L’avion anti-incendies de Kepplair Evolution séduit investisseurs et pouvoirs publics
Incendies. Les bonnes nouvelles s’enchaînent pour la start-up toulousaine qui vient de sécuriser 5 M€ de soutien public et dispose déjà de 15 M€ d’intentions sur une levée en cours de 20 M€. De quoi accélérer le développement de son Kepplair 72, un bombardier d’eau capable d’emporter 7,5 tonnes, conçu en seulement trois ans à partir d’un ATR 72.
Kepplair Evolution passe clairement à la vitesse supérieure. En ce début d’année 2026, la start-up toulousaine, située dans le secteur de Saint-Martin du Touch, enchaîne les signaux forts : soutien public d’ampleur, levées de fonds et calendrier industriel serré. En ligne de mire, un objectif assumé : faire du Kepplair 72 le futur standard européen de la lutte aérienne contre les incendies.
Le 26 mars dernier, l’État et la Région Occitanie ont officialisé une aide de 5 M€ en faveur du programme, dont 1,5 M€ issus du Fonds européen de développement régional (FEDER), dans le cadre du volet régionalisé de France 2030. Un appui qualifié « d’exceptionnel » pour un projet désormais considéré comme stratégique, dans un contexte de multiplication des feux de forêt et de vieillissement des flottes aériennes.
« Le renouvellement des flottes dédiées à la sécurité civile est un impératif stratégique », soulignent les autorités, qui voient dans le Kepplair 72 une réponse concrète à des enjeux de souveraineté nationale, de résilience territoriale et de sécurité publique. Au-delà du symbole, ce soutien agit comme un véritable accélérateur, en permettant d’engager les études techniques et les essais nécessaires à la certification de l’appareil.
Un bombardier d’eau multi-rôle
Car le pari de Kepplair Evolution repose sur une approche aussi simple qu’efficace : aller vite, en s’appuyant sur l’existant. Plutôt que de concevoir un avion entièrement de A à Z, la start-up a fait le choix de convertir un ATR 72 en bombardier d’eau multi-rôle. Un appareil capable de larguer 7,5 tonnes d’eau, tout en conservant des fonctions de transport cargo ou d’évacuation sanitaire.
Ce choix change radicalement la donne. Le temps de développement est ramené à trois ans, contre huit à dix ans pour un avion neuf. Les investissements initiaux restent sous la barre des 50 M€, très loin du milliard généralement nécessaire. Et surtout, l’appareil repose sur une plateforme déjà éprouvée, robuste et maniable. « Nous partons d’un appareil opérationnel qui a donné tous les gages de performance pour ce type de mission, notamment en matière de consommation et de maniabilité », rappelait en début d’année Dominique Legendre, co-fondateur du projet.
Cette approche pragmatique séduit déjà les acteurs publics. Dès septembre 2024, la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) avait adressé une lettre d’intérêt à l’entreprise, confirmant l’adéquation du projet avec les besoins opérationnels des services de secours.
Sur le plan financier, la trajectoire est tout aussi solide. Après un premier tour de table de 5 M€ bouclé fin 2025 - dont 2 M€ apportés par le groupe Avico, premier courtier aérien français et leader mondial de l’affrètement entre compagnies aériennes - et 3 M€ levés sous forme d’obligations remboursables en actions, Kepplair Evolution est désormais engagée dans une nouvelle levée de fonds de 20 M€.
Et là encore, le timing semble parfaitement maîtrisé. « Sur les 20 M€ recherchés, 15 M€ font déjà l’objet de lettres d’intention. Il reste 5 M€ à lever pour finaliser l’opération et accélérer l’industrialisation », précise Stéphane Adnet, secrétaire général de l’entreprise. Une dynamique renforcée par l’intégration récente de la start-up au programme Occitanie Invest, qui vise à préparer les entreprises à fort potentiel à convaincre investisseurs et fonds spécialisés.
Premières livraisons attendues dès 2027
Désormais, tous les regards se tournent vers la prochaine étape : la certification. Le projet entre dans une phase décisive avec l’obtention du « supplemental type certificate » auprès de l’EASA, l’agence européenne de sécurité aérienne, puis de la FAA, agence américaine fédérale de l’aviation. Une étape cruciale, mais rendue plus accessible par le choix d’un avion déjà certifié.
L’objectif est clair et assumé : livrer les deux premiers appareils avant la saison des feux de 2027. Un calendrier ambitieux, mais cohérent avec la stratégie d’accélération mise en place. « Cette aide publique est essentielle. Elle crédibilise notre ambition et nous permet d’avancer rapidement vers la certification et l’industrialisation », souligne David Joubert, fondateur de Kepplair Evolution. « Le Kepplair 72 sera un avion à la fois efficient, économique et immédiatement opérationnel. »
Créée en 2012 à Parie et relocalisée à Toulouse depuis septembre 2025, la jeune pousse s’inscrit désormais pleinement dans l’écosystème aéronautique local, avec en toile de fond une ambition plus large : structurer une filière française de la lutte aérienne contre les incendies et repositionner la France sur un marché en pleine expansion.