Primes choisies, congés illimités : à Toulouse, Ihmisen teste un nouveau modèle d’entreprise
Emploi. À Toulouse, le cabinet de conseil, de formation et de coaching Ihmisen entend révolutionner les pratiques managériales pour maximiser le bien-être au travail de ses salariés et favoriser sa croissance. L’entreprise vise ainsi 1,3 M€ de chiffre d’affaires en 2026 et continue d’élargir son portefeuille clients.
« Quiet quitting », « career minimalism », « coffee badging »... Ces anglicismes témoignent d’un même phénomène, celui d’un rapport au travail en pleine transformation. Une étude de l’Ifop publiée en 2022 montre ainsi que 45 % des salariés, toutes catégories d’entreprises confondues, pratiquent la démission silencieuse.
Refus des heures supplémentaires, priorité donnée à la vie personnelle ou encore « coffee badging », qui consiste à venir au bureau prendre un café avant de repartir travailler à distance : les salariés redéfinissent leur manière d’envisager le travail. Face à ces phénomènes croissants, certains employeurs remettent le bien-être au travail au centre de leur approche managériale.
À Toulouse, Ihmisen propose une approche « révolutionnaire » et « sociocratique » pour motiver ses salariés à venir travailler et en faire de véritables acteurs de sa réussite. Fondé en 2022 par Romain Olives et implanté depuis à Léguevin, le cabinet réalise 80 % de son activité dans le conseil, notamment auprès d’entreprises spécialisées dans les ressources humaines, le marketing, la gestion de projet et l’intelligence artificielle.
La structure, qui compte 15 personnes, propose également des formations et du coaching. Elle a réalisé un chiffre d’affaires de 1 M€ en 2023 et devrait atteindre 1,3 M€ en 2026.
Des bureaux bientôt dans la Ville rose ?
Le Toulousain travaille principalement au service de grands comptes et d’ETI. « Nous répondons à des missions pour des entreprises telles qu’Airbus, Thales et Ariane Group, ou encore le CNES », indique Romain Olives. Celui qui s’est lancé sur fonds propres ajoute : « Nous travaillons de temps en temps pour des start-up et des TPE, sur tout le territoire français. »
Pour mener à bien ces missions, la société s’appuie également sur une quarantaine de sous-traitants. Mais son fondateur précise que « pour l’instant, nous n’avons pas encore de bureau. L’ensemble des équipes travaille à distance, principalement depuis Cannes, Toulouse, Pau, Bordeaux et Paris ». Un maillage territorial qui permet à la structure de rester au plus près des demandes de ses clients.
Cette organisation concerne également les collaborateurs qui interviennent directement chez les clients. « Dans le cadre de nos activités de conseil, les salariés travaillent directement depuis les locaux de ces derniers. » Mais avec l’élargissement de l’équipe toulousaine, le dirigeant espère bientôt ouvrir son propre espace de travail, afin de disposer d’un lieu de rencontre pour tous les membres d’Ihmisen.
Si Romain Olives n’annonce, pour l’heure, aucun recrutement, il précise que l’entreprise ne mène pas de campagne en ce sens. « Nous croulons littéralement sous les candidatures, avec une moyenne de 20 candidats par mois. » Une attractivité qui semble conforter le modèle défendu par le dirigeant. La société a remporté, en juin 2026, le Prix des Bonnes Pratiques lors des Prix Nationaux de la Qualité 2026, organisés par France Qualité, et avait été lauréate de son équivalent régional l’année précédente. En 2025, elle a également été mise à l’honneur par le Comex 40 lors du trophée de l’Innovation, organisé par le Medef Occitanie.
Un modèle de management associatif
C’est toutefois en interne que la start-up entend se démarquer de ses concurrents, grâce à un fonctionnement particulièrement participatif. « Ihmisen est un mot finnois qui veut dire “humain”. Notre mission est de dépoussiérer l’ancien monde des organisations et de donner la banane aux employés », explique Romain Olives.
Le fonctionnement repose notamment sur une grande liberté laissée aux équipes. « S’il y a un salaire minimum fixé à 2,8 k€ brut mensuel, nos collaborateurs peuvent choisir le montant de leurs primes chaque mois, la durée de leur congé est illimitée, tout le monde a une carte bleue d’entreprise, etc. Nous devons avoir 15 ou 20 innovations de ce type, et nous essayons de les renouveler chaque semaine en laissant les employés faire des propositions », détaille l’intéressé. Des règles fixées en commun et reposant sur un accord oral.
Dans ce cadre, chacun dispose d’une large autonomie dans ses choix. Le chef d’entreprise mise ainsi sur la responsabilité individuelle et la transparence des comptes pour « assurer le vivre-ensemble et faire fonctionner son activité ». Aucune limite salariale n’est imposée. Les membres de l’équipe déterminent eux-mêmes leur rémunération en fonction des indicateurs financiers du cabinet.
Une liberté qui repose, selon Romain Olives, sur un principe de responsabilité collective. D’après lui, les collaborateurs ne demanderaient jamais un salaire susceptible de fragiliser leurs collègues ou la structure. Ils auraient même tendance à ne pas trop prendre, afin de préserver les finances de la société en cas de besoin.
« Nous passons notre temps à construire un modèle différemment, à mi-chemin entre le salariat classique, qui garantit la sécurité, et les contrats indépendants », souligne l’entrepreneur. Le succès est tel que, d’après lui, certains membres de l’équipe voudraient rester jusqu’à la retraite. Pour Romain Olives, cette organisation suscite également la curiosité des clients et pourrait gagner en crédibilité à mesure qu’Ihmisen grandira.