Le toulousain Orius entre dans la course à la production d’anticorps thérapeutiques végétaux
Santé. Déjà positionnée sur les marchés de la cosmétique et de la nutraceutique grâce à sa technologie de culture indoor ultra-contrôlée, l’entreprise basée à Escalquens franchit un cap stratégique en se développant sur le marché de la santé humaine.
À Escalquens, aux portes de Toulouse, la jeune pousse Orius trace, depuis 2021, un sillon singulier dans le paysage industriel régional. Spécialisée dans la production de matières premières végétales de haute qualité, l’entreprise fournit déjà les secteurs exigeants de la cosmétique, de la nutraceutique et de la pharmaceutique. Mais derrière cette activité en apparence classique se cache une innovation de rupture : la culture végétale en environnement entièrement contrôlé.
Grâce à ses techniques indoor, Orius parvient à garantir une qualité constante tout au long de l’année. Température, luminosité, humidité, irrigation ou encore nutrition : chaque paramètre est ajusté avec précision afin de répondre aux besoins spécifiques de la plante. Résultat, les molécules d’intérêt sont concentrées, tandis que les éléments indésirables sont éliminés en amont, permettant l’extraction de principes actifs sans recours à des procédés de purification lourds ni à des produits phytosanitaires.
Au cœur de cette technologie se trouve la Biomebox, une unité de culture hydroponique de haute précision développée par l’entreprise. Ce dispositif, véritable concentré d’ingénierie agronomique, ouvre des perspectives bien au-delà des marchés actuels. À terme, il pourrait notamment contribuer à alimenter en fruits, légumes, champignons ou racines les futures bases spatiales, en assurant une production locale, fraîche et maîtrisée.
Une percée dans la santé humaine
Mais c’est dans le domaine de la santé humaine que l’expertise d’Orius prend aujourd’hui une dimension nouvelle. En collaboration avec la biotech parisienne Plantibodies, la start-up occitane participe au développement du projet PhytomAbs, nouvellement lauréat de l’appel à projets « Innovations en biothérapies et bioproduction » piloté par Bpifrance dans le cadre de France 2030.
Ce programme ambitieux vise à produire des anticorps monoclonaux à partir de plantes, une alternative prometteuse aux méthodes traditionnelles reposant sur des cellules de mammifères. Moins coûteuse, plus rapide et potentiellement plus sûre, cette approche repose sur un principe exploré depuis les années 1990 : utiliser les plantes comme de véritables bioréacteurs. Les anticorps ainsi produits, appelés « plantibodies », présentent des propriétés similaires à leurs équivalents conventionnels.
L’innovation majeure du projet réside dans le développement d’immunothérapies orales destinées notamment aux patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (Mici). Contrairement aux traitements injectables, ces solutions permettraient de libérer directement les anticorps dans le tractus gastro-intestinal, améliorant à la fois l’efficacité thérapeutique et le confort des patients. Une avancée particulièrement attendue pour les pathologies nécessitant des traitements au long cours.
Dans ce partenariat, Plantibodies, qui a levé en janvier 500 K€ auprès de réseaux de business angels français, pilote les aspects pharmaceutiques - formulation, analyses, évaluations précliniques et stratégie de développement - tandis qu’Orius met à profit son savoir-faire en bioproduction végétale : optimisation des cultures, standardisation des matières premières et montée en échelle dans des environnements conformes aux exigences du secteur de la santé.
Vers une filière nationale de bioproduction végétale pharmaceutique
Au-delà de l’innovation technologique, l’enjeu est également stratégique. Le projet PhytomAbs s’inscrit dans une volonté plus large de structurer une filière nationale de bioproduction végétale pharmaceutique, complémentaire des approches cellulaires classiques. Objectif affiché : renforcer la souveraineté sanitaire et industrielle de la France en réduisant sa dépendance aux importations de biomédicaments.
Pour Orius, cette initiative marque une étape clé dans la diversification de ses activités. « Notre objectif est de bâtir la première plateforme européenne de production végétale conforme aux standards pharmaceutiques », souligne son cofondateur et dirigeant, Paul-Hector Oliver. Une ambition rendue plus tangible grâce au soutien du plan France 2030.
Côté financement, Orius cherche à lever 5 M€. Elle a d’ailleurs fait partie en mars 2025 de la 20e édition d’Occitanie Invest [1]. Également distinguée à plusieurs reprises, la jeune pousse s’est notamment illustrée il y a un an à Balma en remportant le deuxième prix du concours Next Innov, organisé par la Banque Populaire Occitane et Maddyness. Quelques mois plus tôt, elle avait également reçu le prix Galaxie, décerné par un réseau d’entreprises du secteur spatial en Occitanie.
Autant de reconnaissances qui confirment le potentiel d’une entreprise encore jeune, mais déjà positionnée à la croisée de plusieurs révolutions : agricole, industrielle, spatiale… et désormais médicale.
[1] La convention d’affaires Occitanie Invest est un événement organisé par Ad’Occ, agence régionale de développement économique, avec le soutien de la Région Occitanie et de ses partenaires financiers. Elle a pour ambition de permettre à une sélection de start-up, PME-PMI d’Occitanie à haut potentiel de rencontrer dans les meilleures conditions des investisseurs (sociétés de capital-risque, business angels, fonds d’investissement, etc.) en vue de trouver les financements dont elles ont besoin pour poursuivre ou accélérer leur développement.