L’Icam Toulouse mise sur la technologie pour rompre l’isolement des seniors
Innovation. L’école d’ingénieurs Icam Toulouse dévoile son prototype de meuble connecté Co-Bien, résultat de plusieurs mois de travaux menés par ses étudiants dans le cadre d’un projet européen qui rassemble une quinzaine de structures en France, en Espagne et en Andorre. Une solution qui s’attaque à l’isolement des seniors, véritable urgence de santé publique.
L’association caritative Les Petits Frères des Pauvres comptait en France en octobre 2025, 750 000 personnes âgées en situation de mort sociale, c’est-à-dire sans aucun contact ni avec le cercle familial, ni amical, ni associatif, ni le voisinage.
Pour pallier cette situation, la structure s’est associée à un consortium de 15 entités françaises, espagnoles et andorranes (universités, établissements de santé, associations, entreprises) impliquées dans un projet participatif dénommé Co-bien. Il bénéficie d’une enveloppe de 1,3 M€ dans le cadre du programme européen Interreg Poctefa et a pour objectif de lutter contre l’isolement générationnel, enjeu social majeur.
Engagée dans le projet, l’école d’ingénieurs toulousaine Icam, en partenariat avec l’université Deusto à Bilbao, a dévoilé dans un communiqué publié le 30 janvier dernier, le résultat des travaux menés par ses étudiants : un prototype de meuble connecté. Ce dernier propose une interface qui permet de faciliter les appels vidéo, la réception de messages, de photos et d’invitations aux événements locaux à travers un agenda connecté.
Testé auprès de 300 seniors
Ressemblant à un petit secrétaire, le meuble dispose d’un écran tactile intégré et deux grands boutons colorés. Loin d’un simple ordinateur austère, cette commode a été designée par le studio haut-garonnais OpteamDesign et fabriquée par la PME toulousaine Aranda-Mas, fabricant de comptoir en bois sur mesure. Monté sur des roulettes, le meuble peut être facilement déplacé.
Ils sont une petite vingtaine d’étudiants de l’Icam à avoir travaillé sur le sujet. Ces élèves de 5e année ont participé sur plusieurs semestres aux différentes étapes du projet qui fait appel à plusieurs disciplines : mécanique, électronique, ergonomie et éthique. Outre l’acquisition de compétences techniques, l’Icam met en effet en avant « sa pédagogie par le réel ».
« C’était une expérience très riche pour nos étudiants, cela a aussi permis de recréer du lien intergénérationnel », souligne Simona d’Attanasio, chercheuse en robotique avancée et responsable scientifique du projet. De fait, le programme a permis aux futurs ingénieurs d’échanger avec des seniors sur leur centre d’intérêts via des appels en visio.
Cette campagne de tests a mobilisé 309 seniors de France et d’Espagne, « notamment dans les Pyrénées où les cas d’isolement sont très nombreux », poursuit Simona d’Attanasio. Des ateliers qui ont permis aux personnes âgées de se familiariser avec le dispositif. Autre atout de cette innovation : « face à la fracture numérique, aux problèmes de vue ou d’audition, nous avons rajouté un système alternatif de cartes à puce qui permettent par exemple de passer directement un appel téléphonique ».
Outre l’isolement, le projet Co-Bien adresse une autre problématique, la sédentarité. « Les personnes âgées qui sont seules chez elles restent tout le temps assises. Nous avons installé des capteurs dans le meuble pour suivre les mouvements dans un espace de trois mètres à la ronde ». Ce qui doit permettre de nourrir des banques de données sur les seniors isolés.
Le fort potentiel du concept Co-Bien
Maintenant que la conception du meuble est finalisée, il devrait être tester dans des maisons de retraite partenaires, en collaboration avec la fondation de la Rioja Salud et le pôle sanitaire Cerdan, dans les Pyrénées-Orientales. Et ce jusqu’à la fin du programme en janvier 2027.
Si le produit n’a, pour l’heure, pas vocation à être commercialisé, l’experte assure que le concept a du potentiel. « L’isolement est un facteur dévastateur pour les personnes âgées : selon des études scientifiques, cela accroît le risque de maladies cardiaques, musculaires ou cérébrales, les troubles dépressifs, l’anxiété, la démence, et est lié à des décès prématurés », énumère la responsable scientifique, ajoutant qu’« un jour d’hospitalisation gagné, ce sont d’importantes économies pour la Sécurité Sociale ».
Également soutenu par l’Agence régionale de santé Occitanie ainsi que par la Mairie de Toulouse, le projet Co-Bien pourrait déboucher sur une nouvelle enveloppe européenne à partir de 2028. Dans la continuité du programme, la chercheuse ambitionne de créer un laboratoire de tests dédié.