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141e année

LabService, un savoir-faire reconnu

Informatique. La PME toulousaine livre ses solutions sur mesure à une centaine de clients sur les six continents.

JibeOne est le premier graffeur soutenu par LabService. DR

Peu d’entreprises peuvent se targuer d’avoir doublé leur chiffre d’affaires en cinq ans. C’est pourtant le cas de LabService, une entreprise toulousaine spécialiste de l’informatique dans trois domaines d’activité : l’instrumentation scientifique, le pilotage d’outils industriels et les éditeurs de logiciels. « Notre métier consiste à prendre en compte le besoin d’un client en termes de soft et de hardware et de packager une solution complète et de la lui livrer dans le monde entier, résume Virgile Geffroy, le fondateur et dirigeant de LabService. Nos clients sont des fabricants d’instruments scientifiques qui ensuite vendent leur matériel à des laboratoires, dans différents domaines : la recherche, la pétrochimie, des hôpitaux, des laboratoires d’analyses médicales, des opticiens, etc. »

De très gros donneurs d’ordre

Parmi ces clients, on trouve des géants tels que Thermo Fisher Scientific, le numéro un mondial dans le domaine de l’instrumentation scientifique, Shimadzu, Stago, Bio- Rad… La PME a, en parallèle, pour partenaire des acteurs tels que Dell, HP, Advantech ou Lenovo. « Nous amenons des clients à ces fabricants d’informatique ou bien ce sont eux, qui dans le cadre de leur prospection, peuvent avoir besoin de notre savoir-faire et nous confient des clients. Nous partons du produit informatique de ces fournisseurs pour le customiser, afin qu’il réponde à un besoin bien précis dans un pays déterminé. » LabService a vu le jour en février 2000. À l’époque, Virgile Geffroy audite une entreprise qui commercialise de l’instrumentation scientifique.

« Elle avait des difficultés pour piloter ces instruments et a donc décidé d’acheter ses propres ordinateurs et de les designer à façon. Je lui ai suggéré que cette offre pourrait intéresser d’autres acteurs. De là est née l’idée de créer Lab-Service. Depuis nous n’avons eu de cesse de nous développer. Nous avons débuté par la France, pour aiguiser un peu nos lames, ensuite nous sommes très vite partis à l’export, en Europe, puis worldwide. En 2007, à Hambourg, nous avons créé une structure qui nous permet de prendre des marchés en Autriche, en Suisse, en Allemagne et dans les pays du nord de l’Europe. »

Aujourd’hui, le matériel designé et produit par LabService est livré sur les six continents, l’Europe concentrant plus de 80% de son business. Une partie des collaborateurs de l’entreprise, soit 24 personnes, est affectée à la logistique, LabService disposant de près de 3 M€ de stock de matériel informatique. Son effectif est également composé de techniciens intégrateurs, sachant qu’« il n’y a pas véritablement de formation dans notre domaine d’activité », pointe le dirigeant.

Changement d’actionnariat

L’entreprise connaît depuis quelques années une accélération très forte de sa croissance. En cause un changement d’actionnariat, Virgile Geffroy devenant majoritaire au capital. « Il y a cinq ans, m’est venue l’envie d’aller explorer de nouveaux secteurs d’activité, notamment le diagnostic et les éditeurs de logiciels. Les anciens dirigeants ne souhaitant pas se développer, ils nous ont permis de racheter l’entreprise, ce que j’ai fait avec l’ancien directeur technique de la boîte et un industriel toulousain. Nous avons donc pris cette orientation d’aller chercher de nouveaux marchés où notre valeur ajoutée était bienvenue. Cela a très bien fonctionné puisque depuis, nous avons carrément doublé le chiffre d’affaires. Nous sommes passés, de 4,6M€ au moment du rachat, à 12,5 M€ en 2021. »

« Quoi qu’on fasse, le travail use les gens. Nous essayons donc de faire en sorte qu’ils se sentent bien ici. »

