. Cette nouvelle étape de développement, qui s’inscrit dans la continuité de la construction de l’atelier en 2017, a pour ambition de peser davantage sur le paysage économique du département de la Lozère.

De fait, grâce à cette extension, l’entreprise familiale, qui a confectionné près de 40000 produits l’an dernier, entend tripler sa production d’ici cinq ans. Cependant, Julien Tuffery et son épouse Myriam, ex-ingénieurs, aux manettes de l’atelier depuis 2016 – lequel a été fondé en 1892 par Célestin Tuffery –, s’efforcent de conserver la maîtrise de la production. « Nous ne sommes pas dans la course au gros volume. Notre ambition est de maintenir une cohérence avec notre modèle économique actuel, un modèle rémunérateur et des marges confortables. Nous voulons croître lentement. Ce qui compte pour nous, c’est avant tout la qualité et l’humain », pointe l’arrière-petit-fils du fondateur.

Pérenniser le savoir-faire

La PME familiale, qui généré 3,6 M€ de CA en 2021, table sur 10% de croissance cette année et 25% d’ici deux ans, en attendant que le nouvel atelier, accolé au bâtiment actuel, sorte de terre à l’horizon du premier trimestre 2023. « Nous avons bénéficié de la parcelle attenante à notre site actuel. La nouvelle construction va ainsi s’imbriquer au bâtiment déjà existant. Le projet d’extension comporte deux phases, la construction de locaux neufs de 1 000 m2, et la reprise d’un local voisin de 600 m2. En plus d’agrandir l’atelier de production, la partie logistique et marketing, nous intégrons également un atelier école pour renforcer la formation en interne, très stratégique pour notre marque, et ainsi maximiser le temps qui lui est dédié », détaille le codirigeant.

« Le Japon est intéressé par nos produits. C’est un axe de développement fort que nous viserons dès 2023, mais encore une fois, notre croissance ne se fera pas au détriment de la qualité »

En effet, sur la feuille de route des repreneurs, s’inscrit notamment la pérennité du savoir-faire familial. « C’était une des conditions de la reprise de l’entreprise, pointe-t-il. Nous formons à la polyvalence des gestes, ce qui prend en moyenne un an et demi. Il est, en effet, très difficile de trouver déjà des talents et des personnes déjà dotées de ces compétences techniques. Ainsi, nous recrutons des profils avec un certain savoir-être et qui ont envie d’apprendre et d’évoluer, explique Julien Tuffery. Cela peut être des personnes en reconversion, ou qui ont quelques notions dans la couture, etc. L’année dernière, nous avons formé six collaborateurs. »

Ainsi la direction bicéphale met un point d’orgue à repenser la manufacture du textile à travers ce nouvel atelier. « Notre modèle économique permet de financer les conditions de travail, et c’est indispensable pour recruter et motiver les jeunes. L’objectif est de répondre aux enjeux de la fabrication textile française de demain. » Forte pour l’heure de 26 collaborateurs, l’entreprise devrait renforcer ses rangs d’une dizaine de salariés supplémentaires en 2023, tout service confondu.

Le marché japonais dans le viseur

Autre axe stratégique développé par la manufacture : le choix de vente en direct. « Nous avons également opté pour un modèle de vente qui s’inscrit dans une démarche vertueuse afin que le coût de revient soit destiné à l’atelier, ce qui est rarement le cas dans l’univers de la mode. Notre volonté n’est pas de faire gonfler rapidement notre chiffre d’affaires, car dans ce cas, nous nous serions rapprochés des centaines de boutiques qui nous contactent pour distribuer nos produits ». Le site internet génère ainsi plus de 75 % des ventes, dont 85 % d’entre elles proviennent du marché français. Le repreneur reconnaît que « la production actuelle ne permet pas encore d’attaquer massivement le marché international ».

Pour l’instant, l’entreprise réalise une partie de son activité en Belgique, Suisse, Allemagne et Benelux. « Le Japon est intéressé par nos produits. C’est un axe de développement fort que nous viserons dès 2023, mais encore une fois, notre croissance ne se fera pas au détriment de la qualité », relève-t-il. Outre la formation, les repreneurs, qui ont fait le choix de rester indépendants, entendent également participer à l’émergence des filières textiles locales. Pour ce faire, la manufacture Tuffery a participé au rachat de Tissage d’Autan (anciennement Pistre et Passe trame) dans le Tarn, l’an dernier. « Nous l’avons racheté avec la coopérative VirgoCoop basée dans le Lot, avec laquelle nous développons la filière du chanvre en France. Notre volonté est de relocaliser des filières de fibres telles que le lin, la laine et le chanvre », conclut Julien Tuffery.

Jennifer Legeron