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141e année

La production de biomédicaments s’intensifie

Innovation. GTP Tech, filiale du groupe GTP Bioways, qui investit 12 M€ dans l’installation de deux unités de production microbienne et mammalienne, a vocation à devenir la référence européenne dans le monde de la production GMP de biomédicaments.

Éric Devic, directeur général de GTP Tech. DR

Si la filière de la bioproduct ion en France accuse un lourd retard, à la différence des pays voisins comme l’Angleterre, la Belgique ou encore l’Espagne, un groupe toulousain GTP Bioways s’apprête à avancer ses pions. Spécialisé dans le développement de procédés et de fabrication d’anticorps, de protéines bioconjuguées et de nanomédicaments, GTP Bioways, qui pèse 12 M€, est né en 2019 du rapprochement de GTP Tech, une biotech présente à Toulouse et Labège depuis 20 ans, experte dans le développement de production d’anticorps et de protéines recombinantes au profit de biotechs lyonnaises, parisiennes et montpelliéraine et de GTP Nano, spécialisée dans la production GMP (Good Manufacturing Practice) de nanothérapies pour le compte de sociétés pharmaceutique. Le groupe s’est, en parallèle, rapproché de GTP Biologics à Saint-Julien-en Genevois.

GTP Bioways entend aujourd’hui renforcer son offre avec l’implantation à Toulouse de deux nouveaux sites de production GMP de biomédicaments, soit un investissement global de 12 M€. « Nous proposons des services aux biotechs. À travers ces trois entités et la constitution de CDMO (un contrat d’externalisation établi entre une société pharmaceutique et une entreprise de façonnage), nous sommes capables de produire des procédés et des lots pour des essais cliniques chez l’homme. Depuis août, nous avons également racheté ID Biotech, expert en fabrication d’immuno-essais et dans la mise en oeuvre de prestations analytiques, et rebaptisé GTP Immuno ».

« Nous allons commencer le développement de procédés en janvier concernant la mise au point d’un vaccin nasal contre la Covid »

« Désormais, avec la mise en place de ces deux lignes de production, nous renforçons notre positionnement de sous-traitant, explique Éric Devic, directeur général de GTP Tech. L’objectif est d’avoir une offre plus complète, avec notamment une nouvelle structure de bioproduction en système microbien de protéine, ouverte à des tiers. Ceci n’existe pas encore en France. Nous collaborons avec des sociétés basées en Espagne, en Belgique, etc. Aujourd’hui, nous leur transférons nos procédés pour qu’elles les produisent. Nous serons bientôt en capacité de le faire nous-mêmes. » Ce projet s’inscrit dans une stratégie de structuration de la filière française de biomédicaments portée par l’association Alliance France Bioproduction.

18 M€ de CA visés dans cinq ans

Dotée d’un budget de 9,5 M€, et bénéficiant d’une aide de l’État de 5,9 M€ au titre de France Relance, cette unité de production microbienne, qui devrait voir le jour au premier trimestre 2023, a vocation à produire des enzymes utilisés dans la fabrication d’ARN Messager, à visée vaccinale (Covid, entre autres) ou thérapeutique. Lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) « Capacity building » , GTP Tech envisage en parallèle de développer une unité mammalienne, à l’instar du site de GTP Biologics, mais dimensionnée pour la culture de cellules de mammifères à plus petite échelle.

« Nous serons les seuls en Europe à produire des cellules à l’échelle de milligramme voire de gramme. Nous entendons ainsi produire des petits lots et répondre à un besoin qui émane particulièrement de stratégies thérapeutiques cellulaires. Les essais sont réduits et il faut des petites quantités », détaille Eric Devic. Cependant, comme le souligne le dirigeant, « l’avantage du système bactérien est qu’il est moins coûteux en production que le système mammifère. » Cette seconde ligne, elle, devrait être opérationnelle à l’hiver 2022. Les deux nouvelles lignes prendront leurs quartiers dans un bâtiment d’une surface de 1300m2, déjà construit dans la zone industrielle Le Chapitre-Actisud, qui accueille déjà le siège du groupe GTP Bioways, un laboratoire de nano formulation pour le compte de sociétés tiers de GTP Nano et une partie des équipes de GTP Tech.

Grâce à cette activité, la filiale, qui génère un chiffre d’affaires de 4,5 M€ et emploie, pour l’heure, 43 salariés, vise à l’horizon de cinq ans les 18 M€ de CA dont 12 M€ pour la partie GMP et 6 M€ pour la partie développement. Afin d’assurer sa croissance, elle envisage de renforcer ses équipes avec une cinquantaine de collaborateurs supplémentaires. GTP Tech est en passe de signer un premier contrat du côté mammalien avec l’université de Tours. « Nous allons commencer le développement de procédés en janvier concernant la mise au point d’un vaccin nasal contre la Covid », souligne le PDG. Des discussions avec deux partenaires sont également bien avancées pour la production du système bactérien.

Jennifer Legeron