L’entreprise n’a pas, pour autant, connu de crise de croissance : « nous avions un peu anticipé, ajoute Virgile Geffroy. En 2016, nous avons acheté un bâtiment pour accueillir cette croissance. Mais celle-ci a été plus rapide qu’attendu ce qui nous a conduits en 2020 à agrandir à nouveau nos locaux. »

L’entreprise dispose aujourd’hui de 1 000 m2 de locaux dédiés au stock, à l’activité et aux bureaux. Ainsi dotée, la PME toulousaine vise 14 M€ de chiffre d’affaires cette année, « voire un peu plus. De fait, nous sommes devenus visibles. Les grands fabricants d’informatique nous regardent avec un oeil différent en raison de la capacité que nous avons de customiser des solutions sur la base de leurs matériels ou de leurs logiciels. Ils nous confient de plus en plus de marchés importants. »

Nouveaux recrutements

Le dirigeant admet connaître « quelques difficultés s’agissant de l’approvisionnement et des délais de livraison, ce qui mobilise beaucoup de ressources financières pour faire du stockage. La croissance a donc été un peu ralentie par la crise sanitaire et désormais, avec la guerre russo-ukrainienne, nous ne savons pas ce que cela va donner. Nous sommes prudents. Nous avons renforcé nos fonds propres et notre trésorerie pour passer le cap si nécessaire. Mais hormis ces signes négatifs, nous sommes plutôt confiants. L’année a, du reste, bien démarré, puisque nous sommes à +20% de croissance en ce début d’année. L’entreprise est taillée pour réaliser 25 à 30 M€ de chiffre d’affaires d’ici quatre à cinq ans. »

Compte tenu de sa rapide croissance, la PME poursuit ses recrutements. Six sont prévus cette année : des profils de techniciens mais d’autres postes sont à pourvoir dans le domaine de la logistique, la fonction commerciale et au marketing. Des collaborateurs que Virgile Geffroy chouchoute : « Quoi qu’on fasse, le travail use les gens. Nous essayons donc de faire en sorte qu’ils se sentent bien ici. Nous avons ainsi 3 000 m2 de terrain autour de nos locaux avec un jardin. Nous avons un coach sportif, qui vient une à deux fois par semaine ; nous proposons des prestations d’orthoptiste, de réflexologie, des livraisons de fruits et légumes frais, etc. L’idée est de leur rendre la vie agréable. » Un souci que le dirigeant pousse un peu plus loin. Une centaine d’oeuvres de streetart – une de ses passions – sont exposées dans l’entreprise, dont une partie des murs ont été décorés de graffitis.

Gestion de l’obsolescence

Partager et diffuser l’art, cette préoccupation est au coeur de la nouvelle démarche dans laquelle LabService s’est engagée à travers un partenariat noué avec le graffeur JibeOne. Une de ses oeuvres, achetées par l’entreprise, doit être reproduite sur 4000 colis qui seront livrés partout dans le monde, l’idée étant d’encourager les destinataires à collectionner et recycler les cartons en oeuvre d’art. Quatre à cinq jeunes artistes devraient être ainsi promus chaque année. Virgile Geffroy entend également à terme créer une fondation pour soutenir la création toulousaine, « pour travailler le recyclage des déchets électroniques un peu différemment. Nous aimerions que des graffeurs ou des plasticiens créent sur cette base des pièces exceptionnelles. Le produit de leur vente servirait à financer les artistes mais aussi les entreprises qui oeuvrent dans le domaine de l’écologie. »

De fait, l’autre enjeu sur lequel travaille LabService est l’obsolescence. « Nos clients fabriquent des instruments scientifiques qui durent entre cinq et 15 ans. Or pour un ordinateur, en 15 ans, la techno n’a plus rien à voir. Une des forces de LabService est d’accompagner ses clients dans la gestion de cette obsolescence. Le plus simple est de stocker du matériel pour être sûr de pouvoir couvrir la durée de vie de l’instrument. Une autre façon plus intelligente de gérer cette obsolescence consiste à travailler avec le fabricant pour, par exemple, essayer de scinder ce cycle de 15 ans en trois et mettre en place des protocoles pour faire les mises à jour nécessaires ». Rien ne se perd…

Agnès Bergon