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141e année

Le Tracteur savant, un acteur culturel à la campagne

Commerce. Il était une fois trois drôles de dames… Aurèle Letricot, Valérie Poughon et Sandie Bouissière qui avaient choisi d’ouvrir une librairie à Saint-Antonin-Noble-Val (82), village de 1 800 habitants. Le Tracteur savant est devenu un véritable lieu de culture, innovant et bouillonnant.

Valérie Poughon, Sandie Bouissière et Aurèle Letricot, au volant du Tracteur savant. DR

C’est Aurèle Letricot qui a lancé le projet en septembre 2014. « J’ai commencé avec presque rien, se souvient la créatrice, 10 000 € en fonds propres. J’évoluais dans le monde culturel et j’avais ce projet de librairie en tête depuis longtemps. » Au début de son activité, elle partageait son espace de vente avec un artiste peintre mais très vite, il a fallu pousser les murs. Valérie Poughon, passionnée par les livres, est venue faire un stage en 2017 dans la librairie et n’est jamais repartie. « Je travaillais dans l’industrie pharmaceutique, mon entreprise a mis en place un plan social, j’ai profité de cette opportunité pour changer de métier. »

Sandie Bouissière, master de lettres métiers du livre en poche, est arrivée naturellement dans l’entreprise. « La librairie a su trouver sa place en milieu rural, on partage la même vision de notre travail. » Les trois associées ont rejoint la Scop Ozon installée à Septfonds en Tarn-et-Garonne. Elles sont ainsi devenues des entrepreneuses salariées. « J’aime bien ce modèle coopératif, explique Aurèle Letricot, c’est un bon moyen de pérenniser le projet : la librairie est liée à une Scop et pas à une seule personne. »

L’importance du réseau

S’inscrire dans son territoire était une priorité du Tracteur savant. Aurèle Letricot et ses associées proposent à leurs clients d’acheter des pochettes cadeaux en tissu, réalisées par la recyclerie de Lexos, les sommes récoltées lui sont intégralement reversées. Autre initiative qui plaît beaucoup, Camille Perreau, illustratrice à Saint-Antonin a dessiné le tote bag en coton bio recyclé de la librairie.

« Il y a une vraie place pour les libraires indépendants. On aime les livres pop-up, jamais le numérique ne viendra remplacer cette magie du livre qu’on ouvre »

Dans la même idée, il était important d’expliquer au client pourquoi une commande va mettre plusieurs jours à arriver en librairie. « Parmi nos nouveaux clients, certains commandaient sur Amazon, nous avons conçu avec Alma Kaiser, une illustratrice locale, un marque-page qui résume le parcours d’un livre. De sa conception à la vente », ajoute Aurèle Letricot.

La force des libraires indépendants et le coup de tracteur

Avec un fond de 8 000 ouvrages, un espace de 80m2 savamment agencé, la librairie est un poumon culturel qui a su se différencier : « nous sommes proches de nos clients. Nous rendons des services, récupérons des colis… Nous avons aussi voulu un espace où les clients se retrouvent pour parler. Nous sélectionnons les ouvrages, pas question d’accepter les offices des éditeurs. Vous ne trouverez pas systématiquement chez nous les livres des candidats à la présidentielle. Les clients viennent chercher du conseil chez nous, si on aime un ouvrage on va mettre un coup de tracteur, les clients nous font confiance. » Très dynamiques, les associées sont sur tous les fronts. Elles organisent des rencontres avec des auteurs, des ateliers BD pour les enfants, des cafés littéraires ou encore des soirées pyjama pour petits et grands autour de conteurs.

Avec les confinements successifs, les clients ont eu besoin de retrouver l’objet-livre. « Nous sommes en plein développement, avec une hausse de 20% du chiffre d’affaires », ajoute Aurèle Letricot. Les clients habitent le village, les alentours, beaucoup viennent de Toulouse ou de Montauban, profitant du célèbre marché du dimanche matin, pour s’offrir un livre. « Il y a une vraie place pour les libraires indépendants. On aime les livres pop-up, jamais le numérique ne viendra remplacer cette magie du livre qu’on ouvre », conclut la libraire sur un sourire.

Dorisse Pradal