Entreprises

Depuis Montpellier, Elicir allie innovation et écologie pour booster les cultures

Agrochimie. Nommée dans la catégorie innovations & impact écologique au concours régional Inn’Ovations, Elicir développe des solutions de biostimulation et de biocontrôle écologiques, pour accélérer la croissance des plantes de culture et les protéger des maladies. Après la récente homologation de son produit à l’échelle européenne, la start-up vise le marché international.

Lecture 6 min
Plantations forestières, vignes, maraîchage, oliviers, arbres fruitiers,… la société montpelliéraine a testé plus de 30 cultures différentes. (©Elicir)

Près de 66 000 tonnes de produits phytosanitaires ont été vendus en France en 2023. Si ces ventes ont baissé de 3 % par rapport à 2022, ce type d’engrais reste sous le feu des critiques face aux risques sanitaires et environnementaux de leur utilisation. Dans ce contexte, la société Elicir, fondée en mars 2021 par la chercheuse en phytopathologie Christelle Barbreau et installée au BIC de Montpellier, développe une alternative naturelle, basée sur la signalisaon moléculaire liée au métabolisme des plantes (perception des signaux).

Elle est spécialisée dans le développement de solutions biologiques pour stimuler la croissance des plantes et améliorer leur résistance aux maladies. Une technologie qui repose sur des mécanismes biologiques naturels présents dans les plantes elles-mêmes.

Le 27 janvier dernier la pépite, a été nommée lors de la 44e édition du concours régional Les Inn’ovations organisé par Ad’Occ, l’agence régionale de développement économique d’Occitanie, dans la catégorie « Innovation & impact écologique ». Une nouvelle reconnaissance qui conforte la PME dans sa stratégie de développement. La société - qui compte une petite dizaine de collaborateurs - souhaite aujourd’hui exporter sa solution sur le marché européen et américain, forte de 40 brevets à l’international.

Biostimulation et biocontrôle

Premier pan de la technologie d’Elicir, la biostimulation accompagne la croissance des plantes, qui « étant par nature fixes, doivent s’adapter naturellement aux conditions météorologiques, au stress hydrique. Lors de stress, elles bloquent leur croissance pour se protéger, même si le stress a cessé. Notre solution de biostimulation déverrouille ces mécanismes et optimise à nouveau la croissance », explique Christophe Bonazzi, directeur général de la société membre du pôle de compétitivité Agri Sud-Ouest Innovation. À noter que les produits de biostimulation sont homologués en agriculture biologique.

« Notre deuxième axe de recherche est le biocontrôle qui consiste à aider les plantes à se défendre. Lorsqu’un parasite attaque une cellule de la plante traitée, notre produit déclenche des mécanismes de résistance qui empêche le pathogène de l’envahir, et lui épargne la maladie », détaille l’ingénieur, formé à AgroParisTech.

« Nous utilisons des molécules dites signales, que les feuilles absorbent facilement, sous forme de poudre à mélanger avec de l’eau et à pulvériser. Il n’y aucun effet secondaire et nous savons, grâce à des études scientifiques, que ces molécules disparaissent très vite dans l’environnement », souligne le co-fondateur.

Plantations forestières, vignes, maraîchage, oliviers, arbres fruitiers,… la société montpelliéraine a testé plus de 30 cultures différentes, et les résultats sont sans appel. Fruit de 20 ans de recherche et développement (R&D), ses solutions de biostimulation et de biocontrôle permettent des gains de croissance significatifs de 20 % à 100 % selon les cultures et les conditions, indique l’entreprise sur son site.

À la recherche d’un réseau de distribution

« Comme la plupart des sociétés qui développent des biostimulants, nous envisageons de nous tourner exclusivement vers les cultures à forte valeur ajoutée », explique Christophe Bonazzi. « Il est plus intéressant économiquement de répondre à la demande des vignobles, des maraîchers et des pépinières, sachant que nous visons aussi les secteurs du paysagisme et de l’horticulture. »

Actuellement, l’agritech commercialise ses produits en direct, tout en poursuivant son développement industriel et sa stratégie commerciale. « À long-terme, notre projet est de constituer un réseau de distributeurs, et de multiplier les canaux de vente ». Le carnet de commandes se construit progressivement : « Les clients veulent tester nos produits et nous avons déjà réalisé à cette fin plus de 130 essais agronomiques ».

À l’échelle européenne, l’entreprise a obtenu l’homologation de ses biostimulants en juin 2025 à l’échelle européenne et ses fondateurs pourront donc exporter dans des pays aussi divers que la Belgique, la Grèce ou les pays baltes. « Nous avons été sollicités par des acteurs commerciaux en Lettonie qui veulent développer la filière viticole », fait remarquer l’entrepreneur.

Une usine en projet

Un développement qui s’est fait depuis le départ avec l’appui d’institutions de premier plan. La start-up bénéficie notamment du soutien de Bpifrance depuis qu’elle a été lauréate en 2021 du concours i-Lab, puis d’un contrat ADD (Aide Développement Deep tech) qui soutient des projets de création d’entreprises de technologies innovantes et leur apporte un soutien financier. La biotech a également gagné le concours Netva, organisé par l’ambassade de France aux États-Unis. À ce titre, ses fondateurs se sont rendus outre-Atlantique pour rencontrer les acteurs publics et privés de la filière, avec de nouveaux contacts et des contrats à la clé.

Forte de ses soutiens et de ses importantes perspectives à l’international, la PME envisage la construction d’une usine à la hauteur de ses ambitions. « Le sujet d’une levée de fonds pourrait alors se poser pour passer à une échelle industrielle », conclut Christophe Bonazzi.