Le toulousain Abionyx Pharma lève 1,8 M€ et accélère sa stratégie contre la septicémie
Santé. La société cotée, créée à Balma en 2005, vient de renforcer sa trésorerie pour assurer sa visibilité jusqu’à fin 2026. Une étape clé pour cette biotech toulousaine, dont l’approche thérapeutique innovante contre un fléau qui provoque 11 millions de décès chaque année dans le monde attire désormais partenaires académiques et industriels de premier plan.
Le groupe toulousain Abionyx Pharma, qui développe des thérapies innovantes dans le traitement de la septicémie (ou sepsis), vient de réaliser avec succès une nouvelle augmentation de capital, pour un montant de 1,8 M€. Cette levée de fonds doit permettre à la société cotée en bourse de renforcer sa trésorerie et d’assurer sa visibilité jusqu’à fin 2026.
Cette annonce fait suite à plusieurs bonnes nouvelles engrangées par l’entreprise en 2025. En février dernier, l’entreprise lauréate de l’appel à projet « i-Démo » lancé par Bpifrance dans le cadre de France 2030, s’est en effet vue attribuer une enveloppe de 8,7 M€, dont un quart en subventions, afin de poursuivre ses travaux sur le traitement de la septicémie.
11 millions de décès dans le monde
Également connu sous le nom d’infection généralisée ou de choc septique dans ses formes graves, le sepsis est un fléau qui touche plus de 49 millions de personnes chaque année dans le monde, causant près de 11 millions de décès. Il s’agit d’une réponse immunitaire incontrôlée à une infection (péritonite, pneumonie, infection urinaire, infection sur cathéter, etc.) qui touche souvent des patients dont le système immunitaire est affaibli.
Malgré les progrès en matière de soins critiques, il n’existe malheureusement aujourd’hui aucun traitement spécifique et ciblé contre le sepsis, le traitement consistant principalement à administrer des antibiotiques ainsi que des soins de soutien, précise dans un communiqué la biotech toulousaine qui emploie une cinquantaine de collaborateurs et a réalisé 4,6 M€ de chiffre d’affaires en 2024 - principalement grâce à l’activité de recherche sous contrat de sa filiale Iris Pharma.
20 ans de recherche et d’innovation
Créée en 2005 à Balma et présente également aux États-Unis où elle possède des bureaux à Fullerton en Californie, l’entreprise développe de fait une approche très innovante pour traiter la maladie. Une stratégie fondée sur son principal biomédicament de synthèse dénommé CER-001.
Actuellement objet d’une étude clinique de phase 2b/3, ce produit, fruit de 20 ans de recherche menée par Abionyx Pharma dans le métabolisme des lipides, "mime" l’apolipoprotéine apoA-I. L’apoA-I est une protéine circulante très importante en raison de ses effets sur la réduction de l’inflammation et la protection des tissus et des organes.
Or, en cas d’infection sévère, l’apoA-I circulante s’effondre. « La supplémentation d’apoA-I recombinante humaine dans ces situations critiques permet de traiter tous les types de patients, même immuno-déprimés », indique la biotech toulousaine, seule société au monde capable de synthétiser et produire industriellement cette apoA-I dite recombinante.
Une publication historique dans Nature
En octobre, une étude parue dans la revue Nature est venue conforter cette nouvelle approche thérapeutique. Cette publication, qualifiée d’« historique » par l’entreprise toulousaine, fournit en effet pour la première fois « la preuve génétique d’un lien causal entre des taux plasmatiques élevés d’apoA-I et une incidence plus faible de la septicémie, ainsi qu’une mortalité plus faible chez les patients ».
Pour Rob Scott, directeur de la R&D et directeur médical d’Abionyx Pharma, cette publication change carrément la donne. « Depuis des décennies, le domaine de la septicémie recherche une cible causale. Aujourd’hui, cette nouvelle validation génétique prouve que l’apoA-I est un facteur déterminant dans le développement de la septicémie chez les patients et dans leur survie. »
En discussion avec l’IHU Sepsis
Depuis novembre, la biotech balmanaise dirigée par Cyrille Tupin mène d’ailleurs des discussions avec l’Institut hospitalier universitaire (IHU) Sepsis. Porté par l’université Paris-Saclay, l’AP-HP, le CEA et l’Inserm, l’IHU Sepsis est un centre d’excellence dédié au soin, à la recherche et la formation sur le sepsis. Doté de 40 M€, il réunit une soixantaine d’équipes de recherche en France et collabore avec de nombreux pays à travers les associations de patients comme la Global Sepsis Alliance ou Sepsis Canada.
Les discussions portent sur la mise en place d’un cadre de collaboration scientifique et clinique à long terme. En combinant la puissance académique et hospitalière de l’IHU Sepsis et les technologies de rupture développées par l’entreprise toulousaine, elles donneraient ainsi naissance à « la première plateforme mondiale intégrée dédiée au traitement de ce fléau ».
Un partenariat stratégique avec Sebia
Le caractère innovant de cette nouvelle approche thérapeutique n’a pas échappé non plus à Sebia. Basée dans l’Essonne, l’entreprise spécialisée dans le développement de diagnostics biologiques spécifiques a signé fin novembre un très important partenariat avec Abionyx Pharma. Objectif ? Valider de nouveaux tests de diagnostic permettant d’identifier plus tôt et plus précisément la gravité du sepsis, afin de traiter plus rapidement et de suivre l’efficacité du traitement incluant notamment l’apoA-I recombinante.
Pour le Toulousain, cet accord est véritablement stratégique. Créé en 1967, Sebia est en effet un acteur d’envergure internationale : fort de 1 200 salariés, il est présent dans 120 pays. Ensemble, les nouveaux partenaires vont pouvoir adresser le marché mondial du diagnostic du sepsis estimé à plus de 1,5 Md$ d’ici 2030, avec une croissance annuelle proche de 9 %. Leur ambition est ni plus ni moins de faire de cette innovation « une référence mondiale du diagnostic d’urgence ».