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141e année

La Carde dans les Hautes-Pyrénées, le fil de l’excellence

Artisanat. L’histoire de l’entreprise a commencé en 1891. La filature La Carde a contribué à la notoriété de la laine des Pyrénées. Aude et son frère Damien sont aujourd’hui aux commandes. Ils lancent de nouvelles collections et inaugurent un parcours de visite…

Damien Lafond, à la tête de La Carde, une PME installée à Esquièze-Sère, dans les Hautes-Pyrénées. DR

C’est un boulevard qui s’ouvre devant l’entreprise La Carde à Esquièze-Sère, avec une croissance de 15% par an. Elle s’appuie sur deux piliers : son savoir-faire artisanal, familial et le made in France. À la création de l’entreprise, dans les années 1900, les agriculteurs de la vallée apportaient la laine puis récupéraient le fil pour en faire des vêtements. « C’était comme un système de troc », explique Damien Lafond. Trente ans plus tard, sont arrivés les premiers métiers à tisser en bois, « nos ancêtres ont développé des outils plus performants, on faisait la filature et le tissage, on peut dire que la couverture des Pyrénées a construit notre image. »

Une nouvelle dynamique

Lorsque les parents d’Aude et de Damien Lafond ont repris l’entreprise dans les années 80, Le tourisme était en plein développement dans la vallée, sur cet axe situé entre Lourdes et Gavarnie. « Martine et Louis ont tout de suite compris qu’il fallait innover », explique Damien Lafond. Ils ont ouvert les locaux aux visiteurs, choisi de miser sur la transparence et de jouer à fond la carte du 100 % local. Puis, la crise textile est arrivée dans les années 90, les matières synthétiques ont pris le dessus, il a fallu trouver les moyens de se réinventer. Le frère et la soeur ont alors décidé de donner un coup de jeune aux modèles, ils ont fait un gros travail autour du design et des matières.

« On est désormais sur des feutres aboutis, explique Damien Lafond, on fait des mélanges de couleurs 100 % naturels entre les moutons blancs et marron. » La Carde travaille principalement avec trois races de moutons : les Barégeoises, les Tarasconnaises, les Lourdaises. « Nous sommes très exigeants sur le choix de la laine, on est toujours en recherche de matières premières. Tous les ans, on se retrouve en rupture de stock. » Les ventes sur le net ont grimpé de 25% ces dernières années, l’entreprise affiche un CA de 470 000 € par an.

Se développer, se structurer

Damien Lafond a repris l’entreprise en 2012, il était militaire de carrière : « les choses se sont faites naturellement, j’ai toujours baigné dans l’entreprise, c’est un outil que j’avais la chance d’avoir entre les mains, je ne voulais pas laisser tomber. » Huit personnes travaillent dans l’entreprise, la filière reprend des couleurs, le dirigeant l’a bien perçu.

« On reçoit de plus en plus de CV. On prend le pari de former en interne. Seules les couturières doivent avoir les bases. On cherche des employés qui resteront longtemps dans l’entreprise, des collaborateurs polyvalents, le tisserand doit aussi savoir trier la laine. » L’entreprise s’intéresse fortement au marché du luxe et de l’hôtellerie, Aude Lafond développe une gamme de produits autour du bien-être et de l’univers de la maison. La Carde vient d’investir 150 000 € pour de nouvelles machines à commande numérique.

Soucieuse de l’environnement, l’entreprise file tout droit vers le zéro déchet, elle broie et transforme en fil toutes les chutes de tissus, sur 15 tonnes de laine ramassées, elle n’en jettera que 350kg. Les bourres issues des phases de grattage sont aspirées puis utilisées pour la garniture de coussins, « on voudrait les reclasser dans des circuits de permaculture » , ajoute Damien Lafond. Toutes ces étapes sont expliquées aux visiteurs dans le nouveau circuit de visite. La Carde a ouvert également un centre d’interprétation sur la laine et le pastoralisme. Une belle vitrine qui lui permettra sans aucun doute d’obtenir le label d’Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV).

Dorisse Pradal