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Le toulousain Syntony passe dans le giron de Safran pour renforcer ses solutions de navigation résilientes

Spatial. Spécialiste du traitement des signaux GPS/GNSS, la PME basée à Saint-Martin du Touch intègre le groupe Safran via sa filiale Safran Electronics & Defense. Une opération qui valorise dix ans d’innovation locale dans le positionnement par satellites et marque une nouvelle phase de croissance.

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Joël et Béatrice Korsakissok sont les fondateurs de Syntony, une deeptech toulousaine qui vient de passer dans le giron de Safran. L’entreprise fondée en 2015 est spécialisée dans le traitement du signal GPS/GNSS (système de positionnement par satellites). (©Syntony)

Le GNSS (Global Navigation Satellite System) est le système mondial de navigation par satellites. On connait tous l’américain GPS et l’européen Galileo, mais beaucoup moins le russe Glonass ou encore le chinois Beidou. Leur vocation ? Transmettre des signaux à partir de constellations de satellites situés en orbite, et fournir des données PNT (Position, Navigation, Temps) devenues essentielles au quotidien. Elles sont en effet employées non seulement pour se positionner avec précision, mais également pour des besoins de synchronisation et de référence de temps, dans de nombreuses applications tant économiques que régaliennes.

C’est le cas des transports et des services de secours. Mais elles jouent également un rôle clé dans la sécurisation des échanges de marchandises, le guidage de machines agricoles, les services de téléphonie et d’internet mobiles, le transport d’électricité… Autant dire que la disponibilité des données GNSS revêt souvent un caractère crucial pour le maintien en service de ces activités.

C’est dans ce domaine que travaille justement Syntony, spécialiste toulousain des technologies de positionnement par satellites. En pleine croissance, la deeptech, qui a réalisé 6,73 M€ de chiffre d’affaires en 2024 (+107 % par rapport à 2023), vient d’annoncer son rachat par Safran Electronics & Defense, filiale du groupe Safran (110 000 collaborateurs, 31,3 Md€ de chiffre d’affaires en 2025), l’un des leaders mondiaux de l’aéronautique, de l’espace et de la défense. Une opération stratégique qui permet au géant français de renforcer son portefeuille de technologies critiques dans le domaine du positionnement, de la navigation et de la synchronisation (PNT).

Des enjeux cruciaux

Fondée en 2015 à Toulouse par Joël et Béatrice Korsakissok et installée à Saint-Martin du Touch, Syntony s’est imposée en dix ans comme un acteur européen de référence des solutions PNT en environnements complexes. Son cœur d’expertise : le traitement des signaux GPS/GNSS lorsque ceux-ci deviennent inopérants, notamment en milieux souterrains ou dégradés.

L’entreprise, qui emploie aujourd’hui 70 salariés entre Toulouse et Paris, a développé plusieurs produits (récepteurs, simulateurs, etc.) dont Subwave, une application garantissant un accès continu au signal GPS/GNSS dans les tunnels, métros, parkings ou gares. Déployée à Stockholm, mais aussi en Amérique du Nord et à Hong Kong, la solution facilite les opérations de maintenance et l’intervention des secours.

Au-delà de Subwave, Syntony a construit son avantage compétitif sur plusieurs briques technologiques sensibles. Face à la vulnérabilité croissante des signaux GNSS aux obstacles physiques, au brouillage et au leurrage (spoofing), la société a ainsi développé des antennes CRPA (controlled reception pattern antenna) capables de rendre les récepteurs moins sensibles aux interférences. Un enjeu déterminant pour la sécurité aérienne et la protection des infrastructures critiques.

Autre axe stratégique : la radio logicielle (software defined radio ou SDR), une architecture numérique capable de modifier ses fonctions par simple mise à jour logicielle, sans intervention matérielle. Cette flexibilité permet d’adapter rapidement les systèmes aux évolutions des signaux ou aux nouvelles menaces. Compactes et évolutives, ces solutions répondent aux exigences des plateformes embarquées modernes.

Syntony s’est également positionnée sur les récepteurs GNSS destinés aux satellites de nouvelle génération, notamment pour les constellations en orbite basse (LEO), contribuant ainsi au renforcement de l’offre de Safran Electronics & Defense dans le spatial et le New Space.

Accès à de nouveaux marchés

Pour Safran, l’intégration de ces technologies ouvre la voie à des équipements plus complets, plus compacts et moins énergivores, tout en restant adaptables à l’évolution constante des signaux. Des gains particulièrement recherchés pour les futures plateformes civiles et militaires : drones et systèmes antidrones, missiles, aéronefs ou satellites en orbite basse.

« L’acquisition de Syntony permet de renforcer nos technologies résilientes afin d’accompagner nos clients face aux défis de la navigation dans des environnements complexes », souligne ainsi Alexandre Ziegler, directeur exécutif de la division Défense de Safran Electronics & Defense.

De fait, l’alliance entre les récepteurs GNSS hautement résistants de Syntony et les technologies de navigation inertielle de Safran devraient donner naissance à une nouvelle génération de solutions hybrides de PNT, capables de maintenir précision et intégrité y compris dans des environnements exigeants.

Autre atout clé pour le géant industriel français : la plateforme de simulation GNSS du Toulousain lui permettra de tester ses récepteurs face aux brouillages, leurres et autres scénarios complexes, et ce tout au long de leur développement, jusqu’à leur certification. De son côté, Syntony espère bien accélérer le déploiement de sa solution Subwave grâce au réseau et à l’expérience de Safran en gestion de projets à long terme.

En s’adossant ainsi à un leader mondial de la défense et de l’aérospatial, Syntony entre dans une nouvelle phase de croissance ininterrompue. Depuis sa création, Syntony a en effet enchaîné les jalons structurants. Dès 2015, elle fournit des simulateurs GNSS à OneWeb Satellites pour les tests pré-lancement de 900 satellites. En 2016, Subwave est déployée dans le métro de la capitale suédoise. En 2019, la société lève près de 6 M€ auprès de Bpifrance, de son investisseur historique Irdi Capital Investissement et de son équipe dirigeante. En 2021, en pleine crise sanitaire, elle bénéficie d’un soutien de 800 K€ de l’État dans le cadre du Fonds de soutien à l’investissement industriel dans les territoires du plan France Relance.