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141e année

Le « vieillir bien » passé au crible de l’i2ml

Recherche. L’Institut méditerranéen des métiers de la longévité (i2ml) continue de tisser son réseau en Occitanie et d’apporter, aux acteurs locaux, des axes de recherche sur les usages en faveur du vieillissement de la société. Il vient, en outre, d’intégrer récemment de nouveaux locaux à Ramonville-Saint-Agne. Tour d’horizon de ses missions et de ses objectifs.

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« À l’expression du “bien vieillir”, qui ressemble plus à une injonction, je lui préfère “vieillir bien”, c’est-à-dire vieillir dans le respect de ses droits et de ses limites », pointe Jean-Marc Blanc, directeur de la fondation i2ml depuis 2016 et ancien directeur d’Ehpad. Créé en 2010 à Nîmes, l’Institut méditerranéen des métiers de la longévité (i2ml) s’est implanté à Toulouse il y a quatre ans. Le living-lab toulousain était notamment au départ dédié au parcours de la fragilité des personnes âgées dans une ville devenue intelligente et planche entre autres aujourd’hui sur les problématiques de la psychologie cognitive et sur le déploiement numérique.

En fin d’année 2021, la structure toulousaine, chapeautée par Adeline Maillard, a d’ailleurs investi ses nouveaux locaux situés au CEEI Théogone au coeur de Ramonville-Saint-Agne, et compte pour l’heure six collaborateurs sur les 24 que comprend l’i2ml au total. L’Institut envisage par ailleurs de renforcer rapidement ses équipes, avec une personne supplémentaire à Nîmes et deux à Toulouse. « Notre nouvel emplacement va nous apporter une vraie dynamique citoyenne qu’encourage le Conseil départemental de Haute-Garonne et Alain Gabrielli, son vice-président. Cette nouvelle impulsion d’ingénierie sociale trouve un lieu pour se concrétiser, aux côtés de l’ESS et de l’ambition médicosociale du Département », détaille-t-il.

Financer les usages, « un sacerdoce »

Depuis plus d’une décennie, la fondation i2ml, qui a pour mission d’accompagner les structures et les collectivités dans le développement des produits, services et logements innovants pour les personnes âgées, a ainsi cumulé près de 300 projets validés. « Nos champs d’investigation sont notamment régional et national. Parmi nos projets actuels, deux émaneront d’une dimension européenne ». Dans le lot des partenaires figurent notamment le Gérontopole du CHU de Toulouse, les Carsat Midi-Pyrénées et Aquitaine, les Départements, AG2R La Mondiale, etc.

« Notre ambition est de connaître les profils des personnes âgées et répondre à leurs besoins. »

« Actuellement, nous planchons sur des outils qui permettent de financer l’amélioration des salles de bains pour les personnes âgées en collaboration avec la Carsat Midi-Pyrénées. En parallèle, nous apportons notre expertise d’usage sur le programme Icope porté par le Gérontopôle du CHU de Toulouse dont l’enjeu est de développer la médecine préventive pour éviter aux plus de 65 ans de basculer dans la fragilité, via la vision, la cognition, l’audition, etc. Nous travaillons aussi sur des habitats communautaires qui ne seront ni des Ephad ni des résidences services, détaille le directeur. L’objectif est d’apporter une révolution des services aux personnes. Pour cela, notre ambition est de connaître les profils des personnes âgées et répondre à leurs besoins. Ceci afin, par exemple, de faire monter en compétences les auxiliaires de vie avec les outils numériques, etc. » Mais, comme le souligne Jean-Marc Blanc, les études d’usages rencontrent souvent des freins.

Un budget annuel de 800 000 euros

« Faire financer l’usage est difficile, ce qui est problématique pour les collectivités, les entrepreneurs et les institutions publiques. Tandis que dans la plupart des autres pays, on crée l’expérimentation d’usage pour faire correspondre un service ou un objet en face, en France, nous faisons l’inverse. De manière générale, nous avons aussi beaucoup d’idées sur les personnes âgées mais nous ne faisons pas encore suffisamment de recherche appliquée sur leurs comportements. Que signifie concrètement aujourd’hui avoir 85 ans et être veuf, LGBT, ou encore vieillir en prison, etc ?. Le plus souvent, on bâtit des solutions pour des publics qu’on ne connaît pas car on ne finance pas la recherche qui permet de pointer la réalité. Trouver des sources de financement pour accompagner cette recherche fait aussi partie de nos missions. »

Pour ce faire, l’i2ml bénéficie d’un budget annuel de 800 K€, subventionné à hauteur de 10% par l’université de Nîmes et l’agglomération nîmoise. « Du reste, les fonds proviennent des différents appels à projets, de marchés publics, d’entreprises privées, etc. Les fondations partenariales ne sont pas largement subventionnées, comme on voudrait bien le croire, c’est au contraire un sacerdoce quotidien. Et selon les projets, les coûts investis pour la recherche varient entre 10 K€ et 100 K€. »

Influer sur les politiques départementales

Dans la feuille de route du directeur, s’inscrit en premier lieu l’organisation d’un tour des usages des 13 départements de l’Occitanie. « Nous entendons ainsi devenir un élément essentiel des politiques départementales sur le vieillissement. Les départements de la Haute-Garonne, du Lot et du Tarn sont aujourd’hui les plus à même de répondre aux besoins des personnes âgées ou de s’intéresser aux problématiques. Nous espérons que le Gers et l’Ariège les rejoindront rapidement ». Parmi les autres objectifs figurent l’accélération des axes d’études, la recherche de financement ainsi que le développement de l’antenne toulousaine.

« Nos objectifs pour celle-ci est également de renforcer la filière silver économie au service des entreprises et d’être un partenaire d’ingénierie sociale au service des départements de l’ex Midi-Pyrénées. Nous envisageons aussi de créer un partenariat avec le Gérontopôle autour du programme Icope », précise le directeur. D’autres rapprochements devraient également voir le jour notamment avec l’Innovpole en région et la CNSA, la Cnav et AG2R La Mondiale au niveau national. Des partenariats public-privé via un groupe de mécènes d’entreprises toulousaines et languedociennes sont également en cours avec Winncare, Berger-Levrault, DLM creations, Bastide le confort médical, des start-up (Anisen, Telegrafik...). À suivre.

Jennifer Legeron