Latecoere embarque dans le pari du plus grand avion cargo au monde
Aéronautique. L’équipementier toulousain a été retenu par l’américain Radia pour concevoir le système d’interconnexion électrique du WindRunner, un avion hors normes destiné à transporter des charges exceptionnelles, à commencer par les pales d’éoliennes géantes. Un programme encore au stade du développement, mais qui pourrait lui ouvrir de nouveaux débouchés.
La croissance des data centers, portée notamment par l’essor de l’intelligence artificielle, alimente une demande sans précédent en électricité. Pour y répondre avec une énergie compétitive et bas carbone, les industriels misent notamment sur des éoliennes terrestres toujours plus puissantes.
Mais leur développement se heurte à une limite très concrète : le transport des pales, qui pourraient dépasser 100 mètres de long si les contraintes logistiques n’imposaient pas aujourd’hui des dimensions plus modestes.
Une solution de transport hors gabarit
C’est justement ces difficultés de transport que Radia, basée à Boulder dans le Colorado entend lever. L’entreprise américaine a en effet pour ambition de développer une solution de transport aérien pour les charges hors gabarit, là où les réseaux routiers, ferroviaires ou portuaires sont insuffisants.
Comment ? En développant le WindRunner, présenté comme le plus grand avion cargo au monde. De fait, ses mensurations sont impressionnantes : 109 m de long, 24 m de haut et 80 m d’envergure, contre 63,10 m de long, 18,90 m de haut et 60,30 m d’envergure pour le Beluga XL d’Airbus.
Avec sa charge utile de 72 tonnes et sa capacité à atterrir sur des pistes courtes et non revêtues, il pourrait transporter des pales d’éolienne jusqu’à 105 m de long. Mais pas seulement : Radia envisage aujourd’hui des débouchés plus larges, aussi bien civils que militaires avec des applications allant de la défense à l’énergie, en passant par le commerce, l’aérospatial et les missions humanitaires.
Latécoère concevra le système électrique
Fondée en 2016, l’entreprise a déjà levé plus de 150 M$ pour financer le développement de l’appareil et noué des partenariats avec une vingtaine d’industriels notamment européens dont l’italien Leonardo, l’espagnol Aernnova et désormais le toulousain Latecoere.
Partenaire de rang 1 des grands constructeurs (Airbus, Boeing, Bombardier, Dassault Aviation, Embraer…), l’équipementier aéronautique fabrique notamment des éléments d’aérostructures (portes, fuselage, voilure...), des systèmes d’interconnexion (câblage, baies avioniques, systèmes embarqués...), des harnais électriques et sous-ensembles pour satellites, lanceurs et véhicules spatiaux ou encore des services de maintenance (MRO).
Dans un communiqué daté du 16 juillet, l’industriel (6 000 salariés dans le monde, 756,7 M€ de chiffre d’affaires) annonce avoir été choisi pour développer le système d’interconnexion du câblage électrique du WindRunner. Un véritable challenge compte tenu des spécifications de l’appareil.
« WindRunner représente l’un des programmes de développement aéronautique les plus ambitieux actuellement en cours », se réjouit Sam Marnick, présidente Amériques de Latecoere. Et d’ajouter :
Nous sommes heureux de collaborer avec Radia et de mettre à contribution notre expertise en intégration des systèmes électriques aéronautiques pour soutenir le développement de cet avion révolutionnaire. L’échelle et la complexité de WindRunner ouvrent des perspectives passionnantes en matière d’innovation et de collaboration au sein de l’industrie aérospatiale. »
De fait, en rejoignant le programme WindRunner, Latecoere ne décroche pas seulement un nouveau contrat d’ingénierie. L’équipementier toulousain prend position sur l’un des projets aéronautiques les plus atypiques du moment, qui vise à créer un marché inédit du transport aérien de charges hors gabarit.
Un marché de niche
Radia estime que son programme pourrait générer plusieurs milliards d’euros d’investissements industriels en Europe et plus de 4 000 emplois qualifiés au cours des cinq prochaines années, si le développement du WindRunner suit son calendrier.
Mais pour que ces perspectives se réalisent, d’importantes étapes devront être franchies : construire, certifier et faire voler le WindRunner, ce qui devrait nécessiter des milliards de dollars d’investissements, puis démontrer qu’il peut être exploité de manière rentable à grande échelle. Car le seul marché des éoliennes géantes ne suffirait probablement pas à rentabiliser un avion de cette taille.
C’est pourquoi Radia s’efforce depuis deux ans d’élargir son marché au fret hors-gabarit et surtout au domaine militaire, confronté lui aussi au même type de problématique : transporter rapidement des équipements très encombrants tels que radars, éléments de lanceurs spatiaux ou encore hôpitaux de campagne.
En mai 2025, l’entreprise a d’ailleurs signé avec le Département de la Défense américain un accord de recherche afin d’évaluer l’intérêt du WindRunner pour des missions militaires et humanitaires. Pour beaucoup d’observateurs, c’est ce marché qui pourrait rendre le programme économiquement viable... Et offrir à ses partenaires européens comme Latecoere de nouveaux débouchés commerciaux.