La Ville de Blagnac structure le mécénat d’entreprise autour d’Odyssud et vise 5 M€
Financement. À un an de la réouverture attendue de sa grande salle, prévue à l’automne 2027 après plusieurs années de fermeture, Odyssud veut changer d’échelle. Avec le lancement d’Altyssud, la municipalité entend mobiliser 100 entreprises et lever 5 M€ en trois ans pour soutenir le développement de sa politique culturelle.
Réunir 100 entreprises et lever 5 M€ en trois ans. C’est l’ambition d’Altyssud, le nouveau fonds de dotation et cercle d’entreprises destiné au mécénat en faveur d’Odyssud. Annoncée le 24 septembre 2026, lors de l’Afterwork des acteurs économiques de Blagnac, cette initiative entend renforcer les liens entre l’établissement culturel public et le tissu économique local. Une dizaine de mécènes ont déjà rejoint le dispositif, dont l’Aéroport Toulouse-Blagnac, partenaire historique, Socotrap et le promoteur Obazyne. Cette PME récemment implantée à Blagnac s’est d’ores et déjà engagée à hauteur de 150 K€ jusqu’en 2028 pour soutenir des actions associant culture et de la santé mentale.
« Cette démarche s’inscrit dans une volonté plus large de renforcer les liens entre la ville de Blagnac et les entreprises, que nous considérons comme des acteurs clés du territoire à associer à notre politique culturelle et même au-delà, notamment sur la formation des jeunes », souligne Tanguy Enaud, adjoint au maire délégué à la culture. Pour la municipalité, l’enjeu est de faire du mécénat un levier supplémentaire au service de ses ambitions culturelles. Blagnac compte en effet quelque 2 500 entreprises et 45 000 emplois, un vivier particulièrement dense sur lequel la Ville entend s’appuyer pour changer d’échelle.
Cinq programmes pour mobiliser les entreprises
Altyssud prend le relais de l’association Odyssud & Compagnie, qui collectait jusqu’ici environ 90 K€ par an. Un dispositif jugé aujourd’hui insuffisant pour accompagner des projets plus ambitieux. Le fonds de dotation doit offrir un cadre mieux adapté à la collecte de fonds privés, avec cet objectif de 5 M€ défini avec l’appui du cabinet spécialisé Nova Consulting.
« L’approche d’Altyssud est de proposer aux entreprises de financer des projets spécifiques, alignés sur leurs valeurs, plutôt que de contribuer au financement général de l’équipement, déjà pris en charge par la Ville », précise Henri Dalem, directeur d’Odyssud Spectacles. Cinq programmes ont ainsi été définis pour orienter les contributions. Le premier, Odyssud Scènes d’Exception, doit faciliter l’accueil de grandes productions internationales, dans un contexte de hausse des coûts du spectacle vivant. Un deuxième axe cible la jeunesse, avec l’ambition de multiplier les expériences culturelles proposées aux plus jeunes. Odyssud bénéficie à ce titre du label de scène conventionnée d’intérêt national pour l’art, l’enfance et la jeunesse.
Le fonds soutiendra également les projets à la croisée de l’art et des sciences, en s’appuyant notamment sur l’environnement technologique du territoire, ainsi que les actions destinées aux publics éloignés de la culture pour « des raisons financières ou des barrières sociales ou mentales ». Dernier volet, l’écoresponsabilité, qui vise à réduire l’empreinte environnementale du spectacle vivant, un enjeu également présent dans les stratégies de responsabilité sociétale des entreprises (RSE).
Une réouverture attendue à l’automne 2027
Le lancement d’Altyssud intervient alors qu’Odyssud prépare une nouvelle étape de son développement. Sa grande salle, d’une capacité de 1 034 places, est fermée depuis novembre 2020. L’activité culturelle n’a toutefois jamais cessé, grâce à des saisons hors-les-murs et à une programmation accueillie dans plusieurs salles partenaires de la métropole toulousaine, du chapiteau des Ramiers et du petit théâtre Saint-Exupère à Blagnac à la Halle aux Grains et au Théâtre de la Cité à Toulouse, en passant par l’Escale à Tournefeuille et l’Aria à Cornebarrieu.
Conçu en 1988 comme un auditorium, l’équipement ne répondait plus aux exigences techniques d’une programmation devenue beaucoup plus diversifiée. La rénovation en profondeur devait initialement démarrer au deuxième trimestre 2025, mais la découverte d’amiante et la complexité de la toiture ont retardé le chantier de quatre à cinq mois. La hausse du coût des matériaux, dans le contexte de la guerre en Ukraine et de l’inflation, a également imposé de revoir le projet initial.
Le budget, évalué à 12 M€ au départ, devrait ainsi être légèrement supérieur. L’État et le Département apportent chacun 2 M€, la Région Occitanie participe également au financement et la Ville de Blagnac prendra en charge le solde. La réouverture est attendue à l’automne 2027. Au-delà de la remise à niveau technique, l’objectif est de retrouver le niveau de fréquentation et de rayonnement qui faisait la singularité d’Odyssud avant la crise sanitaire, avec une programmation internationale renforcée, un festival Luluberlu appelé à gagner en influence et des actions culturelles davantage tournées vers les publics éloignés.
À noter qu’Altyssud n’a pas vocation à financer directement ces travaux. « Les fonds récoltés ne sont pas destinés à financer la rénovation de la grande salle, mais des discussions pourront avoir lieu à l’avenir pour des investissements spécifiques ou l’équipement technique », insiste Henri Dalem.
Un équipement culturel à part dans le paysage régional
Haut lieu de la vie culturelle et artistique de la Ville rose, Odyssud ne se résume pas à sa grande salle. Le complexe réunit également une médiathèque-ludothèque de grande taille et une salle d’exposition, tandis qu’une brasserie doit venir compléter l’ensemble. Son activité couvre un large éventail de disciplines, de la musique au théâtre, en passant par la danse, le cirque et l’humour. Cette programmation généraliste, conçue pour toucher des publics variés, s’accompagne « d’un travail de soutien à la création, avec l’accueil de compagnies en résidence et le financement de nouvelles productions, notamment pour le jeune public », rappelle Henri Dalem.
Avant la pandémie, Odyssud affichait des niveaux de fréquentation exceptionnels. Lors de sa saison record 2018-2019, l’établissement avait vendu 170 000 billets, ce qui en faisait la salle la plus fréquentée de l’Hexagone hors Paris et Zénith. Son modèle économique se distinguait également dans le paysage des théâtres publics. Sur un budget annuel de fonctionnement compris, selon les années, entre 5 et 6 M€, les recettes de billetterie couvraient à elles seules un peu plus de la moitié des dépenses. Un niveau de recettes commerciales alors présenté comme unique en France pour un équipement culturel public.
La direction travaille désormais à la construction du futur modèle budgétaire avec des montants qui devraient pour l’instant rester légèrement inférieurs à ceux d’avant Covid. L’établissement emploie une trentaine de personnes pour son activité de spectacle et plus de 90 à l’échelle de l’ensemble du complexe. Son impact dépasse ainsi le seul champ culturel, « l’accueil des artistes et des spectateurs générant des retombées pour l’hébergement, la restauration et les commerces du territoire », conclut le directeur d’Odyssud Spectacle.