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Le toulousain CLS bientôt sous pavillon canadien ? MDA Space veut prendre 70 % du capital

Spatial. Après avoir accéléré sa croissance à coups d’acquisitions, CLS s’apprête à franchir une nouvelle étape de son développement. Le spécialiste toulousain des solutions d’observation de la Terre par satellite pourrait rejoindre le groupe canadien MDA Space afin de créer un champion mondial de la géointelligence. Un rapprochement qui pose aussi des questions de souveraineté.

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CLS est une entreprise mondiale, société à mission, pionnière dans la fourniture de solutions de surveillance et de protection de la Terre, créée en 1986. Elle est aujourd’hui présidée par Stéphanie Limouzin. (©CLS)

Après avoir multiplié les acquisitions, c’est désormais CLS qui pourrait changer de dimension… et d’actionnaire. Le spécialiste toulousain des solutions d’observation de la Terre par satellite a rendu publique, le 9 juillet, l’offre ferme émanant du canadien MDA Space en vue d’acquérir une participation majoritaire de 70 % de son capital. Une opération présentée comme « une nouvelle étape majeure dans sa stratégie de développement mondial », mais qui soulève également des interrogations dans un secteur où les enjeux de souveraineté n’ont jamais été aussi sensibles.

Si la transaction aboutit, le groupe nord américain reprendrait les parts de la Compagnie Nationale à Portefeuille (CNP), actionnaire majoritaire depuis 2020 après le rachat des participations de l’Ifremer, institut de référence en sciences et technologies marines et d’Ardian, société française de capital-investissement. À l’époque, les titres étaient valorisés à plus de 300 M€, contre 810 M€ aujourd’hui. De quoi permettre à l’investisseur belge de quoi réaliser une belle plus-value.

Le CNES, actionnaire historique de CLS, conserverait quant à lui 30 % du capital. Auditionné en avril dernier par la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, dans le cadre du renouvellement de ses fonctions de président du conseil d’administration de la prestigieuse institution, François Jacq s’est dit confiant tout en assurant aux parlementaires qu’il resterait « vigilant », au même titre que Bercy, quant à ce futur rachat.

Les différentes autorisations réglementaires ainsi que les procédures de consultation des représentants du personnel devront encore être menées « avant une finalisation attendue d’ici fin 2026 ou début 2027 », précise l’entreprise basée à Ramonville-Saint-Agne.

Créer un champion mondial de la "géointelligence"

L’annonce intervient alors que CLS enchaîne les opérations de croissance externe depuis maintenant plusieurs mois avec les acquisitions de l’émirati EIS-ME, du breton Quiet-Oceans, de l’américain Ground Control puis, en février dernier, de l’australien NGIS. Une stratégie impulsée par sa présidente Stéphanie Limouzin, arrivée aux commandes en juillet 2025, avec un objectif assumé : renforcer le leadership technologique du groupe et accélérer son expansion internationale.

Pour MDA Space, l’opération répond à une logique industrielle claire. Le groupe canadien, qui emploie près de 4 000 collaborateurs pour 1,7 Md$ de chiffre d’affaires, entend combiner ses activités de conception de satellites, de robotique spatiale et d’observation de la Terre avec les expertises développées par CLS dans « l’analyse de données, l’intelligence artificielle, les algorithmes propriétaires et les applications opérationnelles ».

L’ensemble donnerait naissance à un acteur intégré couvrant toute la chaîne de valeur, depuis la fabrication et l’exploitation des satellites jusqu’à la transformation des données spatiales en services destinés aux secteurs de l’environnement, de la sécurité maritime, de la pêche, de la mobilité, de l’énergie ou encore des infrastructures.

Pour CLS, les bénéfices mis en avant sont tout aussi importants. L’entreprise accéderait aux capacités d’observation de la Terre de MDA Space, notamment aux constellations RADARSAT-2 et MDA CHORUS, ainsi qu’à des infrastructures spatiales, des stations sol et des capacités de traitement de données de premier plan. De quoi soutenir son ambition, alors que le groupe vise un chiffre d’affaires de 286 M€ en 2026 contre 220 M€ actuellement.

« Cette opération ouvre un nouveau chapitre enthousiasmant pour CLS (...). En rejoignant MDA Space, nous intégrerions un groupe spatial de rang mondial tout en préservant ce qui fait notre singularité : notre mission, notre culture et notre empreinte internationale », affirme ainsi Stéphanie Limouzin.

L’épineuse question de la souveraineté spatiale

Conscient de la sensibilité du dossier, le communiqué insiste à plusieurs reprises sur les engagements pris pour préserver l’identité de CLS. Les emplois, les centres d’expertise ainsi que les activités de recherche et développement seraient maintenus, tandis que le CNES resterait actionnaire de référence.

Une manière de répondre, au moins en partie, aux interrogations que ne manquera pas de susciter cette prise de contrôle étrangère. Car si l’opération est présentée comme un rapprochement entre deux champions du spatial, elle intervient dans un contexte où la maîtrise des technologies d’observation de la Terre, des données géospatiales ou encore des infrastructures satellitaires constitue un enjeu stratégique pour la France comme pour le Vieux continent.

D’ailleurs, en 2020, le rachat de CLS par la CNP avait déjà suscité des inquiétudes. La ministre des Armées de l’époque, Florence Parly, les avait alors écartées, estimant que « la vente à un investisseur purement financier, hors de l’industrie spatiale, est préférable à une vente à un investisseur industriel. Dans cette dernière hypothèse, une telle opération pourrait faire peser un risque sur les effectifs et leur localisation en cas de recherche de synergies ». Six ans plus tard, la donne a visiblement changé.

D’ailleurs du côté du CNES on tente de rassurer. La directrice générale adjointe et secrétaire générale du CNES, Marie-Astrid Ravon Berenguer, explique que le projet « a été construit dans un dialogue étroit avec l’ensemble des parties prenantes » afin de concilier « les ambitions de croissance internationale de CLS avec la préservation de ses actifs stratégiques pour l’Hexagone ».

De son côté, MDA Space met également en avant cette dimension stratégique. « Ensemble, nous réunissons le meilleur de deux champions nationaux pour bâtir une activité mondiale de géointelligence sans équivalent, tout en préservant les capacités stratégiques, les centres d’excellence et les emplois au sein de CLS comme de MDA Space », souligne son directeur général Mike Greenley.

CLS poursuit son changement d’échelle

Avec plus de 14 000 clients répartis dans près de 150 pays et quelque 1 200 collaborateurs, CLS deviendrait ainsi l’un des principaux moteurs de croissance du groupe canadien. Une nouvelle illustration du changement d’échelle opéré par l’entreprise toulousaine, qui multiplie les projets d’envergure.

Il y a quelques jours à peine, elle a été retenue par la Région Occitanie pour piloter un programme de 2 M€ consacré à la cartographie des espaces naturels. Un projet destiné à fournir aux décideurs de nouveaux outils pour mieux intégrer les enjeux de biodiversité dans l’aménagement du territoire.