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Le toulousain CLS met son expertise spatiale au service de la biodiversité en Occitanie

Technologie. Spécialiste des solutions d’observation de la terre via les satellites, CLS est le lauréat d’un appel à projets de la Région Occitanie visant à cartographier les espaces naturels du territoire. Outre les apports scientifiques, ce programme d’envergure de 2 M€ doit aider les décideurs à mieux prendre en compte la biodiversité dans l’aménagement du territoire.

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Ce nouveau programme d’envergure prévoit de répertorier à l’échelle régionale, les forêts de chênes, les prairies d’altitude, les garrigues, les zones humides, les haies agricoles, les lagunes littorales et les espaces verts urbains depuis l’espace. (©Région Occitanie)

Sécheresses, incendies, inondations et artificialisation des sols… Un cocktail explosif pour une biodiversité de plus en plus mise à mal face aux conséquences du réchauffement climatique. Pour limiter l’impact des nouvelles constructions sur les espaces naturels au sein de l’Hexagone, l’Assemblée nationale a adopté en 2021 la loi zéro artificialisation nette (ZAN) des sols, dont la mise en œuvre s’étale jusqu’en 2050.

Pour optimiser la mise en application de cette loi en Occitanie, la Région a récemment investi 2 M€ dans un programme visant à cartographier l’ensemble des milieux naturels, afin de mieux les prendre en compte dans l’aménagement du territoire.

Lauréat de l’appel à projets, le groupe CLS, spécialisé dans la surveillance des activités terrestres et maritimes par satellites, entend proposer une première version de cette carte dès la fin de l’année.

Cette filiale du CNES et de la CNP, société d’investissement belge, est implantée à Toulouse et sur 40 autres sites à travers le monde. Présidée par Stéphanie Limousin, elle emploie 1 200 collaborateurs qui traitent chaque mois les données de 200 000 balises. L’entreprise revendique un chiffre d’affaires de 220 M€ en 2025.

Une équipe de 100 personnes sur trois ans

Avec 72 000 kilomètres carrés de superficie à étudier et cartographier, la tâche est de taille pour le groupe toulousain. « C’est un chantier titanesque. Nous avons joint nos forces avec plusieurs acteurs du secteur afin d’assurer la collecte des informations rapidement, notamment dans certains milieux qui ne sont pas accessibles en cette saison », détaille Karim Mehah, responsable du pôle Services chez CLS.

Pour faciliter le relevé des données de terrain, l’entreprise collabore en effet avec plusieurs bureaux d’études historiquement implantés sur le territoire. Son partenaire Biotope réunit la plus grande équipe d’écologues d’Europe et propose des actions de conseil, d’études réglementaires et de formation pour les entreprises et collectivités.

Eco-Med est un bureau d’études naturaliste créé en 2003 par Julien Viglione, qui accompagne les acteurs de l’aménagement du territoire dans leur appréhension d’un cadre réglementaire favorisant la préservation de la biodiversité. Envolis réalise des expertises environnementales dans les domaines de l’eau, du sol et de la biodiversité, tandis que Naturalia Environnement est une société de conseil et d’ingénierie écologique.

« Nous mobilisons une centaine de personnes sur le projet, dont 38 experts naturalistes chargés de sillonner l’Occitanie pendant six mois pour échantillonner les habitats naturels », souligne Karim Mehah. Au total, le chef de projet prévoit près de 700 jours de collecte de données entrantes.

Une nouvelle IA moins énergivore

S’appuyant sur plus de 1 200 collaborateurs répartis dans 18 pays, le groupe CLS suit les activités terrestres et maritimes via les satellites, en traitant près de 20 000 images radar et optiques par an. (©CLS)

Pour analyser un tel volume de données, CLS développe une intelligence artificielle sur mesure. « Nous savons que l’IA est énergivore et consommatrice d’eau. Pour rester dans la logique de protection de la biodiversité, nous sommes en train de concevoir un modèle capable de séquencer les informations de façon à limiter les questions inutiles que l’IA peut se poser », détaille le directeur de service. Un système basé sur le dictionnaire de code ONIX, permettant une optimisation des dépenses énergétiques sans altérer son efficacité.

« À l’heure actuelle, il est difficile d’évaluer le gain réel sur la dépense en eau et en énergie, étant donné que le gros du travail se fera à la fin de l’année, une fois les premières données relevées sur le terrain », rappelle Karim Mehah qui table sur une réduction des dépenses de 7 à 30 %, par rapport à un modèle classique.

Outre l’efficacité du traitement des données, l’utilisation de l’intelligence artificielle doit également permettre d’apporter facilement des modifications. En effet, contrairement aux cartes traditionnelles figées, celle-ci sera évolutive. Elle permettra d’observer dans le temps les habitats naturels et de suivre leur transformation. « L’enjeu se situe sur notre capacité à suivre l’évolution des informations qui seront collectées de façon automatique dans les années à venir. »

Un modèle pour les décideurs locaux

Le projet a également vocation à devenir une source d’informations pour les acteurs de la recherche. « Ces derniers vont avoir une vue plus détaillée d’une région qui se trouve être l’une des plus riches d’Europe en matière d’espaces naturels, alliant les montagnes pyrénéennes aux plaines agricoles, en passant par les forêts méditerranéennes et les lagunes côtières », précise le représentant de CLS.

Inédit, le programme pourrait surtout contribuer à la mise en œuvre du principe « Éviter – Réduire – Compenser », introduit en France par la loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature, mais également à l’élaboration des documents de planification tels que les SCOT (schéma de cohérence territoriale) et les PLUI (plan local d’urbanisme intercommunal).

Pour la Région, cette cartographie intègre le programme Gaïa Predict, soutenu par l’État dans le cadre du dispositif démonstrateurs d’IA pour les territoires (DIAT). L’objectif ? Aider les acteurs de l’aménagement du territoire et de la protection de la nature à mieux intégrer la biodiversité dans les décisions locales, notamment pour anticiper l’évolution des habitats naturels et la répartition des espèces d’ici 2050, face au changement climatique.