Informations régionales économiques et juridiques
140e année

Le secteur de l’événementiel cherche la sortie

Services. Alors que Corinne Vignon, député de la Haute-Garonne, a été chargée de conduire une mission d’information sur les conséquences de la Covid-19 sur la filière de l’événementiel, dans le bassin toulousain, les entreprises du secteur, particulièrement touchées, prennent leur destin en main. Coup d’envoi de la reprise avec l’Essentiel Festival.

Les réservations pour les trois soirées de concert programmées les 8, 9 et 10 juillet au Meett, vont bon train, selon Pierre Garrigues, le patron de PGO, agence toulousaine d’événementiel. Avec Patrice Vassal, le directeur général de Toulouse Événements, en charge de la gestion du nouveau parc des expositions et centre de conventions de l’agglomération toulousaine, il est à l’origine de la création de l’Essentiel Festival.

Le secteur de l'événementiel cherche un second souffle.
Le secteur de l’événementiel cherche un second souffle. AB

Outre de belles têtes d’affiche (Bob Sinclar, Camélia Jordana, Black M, Clara Luciani, Patrick Bruel), l’événement fait la part belle aux jeunes talents de la scène musicale française. Une programmation volontairement éclectique « pour que tout le monde s’y retrouve », détaille Pierre Garrigues. Ce d’autant que le prix de la place a été fixé à 15 € grâce au soutien financier des collectivités. Le festival est en effet doté d’un budget de 1,1 M€, fruit de la vente des places (15 000 sur l’ensemble des trois soirées, soit 225 K€ de revenus), le reste étant issu d’un partenariat privé (NRJ) et de subventions de la Mairie, de Toulouse Métropole, de la Région et du Département.

L’avenir de la filière

Alors que les agendas sont vides depuis des mois, l’événement doit, selon Pierre Garrigues, donner le signal de la reprise d’activité dans l’événementiel, un secteur qui a particulièrement souffert de la crise de la Covid-19, notamment en région Occitanie. Soixante-trois entreprises (techniciens son et lumière, sécurité, mobilier, vidéo, prestataires scéniques, etc.) sont mobilisées pour le festival, sur les quelques centaines de structures que compte la filière dans le bassin toulousain (hôteliers, prestataires techniques, sites d’accueil, traiteurs et agences), représentant près de 9 000 emplois directs et indirects au total.
L’événement doit aussi jeter les bases du développement futur de la filière. Une table ronde réunissant les élus et les professionnels se tiendra en amont du festival, dans la matinée du 8 juillet au Meett. Y participeront notamment outre de grands acteurs (Novelty, GL Events) une partie des organisations représentatives du secteur : l’Unimev (Union française des métiers de l’événement), Traiteurs de France ou encore L’Événement. Avec au cœur des discussions, les enjeux de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) mais aussi l’avenir du concept d’événement hybride, depuis la généralisation des échanges virtuels.

Le maintien des aides au cas par cas

« Il est normal que l’on continue à envisager le recours à la visio à court et moyen terme, parce que cela permet à des gens, qui ne seraient pas forcément venus à un congrès, d’y participer. Nous sommes obligés de prendre cette évolution en compte. À titre personnel, je pense toutefois que le digital ne remplacera jamais le présentiel. Lorsqu’on crée du lien social, c’est beaucoup plus facile de réussir des choses : le digital est plus informatif que décisif. Pour autant, dans les mois à venir, nous allons continuer à proposer du présentiel et du digital. Cela permet de répondre aux besoins de certains de nos clients qui sont encore dans la retenue. C’est une solution sécuritaire en quelque sorte. Mais, le temps passant, nous verrons comment les choses s’équilibrent. »

« L’idée, à travers l’Essentiel Festival, était de montrer qu’à Toulouse, l’activité pouvait repartir, pointe ainsi Pierre Garrigues, et que plutôt que d’attendre que ça arrive, on allait prendre notre avenir en main  ».

Comptant parmi les premières impactées par les mesures sanitaires prises dès mars 2020, les entreprises du secteur ont perdu jusqu’à 80 % de leur chiffre d’affaires l’an dernier. Les PGE, les mesures de chômage partiel et les aides des collectivités et de l’État, même si elles sont parfois arrivées tardivement, ont permis de limiter la casse.
À l‘échelon local, ces métiers très divers, ont trouvé dans la crise l’opportunité de se structurer au sein du collectif SOS Events 31, devenu depuis Events 31, une structure qui regroupe aujourd’hui 200 membres.
« Désormais, le sujet le plus important est de bâtir notre reprise, affirme Pierre Garrigues. Parce qu’à la différence d’un restaurant qui lorsqu’il rouvre, fait immédiatement du chiffre d’affaires, dans l’événementiel, nous travaillons sur des projets à deux, trois ou quatre mois, voire, pour ce qui est des événements d’entreprise, à six mois. Sachant également qu’à Toulouse, l’attractivité étant surtout liée à l’aéronautique, on ne s’attend pas à une reprise avant 2022-2023 s’agissant de l’accueil des congrès internationaux. Les activités vont donc reprendre progressivement. Il est dès lors très important de bien nous structurer, d’être acteurs de notre propre reprise ».
Tandis que les contraintes se desserrent au fur et à mesure de l’amélioration de la situation sanitaire, les soutiens publics vont eux aussi décroître. Se pose alors pour la filière la question du maintien des aides. « Je pense qu’on va aller vers du cas par cas, estime Pierre Garrigues. Dans notre filière, certains secteurs d’activité vont repartir plus facilement alors que, pour certains corps de métiers, cela va être plus long. Dès lors pour ceux qui en ont vraiment besoin, qu’ils soient acteurs de la filière de l’événementiel ou autres d’ailleurs, il va falloir continuer à les aider, quitte à le faire de manière dégressive, pour revenir peu à peu à la réalité. Il s’agira plutôt de les accompagner vers à la reprise. » Le fondateur de l’agence PGO redoute en effet, en cas d’arrêt trop brutal des aides, que « certains n’aient pas les ressources nécessaires pour passer la période d’entre deux. Fort de tout ce qu’a déjà fait l’État, il doit continuer à les soutenir, mais dans la transition. »
À l’aube de la reprise, comme d’autres secteurs, la filière s’attend à connaître des difficultés de recrutement. « Beaucoup de structures n’ayant pas travaillé depuis plus d’un an, certains de leurs collaborateurs, et notamment les jeunes, qui ont besoin de visibilité, se sont réorientés », déplore-t-il.
Plus globalement, le professionnel reste confiant, mais combatif : « à nous d’être forces de proposition », assure-t-il.

Agnès Bergon