Entreprises

L’Urscop Occitanie Pyrénées confirme la solidité d’un modèle appelé à grandir

Bilan et perspective. En 2025, l’Union régionale des Scop Occitanie Pyrénées a accompagné la création de 18 nouvelles entreprises coopératives, représentant 136 emplois et plus de 15,4 M€ de chiffre d’affaires. Une progression marquée qui illustre la montée en puissance du modèle, soutenu par un taux de pérennité de 79 % à cinq ans et un ancrage territorial de plus en plus affirmé.

Lecture 10 min
Nathalie Perrot, dirigeante de l’agence d’architecture Enzo & Rosso et présidente de l’Urscop Occitanie Pyrénées, aux côtés de Cyrille Rocher, directeur de l’Urscop Occitanie Pyrénées et Sophie Hemardinquer, responsable communication. (©Gazette du Midi)

À Toulouse, le modèle coopératif affiche ses ambitions. Ce jeudi 26 et vendredi 27 mars, le MEETT accueille le 38e Congrès national des Sociétés coopératives. Un rendez-vous d’ampleur qui réunit plus de 1 400 représentants de Scop et de Scic venus de toute la France, rejoints par des invités et personnalités externes au mouvement.

Au programme : échanges, débats… et définition de la feuille de route pour la prochaine mandature. Un moment stratégique pour ces entreprises qui revendiquent une autre façon de faire de l’économie, où gouvernance démocratique et ancrage territorial ne sont pas des slogans mais des pratiques.

Un modèle qui gagne du terrain

Une approche qui séduit de plus en plus. Longtemps marginal, le modèle coopératif s’installe en effet progressivement dans le paysage économique français. Aujourd’hui, les Scop et Scic représentent 3 % des entreprises de deux salariés et plus, soit 4 558 structures pour près de 88 000 emplois. Surtout, elles affichent un taux de pérennité à cinq ans de 79 %, largement supérieur aux 61 % observés dans les entreprises classiques.

Pour rappel, une Scop est une société dont les salariés sont les associés majoritaires, tandis que les Scic poursuivent un objectif d’utilité sociale en produisant des biens ou services d’intérêt collectif. Deux formes juridiques qui conjuguent performance économique et gouvernance partagée.

2025 : un bon millésime

Quelques jours avant ce congrès, l’Union régionale des Scop Occitanie Pyrénées (Urscop) a dressé son bilan annuel. Et les voyants sont au vert. En 2025, 18 nouvelles coopératives ont vu le jour avec son appui, générant 136 emplois et plus de 15,4 M€ de chiffre d’affaires. Une progression marquée par rapport à 2024 : 14 créations, 76 emplois, 8,8 M€ de CA.

Dans le détail, les dynamiques de création récentes se sont concentrées principalement dans le transport (31 %) et la construction (21 %), tout en se diffusant dans l’industrie, les services, ainsi que dans les secteurs de la culture, de l’éducation et de la santé.

« Cette dynamique confirme l’attractivité du modèle sur l’ensemble du territoire », souligne Cyrille Rocher, directeur de l’antenne Pyrénées. Une analyse partagée par Nathalie Perrot, nouvelle présidente élue en septembre, qui rappelle que « les Scop sont des entreprises pleinement économiques, comme les autres », mais dont la singularité tient à « leur gouvernance démocratique et leur responsabilité collective ».

Dans ce contexte porteur, les indicateurs régionaux confirment cette progression. À fin 2025, la région recensait 580 Scop et totalisait 7 682 emplois, pour 778 M€ de chiffre d’affaires générés. À l’échelle de l’ex-Midi-Pyrénées, on dénombrait 332 Scop, représentant 4 407 emplois et 529 M€ de CA.

Un accompagnement à 360 degrés

Implantée à Toulouse, l’Urscop Occitanie Pyrénées s’appuie sur une équipe de 16 personnes et 12 délégués terrain couvrant huit départements : Ariège, Aveyron, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Lot, Tarn et Tarn-et-Garonne. Sa mission ? Accompagner les porteurs de projets et les coopératives de A à Z, de l’émergence du projet jusqu’à leur développement. Du business plan à la maturité.

Concrètement, cela passe par du conseil stratégique, de l’ingénierie financière, du suivi post-création et la mise en réseau avec l’écosystème local. « Nous intervenons à chaque étape de la vie de l’entreprise », rappelle Cyrille Rocher.

