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141e année

La sève de bouleau, précieuse ressource de nos Pyrénées

Agriculture. À moins d’une heure de Toulouse, à Lasserre, en Ariège, Jean-Louis Savignol et sa famille ont créé une exploitation qui leur ressemble, le Haras Picard du Sant. Éleveurs de chevaux, ils se sont diversifiés. Grâce aux gîtes et à cette nouvelle filière, ils ont sauvé leur ferme.

Amandine, la fille de Jean-Louis et Christine Savignol, installe un ingénieux système de récolte de la sève de bouleau. (Crédit : DR).
Amandine, la fille de Jean-Louis et Christine Savignol, installe un ingénieux système de récolte de la sève de bouleau. (Crédit : DR).

« On a aujourd’hui plusieurs activités pour payer notre premier métier d’agriculteur, explique Jean-Louis Savignol. Nous sommes dans l’élevage de chevaux depuis 24 ans et dans la récolte de sève depuis six ans. Pendant 18 ans, on a eu des comptes négatifs en travaillant 365 jours par an. Les comptes sont passés en positif depuis que l’on exploite le bouleau, on met tout en œuvre pour maintenir cette activité commerciale. » Jean-Louis Savignol s’est d’abord positionné sur des marchés de niche pour les sportifs de haut niveau. La skieuse ariégeoise Perrine Lafont est devenue une des partenaires privilégiées de l’entreprise, convaincue par les bienfaits détox et énergisants de ce produit naturel. « Nous sommes persuadés que la sève joue un rôle important dans la préparation des sportifs. On essaie de faire valider une étude avec l’université de Montpellier en lien avec le pôle Mooven. Il faudrait qu’une fédération sportive s’intéresse à nous et pousse les études », explique Jean-Louis Savignol. Répondant aux normes Afnor, l’entreprise produit une sève de bouleau bio, c’est la seule de France à être reconnue HVE (haute valeur environnementale). « La répression des fraudes vient souvent nous rendre visite, les contrôles d’hygiène sont stricts, de même que ceux liés à l’appellation du produit. On ne parle que de compléments alimentaires. »

INNOVATION PERMANENTE

La famille Savignol – Jean- Louis, son épouse Christine et leur fille Amandine – s’est lancée dans l’aventure « presque par hasard ». Tous sont d’anciens sportifs de haut niveau et avaient l’habitude de consommer de la sève de bouleau. Christine, en allant faire les achats dans un magasin bio voisin, ramène 1L de sève de bouleau. « On s’est dit, pourquoi pas essayer, on avait déjà la matière première. »


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Avec 1000 arbres plantés sur 5 ha, le chef d’entreprise a fait les calculs. « J’ai passé huit jours dans mon bureau, j’ai fait un business plan. Les gîtes et chambres d’hôtes n’étant pas suffisants pour faire tourner la ferme, on a décidé de se lancer dans l’exploitation des arbres. » Le bouleau est traversé chaque jour par une moyenne de 800 litres de sève, il joue le rôle d’un filtre. L’agriculteur a relié les arbres entre eux grâce à un ingénieux système de récolte en aérien. Il s’est inspiré de techniques canadiennes. La famille exploite les arbres d’une forêt privée et ceux d’une concession avec la mairie et l’ONF.

LE CHOIX DU B TO C

Pendant le Covid, la famille a construit un nouvel atelier. « On veut être autonome, de la récolte jusqu’au client final, on est en B to C. On tient absolument à avoir un contact direct avec le client, un SAV performant. » 100% des ventes se font en ligne, le dirigeant table sur un CA de 120000 € dans les deux années à venir. L’idée est séduisante, de nouveaux acteurs arrivent sur le marché, Jean-Louis Savignol n’hésite pas à partager. En ce moment, des Canadiens sont en formation à la ferme. « J’ai 40 ans de métier, exploiter la sève de bouleau est un nouveau métier, l’aboutissement d’une vie. On passe un tiers de notre budget en recherche pour être avant-gardiste », s’enthousiasme-t-il.

Dorisse Pradal