L’antenne s’appuie sur un écosystème de partenaires structurant. En tête, la Région Occitanie mobilise environ 150 K€ par an via des appels à projets et des subventions dédiées à la création d’entreprises, y compris dans le champ associatif et les sociétés à utilité sociale. Autre soutien, celui du Conseil départemental de la Haute-Garonne notamment sur les projets à forte dimension sociale, et dans une moindre mesure Toulouse Métropole.

Au-delà des financements, l’Urscop collabore étroitement avec plusieurs acteurs clés du territoire : fédérations professionnelles, collectif Toulouse Métropole Impact ou encore l’incubateur d’innovation sociale Première Brique. Elle est aussi impliquée de longue date auprès d’Alter’Incub, premier incubateur d’innovation sociale en Occitanie Pyrénées, où quatre appels à projets ont été accompagnés en 2025.

Déconstruire les idées reçues

Malgré ces résultats, le modèle coopératif souffre encore de clichés tenaces ont déploré les deux intéressés. Premier d’entre eux : les Scop seraient des solutions de dernier recours pour entreprises en difficulté. « C’est faux : seules 5 % sont des reprises à la barre. Dans 95 % des cas, il s’agit de créations ou de transmissions anticipées », insiste Nathalie Perrot. Autre idée reçue : une supposée absence de lucrativité. « Une Scop doit être rentable, dégager du résultat et investir. C’est une entreprise à part entière », martèle la présidente, par ailleurs dirigeante de l’agence muretaine d’architecture Enzo & Rosso.

Une mise au point d’autant plus nécessaire que le modèle séduit. Selon un récent baromètre OpinionWay, 79 % des salariés souhaiteraient travailler dans une Scop, et près d’un tiers des dirigeants envisagent une transformation de leur entreprise.

Quatre axes pour changer d’échelle

Pour changer d’échelle, la nouvelle présidence déroule une feuille de route structurée autour de quatre piliers. Premier axe : marteler que les Scop sont « des entreprises comme les autres », capables de performer, d’innover, de recruter et d’investir, tout en plaçant l’humain au cœur de leur projet.

Deuxième axe : positionner le modèle coopératif comme une réponse concrète aux grands défis actuels en matière de transition écologique, de concentration des richesses ou d’instabilité politique. « Il offre un cadre solide pour développer des entreprises à la fois innovantes et résilientes, alignées avec les enjeux de notre époque », souligne Nathalie Perrot.

Troisième pilier : renforcer l’ancrage territorial. Les Scop revendiquent leur capacité à produire localement, à décider au plus près du terrain et à maintenir la valeur créée dans les territoires, en écho aux attentes croissantes des collectivités en matière de relocalisation et de développement économique durable.

Enfin, quatrième axe : répondre aux aspirations des jeunes générations. Alors que ces dernières sont de plus en plus en quête de sens, les Scop entendent apparaître comme une alternative crédible, offrant « de la cohérence et un engagement concret », avec la promesse d’un modèle où chacun peut « contribuer, décider et s’épanouir ».

Les défis à venir

Reste une question centrale : comment faire grandir le modèle sans le dénaturer ? Pour Cyrille Rocher, plusieurs leviers doivent être activés. Le développement territorial, d’abord, via la mobilisation de « dirigeants coopératifs ambassadeurs » et la sensibilisation d’acteurs clés comme les tribunaux de commerce.

Mais aussi une meilleure reconnaissance institutionnelle. « L’économie sociale et solidaire représente 10 % des emplois en France, mais elle reste sous-évaluée par les décideurs publics qui ne mesurent pas pleinement son impact social et territorial », regrette-t-il. Dans cette optique, l’Urscop est d’ailleurs allée à la rencontre de plusieurs candidats lors de la campagne des municipales 2026 afin de porter ces enjeux dans le débat public.

Autre piste évoquée : une évolution du modèle. L’idée d’une « hybridation » fait son chemin, avec une ouverture capitalistique, différentes - plus souple - tout en conservant la gestion coopérative afin de favoriser l’émergence de coopératives de grande taille. Un sujet sensible. « Certains y verront une trahison de l’ADN des Scop », reconnaît Cyrille Rocher, « mais les nouvelles générations sont peut-être plus ouvertes à ces évolutions. »